Entrevue n°245: Jocelyn Blériot, directeur exécutif, Ellen MacArthur Foundation

Offert par Les Affaires


Édition du 25 Avril 2015

Entrevue n°245: Jocelyn Blériot, directeur exécutif, Ellen MacArthur Foundation

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Édition du 25 Avril 2015

Par Diane Bérard

«L'argument économique pousse naturellement les entreprises vers l'économie circulaire» - Jocelyn Blériot, directeur exécutif, Ellen MacArthur Foundation.

La navigatrice Ellen MacArthur a battu le record du tour du monde à la voile en solitaire en 2005. Sa fondation, lancée en 2010, vise un avenir durable en s'appuyant sur l'économie circulaire. Jocelyn Blériot, le directeur de la fondation, a siégé à la plateforme européenne pour une utilisation efficace des ressources de la Commission européenne, un groupe qui oriente les décideurs politiques.

Diane Bérard - La mission de la fondation Ellen MacArthur est de faciliter la transition vers l'économie circulaire. De quoi s'agit-il ?

Jocelyn Blériot - L'économie circulaire est une façon de gérer le design et les matériaux de manière à tendre vers le zéro déchet. Il s'agit de mettre sur le marché des produits qui peuvent être réintroduits dans la production. Ce mouvement remonte aux années 1960 lorsque l'Américain John Tillman Lyle a évoqué le design régénératif.

D.B. - L'économie circulaire suppose que les entreprises nous vendent des services, mais qu'elles conservent la propriété de leurs biens. Expliquez-nous.

J.B. - Dans une économie traditionnelle, lorsque vous vendez un produit, vous perdez la propriété des matériaux qui le composent. On a ainsi rompu la cyclicité des matériaux. Dans une économie circulaire, vous vendez le service lié à l'objet que vous avez fabriqué. Par exemple, vous ne vendez plus des machines à laver. Vous vendez plutôt un certain nombre de lavages. Si vous fabriquez des véhicules, vous vendez du kilométrage. Les entreprises de l'économie circulaire ne génèrent plus leurs profits en vendant du volume - de plus en plus de machines à laver ou de voitures - mais en vendant le service.

D.B. - Pourquoi les entreprises s'intéresseraient-elles à l'économie circulaire ?

J.B. - Les entreprises commencent à s'y intéresser lorsqu'elles sont aux prises avec une problématique de gestion des déchets ou lorsqu'elles éprouvent des difficultés d'approvisionnement en matières premières. Enfouir des déchets coûte 10 fois plus cher en Europe qu'en Amérique du Nord, pour des raisons d'espace. C'est pourquoi les sociétés européennes explorent l'économie circulaire plus spontanément que les sociétés nord-américaines. Quand ça ne coûte rien et qu'on a tout plein d'espace pour enfouir, on y va allègrement ! Les sociétés nord-américaines sont aussi moins dépendantes des importations de matières premières que leurs homologues européennes.

D.B. - Donnez-nous des exemples d'entreprises qui pratiquent l'économie circulaire ?

J.B. - La société Philips a un projet-pilote en Hollande. Elle y vend des services d'éclairage aux clients. Et elle leur garantit un minimum d'interventions à la suite de l'installation. Si le service d'éclairage est mal rendu, qu'il y a trop de bris, le contrat comprend une clause de rupture. Le client ne paie que pour le service d'éclairage. La facture d'électricité, c'est Philips qui l'acquitte. La société a donc intérêt à développer des ampoules peu énergivores.

D.B. - En quoi l'économie circulaire contrecarre-t-elle l'obsolescence planifiée ?

J.B. - Si vos revenus proviennent de contrats de service plutôt que de ventes fermes, cela signifie que vous vendez le résultat, des lavages efficaces ou des kilomètres si vous offrez le service de déplacement. Vous avez donc intérêt à ce que vos équipements soient de qualité et performants, car c'est le revenu de location et non de réparation qui est créateur de valeur. Vous n'avez plus aucun avantage à fabriquer de l'éphémère, parce que vous ne tirez aucun revenu de la vente de vos produits.

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