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Les cryptos s’enracinent là où elles ne servent à rien

François Remy|Mis à jour le 26 avril 2024

Les cryptos s’enracinent là où elles ne servent à rien

(Photo: 123RF)

LES CLÉS DE LA CRYPTO. La pilule pourrait être difficile à avaler pour certains tant les tendances chiffrées se montrent symptomatiques: l’adoption crypto baisse, indiscutablement. Mais un diagnostic sérieux de la santé de l’écosystème du bitcoin exige des analyses complémentaires. Or des paramètres vitaux apparaissent prometteurs.

 

 

(Illustration: Camille Charbonneau)

La pilule pourrait être difficile à avaler pour certains tant les tendances chiffrées se montrent symptomatiques: l’adoption crypto baisse, indiscutablement. Mais un diagnostic sérieux de la santé de l’écosystème du bitcoin exige des analyses complémentaires. Or des paramètres vitaux apparaissent prometteurs.

La cryptomonnaie, l’argent imaginaire de l’homme blanc, nous est vendue comme un outil d’inclusion financière par une communauté animée d’une pensée réactionnaire de façon prédatrice, afin de toujours enrôler plus des victimes dans cette grande arnaque pyramidale. Cette description semble démesurée, c’est pourtant en substance un récit médiatique qui s’est récemment construit en France sous l’impulsion de l’ouvrage certainement désintéressé No Crypto, Comment Bitcoin a envoûté la planète…

En confrontant cette théorie du complot techno-financier précitée à l’épreuve de chiffres récents, on se réjouira dès lors d’apprendre la bonne nouvelle: les cryptomonnaies vont mal, l’adoption au niveau mondial peine à sortir de sa léthargie. «Bien qu’il y ait eu une nette reprise depuis le marasme de la fin 2022, au moment de l’implosion de FTX, l’adoption par la base est encore loin de ses plus hauts niveaux historiques», épinglent les analystes de Chainalysis, entreprise spécialisée en décryptage des données blockchain, dans leur rapport annuel à paraître Géographie des cryptomonnaies.

Pour objectiver quelles populations mènent la danse dans l’adoption «de bitcoin et des monnaies magiques», les rapporteurs ne s’appuient pas sottement sur les pays avec les plus importants volumes de transactions, mais ont notamment pondéré la valeur des transactions pair à pair, avec les statistiques du pouvoir d’achat et le nombre d’utilisateurs d’Internet. «Tout le monde pourrait probablement deviner que les pays les plus grands et les plus riches sont loin devant. Nous voulons plutôt mettre en évidence les pays où les personnes ordinaires adoptent le plus les cryptomonnaies», formule simplement Chainalysis.

 

Une inclusion prédatrice ?

La région Asie centrale, Asie du Sud et Océanie domine ainsi le classement des dix premiers pays où l’adoption crypto s’enracine le plus. Nous pourrons le cas échéant y revenir, mais omettons ici les circonstances qui motivent cette adoption, car, dans chaque pays, elles demeurent particulières, ce qui entraîne des tendances d’utilisation et des ventilations différentes des services les plus populaires.

Mais penchons-nous sur un mouvement notable dans des pays où l’adoption par le grand public a connu une reprise beaucoup plus soutenue que partout ailleurs : les économies au revenu moyen inférieur (entre 1086 et 4255 $), pour reprendre les termes de la Banque mondiale pour classer les pays en fonction de leur niveau de richesse, sur la base du revenu national brut par habitant. On parle ici de pays tels que l’Inde, le Nigeria ou encore l’Ukraine.

Il ne s’agit pas d’un sursaut statistique ou d’une tendance à bas bruit, de l’Asie centrale et méridionale à l’Afrique, ces pays au revenu moyen inférieur ont certes affiché la plus forte reprise de l’adoption des cryptomonnaies au cours de l’année écoulée. Mais il s’agit aussi de la seule catégorie de pays où l’adoption totale par la base est restée supérieure à ce qu’elle était au troisième trimestre 2020, juste avant le dernier marché haussier.

 

Encore des promesses

«Cela pourrait être extrêmement prometteur pour les perspectives d’avenir de la cryptomonnaie. Les pays à faibles revenus sont souvent des pays en plein essor, avec des industries et des populations dynamiques et en pleine croissance. Nombre d’entre eux ont connu un développement économique important au cours des dernières décennies», expliquent les analystes de Chainalysis, rappelant que 40% de la population mondiale vit dans des pays à faible revenu, soit plus que dans toute autre catégorie de revenus. «Si les pays à faibles revenus représentent l’avenir, les données indiquent que les cryptomonnaies vont jouer un rôle important dans cet avenir.»

Que les enthousiastes de l’argent d’Internet ne perdent pas trop vite espoir donc. Surtout que, en parallèle, l’adoption institutionnelle, principalement menée par des organisations dans des pays à hauts revenus, continue de gagner du terrain même pendant «l’hiver crypto» qui s’éternise.

Attrait institutionnel et attrait populaire, «les actifs numériques répondent aux besoins uniques des individus dans les deux segments. Si ces tendances se confirment, nous pourrions assister dans un avenir proche à une combinaison d’adoption», fait-on remarquer avec optimisme chez Chainalysis.

Les arbres aux racines profondes ne sont-ils pas ceux qui montent haut ?