Course folle pour les ressources du Niger

Publié le 24/01/2009 à 00:00

Course folle pour les ressources du Niger

Publié le 24/01/2009 à 00:00

Par François Normand

Le 14 décembre, deux diplomates canadiens, Robert Fowler et Louis Guay, disparaissaient au Niger après une visite-surprise à la mine d'or de la société montréalaise Semafo, dans l'Ouest du pays.

Plus d'un mois plus tard, leur disparition demeure un mystère. Le président nigérien Mamadou Tandja indique qu'ils seraient aux mains de "groupes terroristes", faisant référence aux mouvements rebelles touareg - une minorité nationale - actifs dans le Nord du pays.

Ce qui a toute les apparences d'un enlèvement soulève plusieurs questions sur la sécurité dans ce pays d'Afrique de l'Ouest - l'un des plus pauvres du monde - qui attire de plus en plus d'investisseurs.

Il faut dire que le Niger regorge de ressources naturelles : de l'uranium au Nord, où le désert du Sahara recouvre le territoire, et de l'or dans le Sud-Ouest, semi-désertique, où coule le fleuve Niger.

Les Canadiens dans l'or et l'uranium

Les investissements privés canadiens se concentrent dans les secteurs de l'or et de l'uranium, ce dernier profitant du retour en grâce du nucléaire. Mais impossible de connaître la valeur totale des intérêts canadiens, car l'information est confidentielle. Quand les investissements dans un pays sont peu élevés, la Loi sur la statistique interdit à Statistique Canada de les divulguer, pour empêcher un concurrent d'évaluer la valeur d'une participation dans un projet.

Dans la production d'or, plusieurs entreprises canadiennes ont des activités au Niger, dont la montréalaise Semafo, qui exploite une mine dans la région de Samira Hill, à environ 100 kilomètres à l'ouest de la capitale, Niamey. Etruscan Resources, un producteur d'or et de diamants de Halifax, exploite aussi une mine d'or dans cette région.

Côté uranium, secteur où Français et Chinois sont aussi très actifs, on retrouve, entre autres, les sociétés canadiennes Orezone, Global Uranium Corporation et Cameco, le premier producteur d'uranium du monde, basé à Saskatoon, en Saskatchewan. En août 2008, cette multinationale a pris une participation de 11 % dans Govi High Power Exploration (GoviEx), une société fermée internationale qui possède 2 300 kilomètres carrés où faire de la prospection d'uranium, dans la région entourant Arlit.

Le Niger est le quatrième pays producteur d'uranium, après le Canada, l'Australie et le Kazakhstan.

Un pays relativement stable...

Malgré l'enlèvement des deux diplomates, le directeur des communications de Semafo, Jean-Pierre Blais, estime que le Niger demeure un pays sécuritaire. "Ce n'est pas plus dangereux qu'en Amérique du Nord", dit-il, en précisant que l'enlèvement de ces deux Canadiens n'avait rien à voir avec les activités de Semafo.

Le porte-parole de Cameco, Gord Struthers, dit quant à lui que son entreprise suit la situation politique de près : "Nous sommes préoccupés par la rébellion, dit-il, mais notre partenaire GoviEx a beaucoup d'expérience dans ce pays."

Selon lui, le feu vert que vient de donner le gouvernement nigérien à la française Areva pour exploiter le gisement d'uranium d'Imouraren témoigne que les affaires continuent de tourner dans le pays, malgré l'insurrection de groupes touareg.

Pour sa part, Mamoudou Gazibo, spécialiste en politique africaine de l'Université de Montréal, affirme que le Niger est un pays "stable". Selon lui, sa situation politique n'a rien de comparable à celle d'autres pays d'Afrique qui subissent des coups d'État ou qui sont déchirés par une guerre civile.

Le dernier coup d'État au Niger remonte à 1999... et a rétabli la démocratie. "Cela a permis de restaurer la stabilité du pays", dit M. Gazibo, un Québécois d'origine nigérienne. Il revient d'un séjour au Niger qui l'a mené dans la région où les deux diplomates canadiens ont été enlevés.

... mais qui abrite des rebelles

Cela dit, le Niger est quand même le théâtre d'une insurrection de rebelles touareg dans le Nord du pays, où les multinationales contrôlent la production d'uranium.

Les Touareg sont un peuple de Berbères vivant dans le Sahara central, à cheval sur plusieurs pays comme l'Algérie, la Libye et le Niger. Ils représentent environ 10 % de la population nigérienne.

Selon le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), un des groupes rebelles touareg, l'accord de 1995 qui a mis fin à la précédente insurrection n'a jamais été entièrement appliqué, et le Nord du pays est toujours marginalisé.

Conséquence : en 2007, après une accalmie d'une dizaine d'années, des Touareg ont déclenché de nouveaux troubles en s'attaquant à des symboles de l'État, ce qui a fait plusieurs morts. L'armée nigérienne a réprimé la rébellion, tuant elle aussi un nombre indéterminé de personnes.

"Ces groupes rebelles demandent entre autres de meilleures redevances pour l'exploitation des ressources naturelles sur leur territoire, et aussi davantage d'emplois pour les populations locales dans les mines", dit M. Gazibo.

francois.normand@transcontinental.ca

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