Domtar : le PDG a des projets simples et précis

Publié le 11/12/2009 à 18:00

Domtar : le PDG a des projets simples et précis

Publié le 11/12/2009 à 18:00

Par Marie-Claude Morin

Le pdg de Domtar privilégie des objectifs terre-à-terre, une gestion plus disciplinée et des projets de croissance réalistes. Photo : LesAffaires.com

Pas question que John D. Williams, le pdg de Domtar depuis près d'un an, se disperse. Ses objectifs à court terme sont simples et précis, alors que ses projets de croissance restent liés aux activités et aux marchés actuels de la papetière.

VIDÉO : L'avenir de Domtar, selon John D. Williams

Recruté à l'été 2008, le successeur de Raymond Royer a pris les rênes de Domtar en janvier 2009. " Le job était très différent de celui que j'avais accepté ", admet d'emblée en entrevue John D. Williams.

Entre le moment de son embauche et celui de son entrée en poste, la demande pour le papier s'est effondrée et le marché du crédit s'est mis en grève, une situation difficile étant donné le lourd endettement de Domtar. En effet, si la fusion de Domtar avec une division de Weyerhaeuser, réalisée en août 2007, lui a permis de devenir le leader nord-américain et le numéro deux mondial du papier fin, elle a aussi créé une dette combinée d'environ trois milliards de dollars américains (G$ US). Durant l'automne 2008, le titre de Domtar a plongé de 74 %, passant de 75,84 $ US à la mi-août à 19,68 $ à la fin de décembre.

Le Britannique de 55 ans, qui compte 30 ans d'expérience, a néanmoins relevé le défi et a emménagé dans sa nouvelle maison de Hudson, dans la banlieue ouest de Montréal. Sa femme, ses quatre chiens et ses deux chats l'y ont suivi quelques mois plus tard. " Je vis vraiment au Québec, ceci est mon vrai bureau et je ne suis pas un hologramme ", dit en riant M. Williams. Le siège social de Domtar est bel et bien situé à Montréal, assure-t-il, malgré l'actionnariat majoritairement américain et l'important centre d'exploitation de Fort Mill, en Caroline du Sud.

Très volubile, le dirigeant adopte toutefois un ton sérieux dès qu'il parle affaires. " Il ne faut pas être trop confiant et continuer de s'attendre au pire ", commente-t-il, en faisant allusion aux résultats du dernier trimestre de Domtar, qui a agréablement surpris le marché grâce aux réductions de coûts, au rebond du prix de la pâte et aux crédits d'impôts américains pour l'utilisation de biocarburants. Depuis le début août, la valeur du titre a triplé, et il s'échange maintenant à 55,80 $ US.

Son mantra : les coûts, les liquidités et les clients

Le pdg de Domtar privilégie des objectifs terre-à-terre, une gestion plus disciplinée et des projets de croissance réalistes. Ses trois priorités, il les a martelées tout au long de la rencontre : les coûts, les liquidités et les clients. " Cela peut paraître ennuyeux, mais c'est ce qui permettra à l'entreprise de progresser, de faire des choix stratégiques. "

Pour compresser ses coûts, Domtar a aboli 600 postes en 2009, réduisant sa main-d'oeuvre à 10 300 employés. Au moment de la fusion de Domtar et de Weyerhaeuser en 2007, les deux entités comptaient 13 000 employés.

Domtar a également procédé à des fermetures temporaires, éliminé certaines dépenses administratives et sollicité la collaboration de ses fournisseurs. " Nous avons réalisé l'essentiel des réductions de coûts ", affirme M. Williams.

Grâce à une rentabilité améliorée et à une gestion plus serrée du fonds de roulement, Domtar espère rembourser rapidement sa dette. L'entreprise reçoit également un coup de pouce des crédits d'impôts du gouvernement des États-Unis pour l'utilisation de biocarburants. Cette aide du gouvernement américain, critiquée dans l'opinion publique et par les papetières canadiennes, représente 63 % du bénéfice net de 183 millions de dollars américains (M$ US) au dernier trimestre. Au cours des trois premiers trimestres de 2009, Domtar a réduit sa dette nette de 2,2 à 1,6 G$ US.

Quant aux clients, M. Williams espère profiter de la position de leader de Domtar pour influencer le marché : " Nous devons mieux comprendre la demande et collaborer avec nos clients importants pour l'influencer. " Un travail de longue haleine dans cette industrie plus prompte à réagir qu'à agir.

Miser sur l'expertise existante

Même si la crise économique a aggravé la chute de la demande pour le papier en 2009 (plus de 10 %), le marché poursuivra son déclin. " Après un répit en 2010, nous prévoyons une baisse de la demande d'environ 4 % par an ", commente M. Williams.

