La course d'obstacles de l'innovation en santé


Édition du 15 Août 2015

La course d'obstacles de l'innovation en santé


Édition du 15 Août 2015

Kinova, une entreprise québécoise créée en 2006, a mis au point un bras robotisé. Aujourd’hui, elle compte plusieurs centaines de clients aux États-Unis et en Europe.

Le marché public difficilement accessible

Kinova, une entreprise québécoise créée en 2006, a mis au point un bras robotisé. Aujourd'hui, elle compte plusieurs centaines de clients aux États-Unis et en Europe, où son produit a été agréé par les autorités sanitaires et est parfois remboursé. Au Québec ? Quelques dizaines à peine. «Dès 2009, on a démarché le ministère de la Santé pour qu'il place notre produit dans les cliniques de réadaptation afin de l'évaluer. On nous a demandé de réaliser des études cliniques et économiques pour prouver son efficacité et son utilité. On l'a fait : on a prouvé qu'il y avait un rendement de l'investissement sur 2,5 ans, qu'il permettait d'économiser du temps en soins à domicile, que les gens pouvaient rester chez eux plus longtemps. Mais on a toujours la même réponse au final : trop cher [entre 40 et 50 000 $]», explique Laurie Paquet, directrice de la robotique d'assistance. L'entreprise a donc rapidement mis le cap sur l'étranger pour trouver des débouchés, et là, «on a été souvent reçus à bras ouverts», s'étonne Laurie Paquet.

Des témoignages similaires, la plupart des entreprises du marché en livrent. Benoît Larose confirme : «Le Québec n'est pas leur premier marché. C'est plus facile pour elles d'aller ailleurs».

Les entreprises qui conçoivent des innovations technologiques pour le domaine de la santé le savent d'emblée : pour prospérer, elles devront très tôt exporter leurs technologies. Au Québec, elles n'arrivent pas à percer dans le réseau public de santé, qui est pourtant leur principal marché local.

En cause : des interlocuteurs multiples, un manque d'information sur les personnes en position de décider et sur leurs critères, un manque «de vision et de leadership» sur l'innovation, selon Benoît Larose, et une organisation notamment administrative (budget, dispersion de la prise de décision, etc.) pas adaptée à la prise en compte de l'innovation. «On est prisonniers d'un monopole», regrette Benoît Larose.

«Le système public est trop monopolistique, abonde dans le même sens François Théorêt, président du Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être (CEPSEM). Il faut que le gouvernement s'occupe du cadre, de l'orientation, mais qu'il laisse l'exécution à la compétition public-privé» et fasse ainsi plus de place aux innovations technologiques d'entreprises québécoises.

Un groupe de travail gouvernemental

Le gouvernement du Québec en est conscient, lui qui réduit les dépenses de santé, ce qui impose de «gagner en efficience et en pertinence», selon Luc Boileau, pdg de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS), une agence gouvernementale chargée d'évaluer les innovations en santé. Pour preuve : en interne, l'INESSS «a l'intention d'analyser [ses] procédures actuelles et de les bonifier, notamment en impliquant plus les entreprises», indique M. Boileau.

Le gouvernement a créé un groupe de travail sur les sciences de la vie en mars dernier. Il devra entre autres se pencher sur l'intégration de l'innovation dans le réseau de la santé et des services sociaux, les défis de la recherche et de l'innovation et ceux de l'industrie, et émettre des recommandations en 2016. «Les entreprises nous disent qu'elles vendent leurs produits à l'étranger plutôt qu'au Québec. Le groupe de travail va chercher à trouver le moyen d'éviter cela», assure Luc Boileau.

Toutefois, le travail est colossal, car c'est un changement en profondeur qui sera nécessaire. Les appels d'offres sont le passage obligé pour l'introduction de tout nouvel équipement dans les établissements publics de santé. Mais d'une part, ils sont régis par la règle du plus bas soumissionnaire, ce qui est la plupart du temps incompatible avec les innovations, plus coûteuses à l'achat. D'autre part, les classifications sont trop strictes et parfois désuètes.

Kinova, par exemple, n'a tout simplement pas accès aux appels d'offres, car «notre produit n'entre dans aucune classe actuelle, puisque c'est un équipement totalement nouveau. Mais personne ne se décide à créer une autre classe plus adaptée, déplore Laurie Paquet. Pour intégrer une innovation, il faut lui faire une place dans le système.»

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