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Qu’est-ce qu’un NFT et est-ce que ça devrait m’intéresser?

Morningstar|Mis à jour le 16 avril 2024

Qu’est-ce qu’un NFT et est-ce que ça devrait m’intéresser?

À la différence d’autres actifs numériques comme les jetons de cryptomonnaies, les jetons non fongibles sont uniques et non-interchangeables. (Photo: 123RF)

Il s’agit d’images apparentées aux cryptomonnaies, de petites images numériques… Mais les jetons non fongibles, c’est plus que ça, et vous devriez vous familiariser avec eux, que vous songiez ou non à en acheter.

Un NFT, qu’est-ce que c’est au juste?

Les jetons non fongibles ou NFT pour l’appelation anglaise «non-fungible tokens», sont des objets qui ne peuvent pas être remplacés. Plus précisément, ce sont « des morceaux intangibles de contenu qui s’accompagnent d’une signature numérique pouvant être utilisée pour vérifier leur authenticité en ligne», dit Madeline Hume, analyste principale de recherche à Morningstar, qui couvre les catégories d’actifs émergentes. «Bien que les NFT soient un actif numérique, à la différence d’autres actifs numériques comme les jetons de cryptomonnaies, les jetons non fongibles sont uniques et non-interchangeables », ajoute-t-elle.

Imaginez un NFT comme un article unique (par exemple un tableau d’artiste) ou un exemplaire parmi beaucoup (un peu comme les cartes de baseball, qui sont nombreuses en circulation, mais qui ont chacune leur valeur propre), dit Elliot Johnson, directeur du placement et des opérations chez les FNB Evolve, qui a récemment lancé le FNB des cryptomonnaies Evolve (ETC.).

«On peut tout changer en NFT», dit Adam Henry, conseiller en placement et expert résident cryptographique pour la société de Winnipeg Harbourfront Wealth Management, «les gens prennent quelque chose comme un tweet, une image ou un mème, et en font un NFT qui constituera “l’original”. Cet original pourra ensuite s’acheter et se vendre, tout comme une œuvre d’art, et ne pourra pas être reproduit ou volé.»

Comment les NFT sont-ils utilisés?

«Au nombre des applications communes des NFT, on trouve des œuvres d’art numérique, des billets de concert et des passeports vaccinaux», ajoute Madeline Hume.

La «propriété» des NFT est représentée par le détenteur du jeton, qui par lui-même ne détient pas le fichier numérique de l’œuvre d’art, mais plutôt un lien vers le fichier lui-même, ou «essentiellement une saisie sur un tableur Excel», dit Bob Seeman, entrepreneur techno et auteur du (seul) livre qui exprime du scepticisme à l’égard du bitcoin : «The Coinmen».

Le marché qui accueille le fichier lui-même, le compte sur ce marché et la chaîne des blocs qui contient ce «lien» de retour au fichier constituent un NFT.

Est-ce que ça devrait intéresser les investisseurs ?

Nous pourrions tous nous familiariser avec les NFT, d’autant que les sociétés et les individus trouvent des applications dans le monde réel. Il s’agira peut-être d’abonnements aux transports, de billets de cinéma, ou d’un repas de poulet frit hebdomadaire à vie.

En évoquant l’intérêt éventuel des investisseurs pour les NFT, considérons d’abord l’élément cryptographique de base, ce qui veut dire qu’ils s’accompagnent, il ne faut pas l’oublier, d’attributs cryptographiques. L’ethereum est habituellement le jeton de choix pour les NFT, car il est modifiable. Il est aussi utilisé comme monnaie d’achat, ce qui, malheureusement, demande un montant d’électricité considérable, comme l’a découvert Vikram Barhat pour Morningstar.

Les préoccupations environnementales, que Elliot Johnson identifie comme un handicap possible des NFT, pourraient déjà provoquer une décision précoce des investisseurs ESG, mais un autre attribut des cryptomonnaies est leur capacité à évoluer. «La bonne nouvelle, c’est que la norme Ethereum est déjà en train d’étudier la manière d’atténuer cet inconvénient au titre d’une initiative de réduction des coûts et d’efficience», dit Elliot Johnson. Et on peut aussi plaider pour les côtés socialement positifs des NFT, comme attirer en leur sein de nouvelles cohortes d’investisseurs, ou même en faire un outil éducatif.

«On a entendu dire de certains clients que leurs enfants font à l’école l’apprentissage des NFT dans une perspective de placements, dit Adam Henry. Nous trouvons cela assez intéressant, l’adolescent typique n’attachant aucune importance au placement traditionnel (actions et obligations).»   

Ce n’est pas non plus une mauvaise chose d’améliorer les droits de propriété des artistes, qui peuvent enfin revendiquer une place pour leurs œuvres dans le monde numérique. «Beaucoup de ceux qui ont adopté les NFT dès le début étaient des artistes qui cherchaient à se procurer un revenu dans la précarité d’une économie frappée par la pandémie», dit Elliot Johnson.

Y a-t-il au moins un moyen de les montrer?

Ceux qui cherchent à investir dans les NFT devraient se demander s’ils sont d’accord pour posséder une œuvre d’art en suivant les règles de la chaîne des blocs, parce que, pour l’acheteur, il y a d’importantes différences à considérer. «Des reproductions à tirage limité peuvent au moins donner à une personne le droit légal de la montrer où elle le veut», dit Bob Seeman, qui est aussi un avocat californien. «Ce n’est pas le cas de la plupart des JFN».

De plus, posséder une édition limitée ne donne pas le droit de la reproduire, mais «la plupart des JFN non plus», dit-il, ajoutant que «ce n’est qu’une connexion, pas un droit de propriété».

