Faut-il être fou pour réussir en affaires?


Édition du 23 Mai 2015

Faut-il être fou pour réussir en affaires?


Édition du 23 Mai 2015

Par Olivier Schmouker

Julien Smith, pdg cofondateur de Breather.

Le marginal: Julien Smith, pdg cofondateur de Breather

Julien Smith souffre d'une déficience auditive qui le rend hypersensible au bruit. «Un camion passe, et je n'arrive plus à suivre une discussion», dit-il. D'où son goût immodéré pour le silence, et donc pour les espaces zen, où règnent la paix et le calme.

Il a constaté tout cela en multipliant les voyages d'affaires : «À l'étranger, je rêvais de pouvoir me réfugier dans un lieu silencieux, où je pourrais travailler aussi confortablement qu'à la maison. Et je n'en trouvais pas : les chambres d'hôtel et les cafés Wi-Fi ne sont jamais parfaits pour ça. L'idée m'est alors venue de créer moi-même un réseau de location de bureaux-appartements dans les principales métropoles de la planète», raconte-t-il.

Idée farfelue ? «Oui, et c'était tant mieux. Parce que plus une idée est cinglée, plus elle a de chances de séduire des anges investisseurs !» lance-t-il. Et d'ajouter : «D'ailleurs, quand John Stokes, de Real Ventures, a entendu parler de mon projet, il a réagi en disant que j'allais soit m'effondrer en un rien de temps, soit conquérir le monde ; il a misé sur moi sans hésiter une seconde». Jusqu'à présent, son entreprise, Breather, a recueilli 7,5 millions de dollars en financement. Son réseau compte une centaine de bureaux-appartements à Montréal, Ottawa, Boston, New York et San Francisco ; d'autres devraient être bientôt offerts à Chicago, Washington, Los Angeles ainsi que dans une métropole européenne qui n'a pas encore été choisie.

Le pertubateur: Nicolas Duvernois, pdg fondateur de Pur Vodka

Nicolas Duvernois gagnait sa vie en nettoyant les planchers de l'hôpital Sainte-Justine, la nuit, quand lui est venue l'idée d'inventer... une vodka québécoise ! «Une idée cinglée, car je n'y connaissais rien. Mais je me suis toujours dit que les idées géniales n'étaient rien d'autre que des idées folles, mais travaillées», dit-il.

Pur Vodka est née en 2007, à Outremont. L'entreprise a vendu sa première bouteille en 2009, année où son produit a décroché le prix de la meilleure vodka du monde aux World Vodka Masters, à Londres ! Depuis, les distinctions affluent.

«Au tout début, dès que je disais "vodka québécoise", les banquiers ne me laissaient pas terminer ma phrase et me montraient la porte. Tout le monde, en fait, me regardait comme un fêlé. Mais curieusement, ça boostait ma motivation : je savais que les vrais innovateurs n'étaient jamais compris à leurs débuts», raconte-t-il. Et d'ajouter : «Maintenant que ma vodka est l'une des plus vendues à la SAQ, le regard des autres a changé. Il est devenu admiratif. Et bien franchement, ça ne me plaît pas : je préférais les coups d'oeil suspicieux, voire sarcastiques, qui me forçaient à donner mon 110 % pour leur montrer de quoi j'étais capable».

Jonathan Bélisle, cofondateur de Saga. [Photo: Pierre Antoine Lafon Simard]

Le rebelle: Jonathan Bélisle, cofondateur de Saga

Jonathan Bélisle est un entrepreneur en série du Web depuis les années 1990. Il carbure aux idées stupéfiantes : «Au début des années 2000, j'ai proposé à des partenaires de créer un réseau social d'échange d'appartements, un Airbnb avant l'heure, quoi. C'était mille fois trop tôt, comme la plupart de mes projets», dit-il.

Aujourd'hui, il s'est associé à Vincent Routhier, «un investisseur qui a les pieds sur terre», pour fonder Saga et ainsi mener à bien l'idée la plus folle qu'il n'ait jamais eue : libérer le Web de tous ses carcans ! «Le Web, ce n'est plus que Google et Facebook. Ce sont des milliards d'individus plongés dans leur tablette, au lieu de se regarder en face, les uns les autres. C'est à brailler !» fulmine-t-il.

Comment s'y prend-il ? En développant «la magie du Web», en particulier auprès des enfants. C'est ainsi qu'il a mis au point une application qui ne fonctionne que si l'on marche dehors, dans laquelle on peut capturer des lucioles virtuelles dans les ruelles de Montréal en se servant de son cellulaire comme d'un filet à papillons. Pareillement, il a concocté un livre éducatif et interactif bourré d'innovations renversantes (par exemple., quand on le lit à voix haute dans un cubicule, les images du livre apparaissent et s'animent sur les murs), qui commence à se vendre dans les écoles francophones de l'Ontario.

Et ce, en dépit des sarcasmes : «Au Québec, personne ne m'écoute vraiment, on me traite de "poète"«, illustre-t-il. Mais c'est en train de changer, depuis son passage au dernier festival technologique SXSW, à Austin (Texas), qui a soulevé un enthousiasme spectaculaire. «On dit que nul n'est prophète en son pays...» lance-t-il, sourire en coin.

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