La reconversion d'une ancienne ville à cheminées


Édition du 08 Avril 2017

La reconversion d'une ancienne ville à cheminées


Édition du 08 Avril 2017

L’histoire de l’économie shawaniganaise est inextricablement liée à la rivière ­Saint-Maurice, qui irrigue la ­Mauricie.

La Mauricie a longtemps été un château fort de l'économie du Québec. Riche en ressources, elle a vu sa fortune décliner sous les coups de la concurrence étrangère. Après une douloureuse période de stagnation, les perspectives s'améliorent, essentiellement parce que les acteurs socioéconomiques ont mis de côté la nostalgie du temps passé. Et c'est à Shawinigan que cette détermination nouvelle est la plus apparente.

Le symbole était frappant. Le Hackathon de Shawinigan, fin janvier, réunissait une cinquantaine de jeunes participants déterminés à mettre la main sur une bourse de 5 000 $ (plus 1 000 $ attribués par la Ville), et surtout, à se faire reconnaître comme des pros de l'informatique.

Hackathon ? Comme dans hackers ? Non, il ne s'agissait pas de percer les réseaux informatiques du Pentagone, mais bien de mettre à profit les données accessibles du site de la Ville de Shawinigan pour concevoir une application utile autant aux citoyens qu'aux visiteurs.

Temps alloué : 36 heures non-stop. Les sacs de couchage des participants regroupés en une douzaine d'équipes jonchaient le sol. Pas une minute à perdre.

Et pourquoi un symbole ? Parce que cette compétition des temps nouveaux se déroulait dans un des complexes qui ont fait la gloire de Shawinigan avant de précipiter sa déchéance, quand les multinationales ont fui les unes après les autres. On y trouvait alors de grands noms : Alcan, Belgo (AbitibiBowater), Laurentide (Résolu), Dupont, CIL, Wabasso... Il en reste d'immenses édifices aux briques brunes qu'on appelle aujourd'hui des friches industrielles.

Shawinigan n'est pas seule dans son cas.

La fin d'une époque

Aux portes de la Mauricie, Trois-Rivières a été forcée de composer avec la perte de son titre perdu de capitale mondiale du papier journal au fur et à mesure que les grandes papetières démissionnaient, avec, comme désolant symbole, la fermeture de la CIP, vainement relancée par Tripap. Reste aujourd'hui Kruger-Wayagamack, qui perpétue à sa mesure cette ancienne gloire. Touefois, ici également, après des années de désarroi, la ville a pris le virage du 21e siècle en s'imposant comme lieu de savoir grâce, en bonne partie, à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Au nord, l'ancienne ville de Grand-Mère (aujourd'hui fusionnée à Shawinigan) a vécu les mêmes affres. Imaginez : l'usine de pâtes et papiers Laurentide datait de 126 ans quand elle a fermé ses portes en octobre 2014. À son apogée, le complexe comptait pas moins de 50 bâtiments !

On y travaillait de génération en génération. Les billots de bois issus des forêts du nord arrivaient par la rivière Saint-Maurice, adroitement dirigés par les légendaires draveurs, alors que la demande, elle, arrivait des États-Unis.

C'était le bon vieux temps, avant qu'on perfectionne le transport de l'électricité sur de longues distances, ce qui a rendu obsolète l'avantage des villes de la Mauricie branchées sur les centrales hydroélectriques voisines qui profitaient directement de l'électricité produite par le volume et les chutes du puissant Saint-Maurice.

Comme un phénix

De toutes ces villes, Shawinigan est celle qui a le plus souffert. Le retour à la réalité a été brutal. De là l'intérêt de sa renaissance.

Au début du 20e siècle, elle pouvait revendiquer le titre de ville la plus prospère du Canada, avec les meilleurs salaires. Ses dirigeants avaient de grandes visées, au point d'avoir demandé au fameux architecte américain Frederick Law Olmsted de redessiner le plan de la ville. Pour mémoire, c'est lui qui a conçu Central Park, à New York, et le parc du Mont-Royal, à Montréal.

Puis est venue l'éclipse, avant que des dirigeants et des entrepreneurs locaux commencent à relancer la ville en mettant à profit ses installations autant que ses talents, les propulsant vers le nouveau siècle.

C'est précisément dans l'ancienne et immense usine de textile de Wabasso, longtemps désaffectée, que ces jeunes talentueux venus des universités et des cégeps du Québec se sont démenés pour remporter cet Hackathon commandité par Cognibox. Le concours se déroulait dans ce vieux complexe aujourd'hui dépoussiéré, bourdonnant de PME notamment actives en technologies de l'information et des communications (TIC), et qui abrite ce qui s'appelle le Digihub.

Le Digihub, c'est un centre bien équipé - dans le jargon, on parle d'une «station numérique» - qui soutient la croissance de quelques dizaines de start-up, mais c'est aussi, et surtout, un écosystème d'affaires où se côtoient les innovations en tous genres.

Philippe Nadeau, Bordelais d'origine arrivé à Shawinigan en 2000, en a pris la direction après avoir vendu sa propre entreprise, Alchemic Dream, à un groupe britannique avec l'assurance qu'elle demeurerait active en ville. Le Digihub est installé à l'étage de l'ancienne Wabasso, tandis que le Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins occupe le rez-de-chaussée avec des entreprises émergentes plus traditionnelles, notamment dans le domaine de l'artisanat.

Il en résulte une saine ébullition qui contribue à la métamorphose de Shawinigan, dont on vient s'inspirer d'un peu partout au Québec. «Nous vivons dans une économie de partage, dit Philippe Nadeau, alors pourquoi ne pas aider à la pollinisation des idées ?» En tout cas, il croit plus que jamais au redressement de sa ville. «Shawinigan est devenue le troisième pôle numérique du Québec, après Montréal et Québec. Il est fini le temps où les beaux projets étaient condamnés à mourir. La résignation a fait place à l'espoir, et les jeunes n'ont plus à partir vers les grandes villes pour réaliser leurs aspirations.»

Parlant de jeunes, comment s'est terminé le Hackathon ? C'est une équipe de Shawinigan, de Trois-Rivières et de Québec qui l'a remporté en proposant une application baptisée Aubergine, conçue pour repérer plus facilement les espaces de stationnement libres en ville. Concoctée dans les 36 heures réglementaires, elle était si bien ficelée qu'elle pouvait être quasiment opérationnelle sur-le-champ... Le rendez-vous est déjà donné pour l'édition 2018.

Une ville et sa région

Série 3 de 9

Les Affaires prend la route afin de vous faire découvrir neuf municipalités qui se démarquent par leur vitalité économique.

À la une

Armez-vous (encore plus) de patience pour recruter

Il y a 18 minutes | Catherine Charron

RHÉVEIL-MATIN. À l'automne dernier, il fallait compter en moyenne 14 semaines pour embaucher un employé.

Bourse: Wall Street monte avant la Fed, termine janvier sur une note positive

Mis à jour le 31/01/2023 | lesaffaires.com, AFP et Presse canadienne

REVUE DES MARCHÉS. La Bourse de Toronto clôture sur un gain de près de 200 points.

Bourse: les gagnants et les perdants du jour

Mis à jour le 31/01/2023 | Refinitiv

Voici les titres d'entreprises qui ont le plus marqué l'indice S&P/TSX aujourd'hui.