Et si quelqu’un copie et diffuse mon NFT partout? Quel que soit le nombre de copies qu’on en fera, «l’artiste ou le créateur peuvent encore en retenir la propriété intellectuelle et les droits de reproduction (comme pour les œuvres d’art physiques)», dit Elliot Johnson, alors que la chaîne des blocs garde dans ses registres l’identité du propriétaire original.

La propriété des NFT est compliquée

Quand une œuvre d’art numérique se voit attribuer un propriétaire par le truchement de la chaîne des blocs, c’est pour toujours — ou du moins jusqu’à ce que soit ajouté le bloc suivant, qui pourrait théoriquement comporter la mention : « licence résiliée ». « Oui, le propriétaire pourrait en fait mettre un terme au NFT. Toutefois, le problème devient alors le suivant : quelle serait la valeur du NFT si le propriétaire pouvait unilatéralement (c’est-à-dire sans décision judiciaire) résilier un NFT simplement parce qu’il en affirme la non-conformité? Se demande Bob Seeman. Le NFT s’évaporerait. »

La structure de chaîne des blocs des NFT pose également des problèmes de confidentialité vis-à-vis de leur « forme finale » potentielle, dit Dan Olson, adepte de YouTube qui y a récemment affiché une critique de deux heures des NFT. Il explique qu’un avenir fondé sur la chaîne des blocs avec des NFT spécifiques à chaque personne serait un gros problème. Heureusement, ce risque ESG est encore loin de s’être concrétisé, mais certaines implications du point de vue de la structure, de la volatilité et de la viralité des NFT sont déjà là.

«Beaucoup des questions que me posent les jeunes sont liées au fait qu’ils entendent un ami leur dire qu’il a gagné beaucoup d’argent avec les NFT et qu’il veut leur faire éprouver la même exaltation, dit Adam Henry, il n’est pas sûr que ce soit tellement bénéfique de voir la jeune génération commencer son périple d’investisseur en canalisant son épargne quelque part, dans l’espoir que cet argent va tripler ou quadrupler à dans un mois ou deux.» N’oublions pas qu’investir n’est pas jouer.   

Les NFT ne sont peut-être qu’une bulle

L’aspect anonyme du secteur crypto est un gros problème pour les placements lorsqu’on en vient aux «transactions fictives». Imaginez qu’un certain nombre de portefeuilles, qui ressemblent tous à une longue série de chiffres alignés au hasard, achètent tous une seule série d’impressions numériques d’un artiste. L’offre étant limitée, le prix va grimper en flèche. Ces portefeuilles appartenaient-ils à l’artiste? Qui le sait? «Un gros problème avec les transactions fictives est qu’elles se produisent sur une place boursière, et que seule une place boursière voit ce qui se passe», dit Bob Seaman.

Selon un récent rapport de Chainalysis, un nombre important de transactions fictives persiste encore aujourd’hui, et les investisseurs potentiels feraient peut-être bien d’attendre que des moyens de mise en œuvre soient en place, ou peut-être de voir comment la situation va évoluer. Adam Henry voit la possibilité d’un éclatement: «En utilisant la théorie du triangle des bulles (potentiel commercial, crédit/argent et spéculation étant les trois “carburants” et « l’étincelle” étant la technologie), on pourrait considérer cet espace comme une bulle.»

Devrait-on se contenter d’investir dans des œuvres d’art?

«Le prix de l’art est déterminé par des modes », prévient Dan Kemp, directeur des placements mondiaux pour Morningstar Investment Management. « Alors que certaines personnes sont capables de repérer ces modes, la plupart des gens n’ont pas cette capacité.»

D’accord, mais qu’en est-il des collectionneurs à plein temps? Peut-il y avoir la même situation avec les NFT? Il y a des collectionneurs et des négociants en œuvres d’art, dit Bob Seeman, mais ce sont des experts, des spécialistes. Et c’est plus une profession qu’un investissement de se tenir au courant des modes. «Un bon exemple de l’impact de la mode a été l’effondrement du prix des meubles anciens. Il y a là beaucoup de caractéristiques partagées avec les beaux-arts, mais en fait de stockage de valeur, c’est épouvantable!», ajoute Dan Kemp.

Le monde de l’art est aussi confronté à des questions sur l’intégrité de son marché. Il n’y a qu’à comparer ceux qui authentifient les œuvres d’art avec les «arbitres» de la crise des hypothèques à haut risque. «Les agences de cotation avaient été achetées et payées par les joueurs les plus puissants de la partie», affirme le journaliste Michael Lewis dans un épisode de podcast sur les rouages internes — et les influences — du marché des œuvres d’art.

Peut-on être acheteur expert de NFT? Oui. Les NFT s’emploient-ils activement à éliminer toutes les transactions fictives? Oui. Les collectionneurs d’œuvres d’art se méfient-ils constamment des faux? Probablement. Voulez-vous que vos placements soient confrontés à ce type de risques? Probablement pas.

Les NFT en tant que NFT

«Il me semble que l’art est quelque chose que l’on aime en soi, qui n’est pas conçu comme un investissement», dit Dan Kemp. On aime son look, le bruit qu’il fait, ce qu’il fait ressentir, ce qu’il veut dire. L’art pour l’art.

Bob Seeman aimerait beaucoup posséder un tirage à dix exemplaires d’un tableau du Louvre sur NFT, peut-être dans le cadre d’une levée de fonds caritative. Ça serait sympa.

Ça serait utile, dit-il. Elliot Johnson y voit aussi l’occasion de faire des choses constructives, «par exemple, NBA Top Shots est pour les fans un moyen de “posséder” l’exploit sportif qui marque une de leurs rencontres préférées».

Les NFT sont un outil intéressant, polyvalent et utile. Cela ne veut pas dire qu’ils ont une quelconque valeur. Tout ce qui importe, c’est la valeur que vous leur attachez.