Étudier dans le ROC


Édition du 18 Janvier 2014

Étudier dans le ROC


Édition du 18 Janvier 2014

Photo: iStock

Chaque année, des Québécois choisissent de faire un MBA dans une université canadienne hors Québec. Ce sont souvent la réputation de l'établissement et le désir d'acquérir une expérience à l'extérieur de la province qui motivent cette décision.

Il y a un an, Georges-Étienne Fortin travaillait encore à Québec comme spécialiste fusion-acquisition dans une compagnie manufacturière. Mais au moment de choisir son programme de MBA, il n'a pas hésité : il a bouclé ses valises et s'est installé pour deux ans à Toronto, où il avait déjà fait une partie de ses études. La réputation de l'université l'a emporté sur tout le reste. Même le prix élevé du programme : plus de 87 000 $.

«Le MBA de l'école de gestion Rotman de l'Université de Toronto est très bien coté en finance, et l'université est située à côté du centre financier du Canada. Il y a des liens forts entre l'université et les entreprises de Toronto», explique Georges-Étienne Fortin, 30 ans, qui a fait une pause de deux ans dans sa carrière pour faire son MBA.

Les banques, notamment, viennent régulièrement sur le campus pour animer des rencontres et des travaux sur des cas réels. «Leurs cadres nous voient travailler d'arrache-pied chaque jour. Ils repèrent ceux qui seront les futurs leaders et nous, nous voyons ainsi ce qu'ils attendent. Ça donne un gros coup de main pour la recherche d'emploi.»

En suivant un MBA, le jeune homme voulait se «perfectionner en communication et organisation du travail, entre autres, et apprendre à prendre de bonnes décisions». Objectif : décrocher un poste à responsabilité dans les marchés des capitaux ou en finance d'entreprise. Il a bien étudié les MBA offerts dans la province. «Malheureusement, le Québec n'a plus beaucoup de sièges sociaux. Or les emplois les plus intéressants sont là où les décisions se prennent», note le jeune homme.

Affluence record

Ils sont plusieurs à suivre ce raisonnement et à franchir le pas. Il est cependant difficile d'avoir des chiffres précis sur cette migration. Quoi qu'il en soit, selon les universités que nous avons interrogées, les Québécois sont encore loin d'envahir les programmes des universités canadiennes. Malgré tout, l'intérêt est croissant, constate Pat Tenneriello, directeur du MBA Tour. Ce salon spécialisé dans la présentation des programmes MBA sur tous les continents a attiré 280 visiteurs à Montréal en novembre dernier, soit 150 de plus qu'en 2012. L'organisation a certes effectué plus de publicité cette année, mais elle présentait également plus d'établissements.

«Nous avons eu pour la première fois de grands noms comme l'INSEAD, de France. La présence d'écoles très reconnues contribue à faire augmenter l'affluence», explique Pat Tenneriello, qui a vu le nombre de visiteurs aux autres salons organisés au Canada augmenter également (sauf à Toronto).

Fait intéressant : les visiteurs du MBA Tour 2013 à Montréal étaient en grande partie des résidents du Québec originaires d'ailleurs, comme Ouarissa Samarou, 26 ans, comptable originaire du Togo. La jeune femme est venue se renseigner sur les MBA dans les universités canadiennes, car elle veut acquérir une expérience internationale. «Ce serait bon pour moi de perfectionner mon anglais dans une université anglophone», explique-t-elle.

Le Québec, un petit marché

Même si elles savent qu'il y a un potentiel, les universités canadiennes se heurtent aussi à la difficulté du marché québécois, qui offre des programmes de MBA bien cotés à des prix souvent plus abordables que dans le ROC. «Les étudiants québécois qu'on recrute sont ceux intéressés par les spécificités de notre programme, comme notre spécialisation en ressources naturelles, énergie et environnement», avance Chris Lynch, directeur du recrutement des programmes MBA de l'Université de l'Alberta, à Edmonton.

L'Université Queen's de Kingston, pour sa part, vient tous les deux à trois mois dans la métropole pour y tenir des séances d'information, participer à des salons et effectuer des entrevues avec des candidats.

Les établissements québécois ne voient toutefois pas là une concurrence dangereuse. «On perd peut-être de 5 à 10 personnes par an parce qu'elles préfèrent aller faire leur MBA en Ontario», estime Michel Filion, directeur du recrutement et marketing pour l'EMBA McGill - HEC Montréal. Parmi ces étudiants, on retrouve des anglophones unilingues non acceptés dans le programme, qui est totalement bilingue.

Quant à Don Melville, directeur des MBA de la faculté de gestion Desautels de l'Université McGill, il considère qu'«on ne perd pas beaucoup d'étudiants, car notre offre est bonne». Pour le MBA à temps partiel, une concurrence plus directe existe avec le programme du MBA pour cadres que propose l'Université Queen's à Montréal. Mais là encore, c'est résiduel.

Les MBA français font de l'oeil aux Québécois

Parmi la vingtaine de programmes présentés au MBA Tour de novembre dernier à Montréal se trouvaient ceux de deux établissements français : l'INSEAD et HEC Paris.

«On se déplace ainsi dans tous les endroits où existe un haut potentiel de personnes qualifiées de 25 à 35 ans qui veulent accélérer leur carrière ou la réorienter», indique Philippe Oster, directeur de la communication, du développement et des admissions du MBA de HEC Paris. Ainsi, bon an mal an, sur une promotion d'environ 200 personnes, une dizaine vient du Canada, dont la moitié du Québec. Le nombre d'étudiants canadiens est d'ailleurs en augmentation : il a doublé dans les cinq dernières années.

C'est notamment «la proximité de HEC Paris avec de grandes entreprises européennes et des multinationales» qui motive, selon Philippe Oster, les étudiants étrangers à venir faire leur MBA dans l'établissement. Les programmes condensés sur 16 mois comparativement à deux à trois ans en Amérique du Nord pour les MBA à temps partiel seraient un autre critère d'intérêt.

À l'INSEAD, les étudiants canadiens représentent de 5 à 8 % des 1 000 étudiants des deux classes de MBA. Parmi eux, peut-être plusieurs Québécois, si on se fie à la langue française parlée par certains étudiants canadiens. «Étant donné l'esprit multiculturel qu'on trouve au Québec, nous sommes très contents de la qualité et du fit des candidats potentiels que nous rencontrons sur place. L'idée de parler une deuxième langue, par exemple, n'est pas un obstacle pour eux, mais plutôt une évidence ! Et c'est un de nos critères de sélection», explique Pejay Belland, directrice des admissions, marketing et aide financière à l'INSEAD.

Le profil international de l'établissement est sûrement la raison majeure de l'intérêt des étudiants canadiens et québécois pour ce MBA. «Le programme MBA de l'INSEAD se déroule à Fontainebleau (près de Paris) et à Singapour. Les étudiants peuvent choisir de commencer sur l'un ou l'autre campus, et une grande partie d'entre eux changent de campus pendant le programme. Certains vont même sur notre troisième campus situé au Moyen-Orient», précise Pejay Belland. Là encore, la durée resserrée du programme - 10 mois - pourrait être une autre motivation. «Notre MBA les prépare à l'intensité de leur future carrière», souligne la directrice. A.G.

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