Alexandre Gagnon, ou comment réussir l'impossible

Publié le 16/05/2014 à 00:00

Alexandre Gagnon, ou comment réussir l'impossible

Publié le 16/05/2014 à 00:00

Par Suzanne Dansereau

Comment financer une petite compagnie de 20 employés sans revenu qui cherche 100 millions de dollars pour un projet dont personne ne veut entendre parler? Voilà le défi auquel faisait face Alexandre Gagnon, lorsque la petite société québécoise d’exploration pétrolière et gazière Pétrolia l’a nommé vice-président aux finances en novembre 2011. Deux ans et demi plus tard, M. Gagnon peut crier victoire.

Le 31 mars dernier, Pétrolia a bouclé, avec la multinationale française Maurel et Prom et le gouvernement du Québec, une entente de 100 M$ pour démarrer dès cet été des travaux d’exploration de pétrole sur l’île d’Anticosti.

Et le 15 mai, Alexandre Gagnon, 34 ans, a obtenu le Prix Relève excellence - HEC Montréal pour ce qu’il a accompli.

«Le plus grand apprentissage que j’ai fait, c’est que, dans ce genre de projet, les investisseurs n’embarqueront pas sans financement gouvernemental. Et le gouvernement n’embarquera pas sans acceptation sociale», raconte le lauréat lors d’une entrevue avec Les Affaires.

Investisseurs apeurés

Mais en 2011, Alexandre Gagnon ne sait rien de tout cela. Vice-président en finance et gestion de risque financier pour le fonds de couverture AFC Capital, il tombe amoureux du projet de pétrole non conventionnel, par fracturation, à Anticosti de Pétrolia, dont il entend parler par l’entremise d’une connaissance familiale. Convaincu de pouvoir donner un coup de main, vu ses nombreuses relations dans les milieux de la finance (avant AFC, il est passé par la Caisse de dépôt et placement du Québec, Standard Life, Innocap), il frappe à la porte de l’entreprise et lui propose un plan de financement. «J’étais sûr d’intéresser les fonds de couverture, car ils sont habitués à prendre des risques en amont», raconte-t-il.

Mais Alexandre Gagnon constate avec surprise que l’image du Québec auprès des investisseurs étrangers est négative. Ceux-ci pensent que la province est fermée au pétrole et au gaz. On parle d’un moratoire sur le gaz de schiste, la minière Talisman radie ses actifs au Québec, des entreprises sont expropriées, le gouvernement vient de commander une étude environnementale stratégique... « Dans ce contexte, il est impossible de parler de fracturation. Nous étions pris dans un cercle de méfiance.»

Alexandre Gagnon choisit de contourner le problème. Pétrolia détient d’autres propriétés à explorer, et parmi elles se trouvent deux projets de pétrole conventionnels en Gaspésie, qui ne demandent pas de fracturation. À Québec, un nouveau fonds gouvernemental d’exploration d’hydrocarbures vient d’être créé. Alexandre Gagnon convainc Ressources Québec de le financer. Et à cette participation de 10 M$ s’ajoute une prise ferme conjointe de 5 M$ de la Banque Laurentienne et de la Banque Nationale. Le premier pari est gagné. «Cette étape nous permet de démontrer aux investisseurs que le Québec n’est pas fermé au secteur pétrolier», relate Alexandre Gagnon. Qui plus est, Pétrolia a un représentant du gouvernement sur son CA.

Scénario d’avenir

C’est dans une deuxième étape qu’Alexandre Gagnon fait avancer le projet d’Anticosti, celui qui le fait «rêver d’une meilleure économie pour le Québec». Il écrit ce qu’il appelle un «scénario d’avenir» basé sur un calcul de ressources déjà effectué par une firme indépendante, qui indique que la région compterait 33 milliards de barils de pétrole. Mais cette fois, quand il rencontre les investisseurs, son dossier est meilleur: Pétrolia a l’appui gouvernemental, la société est couverte par un analyste financier de la Banque Laurentienne et elle vient d’embaucher un vice-président aux affaires publiques, qui va rallier la Fédération des chambres de commerce du Québec et autres leaders d’opinion à la cause du pétrole non conventionnel au Québec. Pétrolia s’est également adjoint un important partenaire, la pétrolière française Maurel et Prom. Et après 18 mois de négociations, l’entente de 100 M$ est conclue.

Hors normes

Alexandre Gagnon a l’habitude des projets non conventionnels. À l’âge de 16 ans, il était hors normes lorsqu’il a démarré sa propre entreprise, une arcade de jeux informatiques à Rimouski. Avec son frère aîné, il a bâti un plan d’affaires, embauché une firme comptable et payé une étude de marché pour recevoir un financement de 120 000$ de Québec et Ottawa. Deux ans plus tard, Alexandre Gagnon met fin à l’aventure, car il se rend compte qu’il doit retourner à l’école. «Je ne connaissais rien, même pas la comptabilité!» s’exclame-t-il. Après le cégep, il entre à HEC Montréal en finance, fait sa maîtrise, puis obtient son titre de financial risk manager. Alexandre Gagnon se familiarise aussi avec la politique en devenant le porte-parole de la Fédération étudiante collégiale du Québec. Fort de son expérience en finance, de ses habiletés en politique et de sa fibre entrepreneuriale, il croit avoir «un bon coffre à outils» pour réussir. Même l’impossible.

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