La course d'obstacles de l'innovation en santé


Édition du 15 Août 2015

La course d'obstacles de l'innovation en santé


Édition du 15 Août 2015

Kinova, une entreprise québécoise créée en 2006, a mis au point un bras robotisé. Aujourd’hui, elle compte plusieurs centaines de clients aux États-Unis et en Europe.

Au moment où les gouvernements tentent de juguler les déficits publics, les dépenses en santé au Canada devaient augmenter seulement de 2,1 % en 2014, le plus faible pourcentage d'augmentation en 17 ans selon l'Institut canadien d'information sur la santé. Pour continuer de prodiguer des soins et des services de santé aussi efficaces, le milieu de la santé doit miser sur les innovations technologiques. En théorie, ça fonctionne. En pratique, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, comme en témoignent la plupart des entreprises du secteur qui vendent leurs produits davantage à l'étranger qu'au Québec.

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Avec deux super-hôpitaux flambant neufs et un bassin d'entreprises prometteuses, le Québec a de bonnes cartes à jouer pour faire face au gigantesque défi de financement que doit relever le secteur de la santé.

«Si la situation perdure, les dépenses de santé atteindront 70 % des revenus du gouvernement du Québec en 2030. On n'a pas d'autre choix que d'intégrer de plus en plus d'innovations technologiques en santé pour améliorer l'efficience», a lancé Joanne Castonguay, vice-présidente adjointe du Cirano (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations) à l'ouverture du Sommet sur la santé organisé par Les Affaires, le 18 juin dernier.

Par chance, le Québec dispose d'un large vivier d'entreprises dans le sous-secteur des sciences de la vie et des technologies médicales, qui génèrent 5,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Près de 150 firmes représentent 6 000 emplois (le double en incluant les technologies de l'information appliquées à la santé), selon le MEDEC, l'association qui réunit les sociétés canadiennes de technologies médicales.

Leurs innovations (nouveaux équipements de diagnostic, de traitement, d'imagerie, de laboratoire) sont une voie explorée pour réduire les coûts, car elles permettent d'améliorer l'efficacité des soins ; par exemple, des diagnostics plus rapides, des interventions moins invasives entraînant des temps d'hospitalisation plus courts ou diminuant les risques d'erreur.

À condition de pouvoir les déployer. Et c'est là que commence la course à obstacles.

Le défi réglementaire

«Le lancement d'une nouvelle technologie est un long processus étalé dans le temps», souligne François Drolet, directeur, développement des affaires chez Roche Diagnostics. La période de recherche et développement, puis de prototypage et enfin de tests et d'études visant à prouver l'efficacité de l'innovation prend généralement plusieurs années.

La commercialisation qui suit est également une étape complexe. «Il faut adapter le produit à la réglementation de chaque pays. Un travail d'harmonisation est en cours, et on commence à observer des ententes selon lesquelles des pays donnés reconnaissent l'agrément fourni par un de leurs voisins, ce qui évite de refaire les procédures partout», ajoute François Drolet. Mais c'est encore marginal. «Il y a des efforts pour uniformiser les procédures et s'entendre sur des standards, mais à quelques exceptions près, comme l'IEC CB Scheme, un accord qui permet une certification pour les produits électriques et électroniques reconnue mondialement, ça n'a pas encore donné beaucoup de résultats», constate Louis-Paul Marin, président de S-LOK North America (anciennement Groupe MMA), firme spécialisée en affaires réglementaires, assurance qualité et agent manufacturier.

Le financement non plus n'est pas une mince affaire. Si l'État accorde des crédits de recherche et développement à toutes ces sociétés, elles trouvent l'essentiel de leurs capitaux auprès d'anges financiers ou de firmes de capital de risque. «Mais le marché des capitaux n'est pas aussi structuré et développé que dans d'autres endroits, comme la Californie, et on a souffert de l'amoindrissement du rôle de l'État dans le domaine depuis le début des années 2000. Quand des institutions comme la Société générale de financement ont disparu, il a fallu du temps avant que les investisseurs privés prennent le relais par la création de fonds spécialisés comme Teralys Capital», explique Benoît Larose, vice-président pour le Québec de MEDEC.

Au-delà de la réglementation et du financement, le frein à l'adoption des innovations le plus souvent cité est le manque de culture du changement. «Nos entreprises ont de la difficulté à obtenir de l'écoute pour présenter leurs nouveautés. On a encore du mal à accorder de la valeur aux innovations : on cherche à réduire les budgets à court terme alors que les innovations, bien qu'elles soient plus chères à l'achat, permettraient des gains d'efficience [et donc des économies à long terme]», constate Benoît Larose.

Certains pays ont plus que d'autres cette culture de l'innovation, comme les États-Unis, plutôt friands de nouveauté et favorables à tout ce qui peut améliorer la rentabilité financière. «Cela dépend beaucoup du pays, remarque Alain Pluquet, directeur de l'unité innovation internationale de la pharmaceutique française bioMérieux. Certains sont plus ouverts à tester de nouvelles choses que d'autres en fonction de la culture nationale à cet égard.» Au Québec, c'est tout un changement de paradigme que les acteurs de l'innovation technologique appellent de leur voeu.

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