Or, l'essentiel des ventes annuelles de 6,4 G$ de Domtar reposent sur ce marché : papiers d'affaires (photocopies, documents de bureau), papiers d'impression commerciale et de publication (brochures, magazines, emballages) et papiers de spécialité (formulaires, blouses pour chirurgiens). Même s'il reconnaît la nécessité de développer d'autres sources de revenus, M. Williams exclut la diversification tous azimuts. " Il faut se souvenir de ce dans quoi nous excellons, c'est-à-dire exploiter très efficacement de très grandes intallations ", explique-t-il d'un ton calme.

Pour le moment, la direction de Domtar compte répéter l'expérience de Plymouth, en Caroline du Nord, où l'usine à papier a été convertie pour fabriquer de la pâte à flocons (utilisée dans les produits hygiéniques), un marché plus porteur. " Nous ferons aussi une série de petits paris sur les technologies émergentes, probablement sous forme de coentreprises ", ajoute-t-il. Il envisage, par exemple, la production d'éthanol cellulosique.

Pas d'expansion géographique

Grâce à ses 15 usines et à ses 18 centres de finition qui sont tous situés aux États-Unis et au Canada, Domtar concentre son exploitation en Amérique du Nord. En 2008, elle a réalisé 78 % de ses ventes aux États-Unis, 13 % au Canada et seulement 9 % outre-mer. Malgré cela, le nouveau dirigeant n'a pas l'intention de se lancer à la conquête du monde : " Je suis peut-être trop prudent, mais je crois qu'une expansion géographique n'a de sens que si elle répond aux demandes de clients. "

Toutefois, la Chine est dans les plans. Domtar, qui a récemment inauguré un bureau à Hong Kong, vend annuellement de 400 à 500 M$ US de pâte aux Chinois. Pourrait-elle participer plus directement au marché chinois ? " Nous pourrions échanger quelques machines à papier que nous n'exploitons plus contre une participation dans une entreprise chinoise ", dit son pdg.

APPRENDRE À DIRIGER LA DANSE

La fusion avec la division de papiers fins de l'américaine Weyerhaeuser en 2007 a fait de Domtar le numéro un nord-américian et le numéro deux mondial de ce marché, après International Paper. Une position qui entraîne de nouvelles responsabilités, estime son pdg, John D. Williams.

" Nous devons maintenant être le leader en innovation de produits, en création de valeur et en développement durable ", fait valoir M. Williams. Un nouveau rôle que l'entreprise tente d'apprivoiser.

Pour le moment, elle concentre ses efforts sur l'aspect environnemental, avec la certification de ses produits par le Forest Stewardship Council (FSC), et la santé et sécurité au travail. " Les consommateurs, surtout les jeunes, accordent beaucoup d'importance à la responsabilité d'entreprise ", commente le dirigeant.

Asseoir la nouvelle culture

Si l'intégration physique de Domtar et Weyerhaeuser est terminée, il reste beaucoup à faire pour unir les employés. La tâche incombera au nouveau premier vice-président, ressources humaines, qui entrera en poste à la fin de janvier. En plus d'élaborer et de communiquer les valeurs de Domtar, ce dernier devra aussi formaliser la gestion du personnel, que M. Williams souhaite plus structurée.

Autre ajout à l'équipe, Mark Ushpol, un Sud-Africain qui travaillait jusqu'à présent en Italie, agira comme premier vice-président, distribution, dès janvier. " Nous avons besoin d'une plus grande discipline dans les activités de distribution ", explique M. Williams.

Déjà, au printemps, le pdg avait regroupé la direction des ventes et de la commercialisation. Ces deux fonctions étaient jusque-là gérées séparément, un non-sens à ses yeux.

Histoire de discipliner tout ce monde, les réunions hebdomadaires du comité de direction prennent la forme de cartes de pointage détaillées, présentant notamment les prix et les liquidités de la semaine précédente.

Un style de gestion direct

" Il ne faut pas confondre souplesse et enthousiasme : des hochements de tête ne mènent nulle part, des discussions animées, si ", dit M. Williams. Une approche qu'il dit appliquer dans l'ensemble de l'entreprise.

" Je déteste les présentations vidéo ou PowerPoint faites aux employés, admet en riant le numéro un de Domtar. Il vaut mieux profiter des rencontres pour leur donner franchement l'heure juste, puis répondre à leurs questions. " Il suggère d'ailleurs aux employés de lui envoyer des questions par courriel, s'ils sont trop nerveux pour le faire de vive voix. " Et je leur réponds directement, sans passer par les communications ", assure le pdg non sans fierté.

 

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