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Conserver votre flotte informatique pour sauver la planète

Nicolas St-Germain|Mis à jour le 26 avril 2024

Conserver votre flotte informatique pour sauver la planète

À l'avant, Martin Deron, chargé de projet pour le défi numérique, Chemins de transition, de l'Université de Montréal et à l'arrière en virtuel, Guillaume Pitron, journaliste, réalisateur et auteur du livre «Enfer numérique: voyage au bout d’un LIKE», conférencier à l’événement. (Photo: courtoisie)

LA TECHNO PORTE CONSEIL est une rubrique qui vous fait découvrir des plateformes, de nouveaux outils ou de nouvelles fonctionnalités pouvant être implantés facilement et rapidement dans votre quotidien au travail, en plus de démystifier les tendances technos du moment.

LA TECHNO PORTE CONSEIL. Prolonger la durée de vie de votre flotte informatique, en favorisant la réparation. Cela fait partie des actions concrètes que les organisations peuvent adopter dès maintenant pour réduire l’empreinte environnementale de leurs activités numériques, selon un expert présent à la neuvième édition du Sommet de Montréal sur l’innovation (SMI) intitulé «Entre terre et techno, ça clique?».

«On a cette vision du numérique comme étant quelque chose d’illimité, mais ce n’est pas le cas, il est limité», argue Martin Deron, chargé de projet pour le défi numérique, Chemins de transition, de l’Université de Montréal.

Cet événement du SMI a justement permis d’aborder un «angle mort», soit le fait que la technologie pollue plus qu’on le croit. Effectivement, l’industrie numérique compte pour 4% des gaz à effet de serre dans le monde, plus que l’aviation, mentionne Guillaume Pitron, journaliste, réalisateur et auteur du livre «Enfer numérique: voyage au bout d’un LIKE», conférencier à l’événement.

«Pour un téléphone qui pèse environ 200 à 300 grammes, il a fallu mobiliser beaucoup de matières, peut-être 100 ou 200 kilogrammes, mais on ne le voit pas», explique Martin Deron en entrevue avec Les Affaires. «Même si l’appareil est tout petit, ça représente beaucoup de matière et donc beaucoup d’énergie et un grand impact [sur l’environnement].»

Par conséquent, en repoussant le moment où l’entreprise met à jour sa flotte, elle peut retarder le moment où la matière sera jetée. «De manière générale, il ne sera jamais possible de compenser [les effets sur l’environnement de la fabrication], mais plus on garde [un appareil] longtemps, plus on réduit les effets», ajoute le chargé de projet.

 

Favoriser le seconde main

Bien qu’il n’y ait pas de chiffres magiques sur la durée de vie recommandée, il y a certaines actions qui peuvent être faites pour entretenir le matériel. «Il faut développer des réflexes de réparations pour les appareils et, lorsque possible, de voir si l’appareil dont vous avez besoin est disponible en seconde main, sur le marché de l’usagé», explique Martin Deron.

Dans le cas où l’achat de matériel neuf est inévitable, l’expert recommande aux entreprises de se tourner vers des appareils qui sont plus durables et donc plus facilement réparables. «Il y a des produits, que ce soit des ordinateurs ou des téléphones intelligents, qui sont beaucoup plus réparables que d’autres», précise-t-il.

Martin Deron ajoute que la certification environnementale est aussi un bon élément à considérer pour réduire son empreinte à l’achat. «Il y en a plusieurs, dont celle de l’EPEAT», mentionne l’expert.

Il y a aussi certaines choses de manière proactive que les entreprises peuvent faire pour s’assurer que les appareils ne soient pas touchés par l’obsolescence programmée. «Si on souscrit à une suite de produits comme Microsoft Office ou Google, on est dépendant de leur service technique et de la durée de temps que votre appareil peut le supporter», détaille Martin Deron. Il recommande donc de se dissocier de ces outils pour adopter des logiciels libres.

 

Économie circulaire

Au-delà des actions concrètes, les experts présents au SMI ont demandé un changement dans les modèles d’affaires. Ils précisent que le rythme actuel de consommation, de production et d’extraction des ressources nécessaires à la fabrication du numérique ne décroît pas. Elle serait même incompatible avec nos visions environnementales et l’Accord de Paris.

Guillaume Pitron, prêche pour une économie circulaire où les produits numériques peuvent être recyclés. «[Présentement], le recyclage de matériaux est difficile, le coût est cher et donc l’occasion vaut plus que le neuf», explique-t-il.

Plus globalement, les experts suggèrent aussi d’éduquer et de sensibiliser les employés quant aux effets environnementaux du numérique, comme la pollution générée par l’envoi de courriels avec une pièce jointe, ce qui permettrait d’enlever cette image du numérique illimitée.