Agrile du frêne : une épidémie qui crée des occasions


Édition du 22 Août 2015

Agrile du frêne : une épidémie qui crée des occasions


Édition du 22 Août 2015

L’abattage massif des arbres infestés par l’agrile du frêne engendre des coûts considérables pour les villes. Ces coûts pourraient être grandement réduits si on donnait une seconde vie aux arbres abattus.

Depuis son apparition sur le continent, en 2002 à Detroit, l'agrile du frêne, un petit insecte ravageur de 7 à 14 mm originaire d'Asie, a tué plus de 20 millions de frênes en Amérique du Nord. Son invasion crée des ravages dans les centres urbains, comme à Montréal, où un arbre sur cinq est un frêne. L'abattage massif des arbres infestés engendre des coûts considérables pour les villes, mais ces coûts pourraient être grandement réduits si on donnait une seconde vie aux arbres abattus.

«Actuellement, les municipalités déchiquettent en copeaux presque tous les arbres qui sont bûchés sur leur territoire, tandis que les arboriculteurs, qui s'occupent des arbres sur les terrains privés, en font du bois de chauffage. Ce sont les pires façons de revaloriser cette ressource», dit Patrice Gouné, originaire du Cameroun et président-fondateur d'IAER Solutions, une firme de Québec qui développe une plateforme afin de maximiser la revalorisation intégrale des résidus arboricoles.

Une épidémie qui change la donne

Avant l'ère de l'agrile du frêne, la question de la revalorisation ne se posait pas. On n'abattait pas suffisamment d'arbres en zone urbaine pour que ça en vaille la peine.

Mais cette épidémie change la donne, car le nombre d'arbres à abattre explosera dans les années à venir. Uniquement dans le parc du Mont-Royal, on compte 27 000 frênes. Condamnés à plus ou moins long terme, la plupart passeront à la tronçonneuse, à moins d'un miracle. En effet, aucune ville n'a réussi jusqu'à maintenant à freiner la propagation de cet insecte vert métallique.

Même infestés, les frênes conservent une grande valeur, car le coléoptère ravage la couche de l'arbre juste sous l'écorce, le coeur de l'arbre restant indemne. Le bois de cette essence noble sert à faire des planches, des armoires de cuisine, du mobilier urbain, etc. Mais pour valoriser les résidus, on doit revoir nos façons de faire. «Lors de l'abattage, on ne doit pas débiter l'arbre en petits morceaux, comme ça se fait actuellement, mais le découper en conservant de gros morceaux, qui ont une grande valeur», dit Patrice Gouné.

La Ville de Terrebonne met actuellement en place sa stratégie de lutte contre l'agrile du frêne, avec la collaboration de M. Gouné. Son objectif : faire de la revalorisation à coût nul.

«On étudie la possibilité de vendre ce bois à des entreprises qui en feraient des planches, de louer des moulins à scie portatifs qu'on utiliserait sur place ou encore d'offrir les arbres à des entreprises d'économie sociale», explique Alain de Guise, chef de service, parcs et espaces verts, de la Ville.

Un projet-pilote est en cours dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal. L'arrondissement fait du mobilier urbain et vend des arbres abattus à Goodfellow, un transformateur et distributeur de bois de Delson. Cela génère des revenus qui servent à acheter des biopesticides pour traiter les frênes toujours debout.

Aux États-Unis, la Ville de Cincinnati sert de modèle. Elle a mis en place un projet de valorisation avec les écoles de son territoire. Des entreprises locales récupèrent le bois pour en faire des bibliothèques et des casiers, ce qui a entraîné des économies et même des revenus pour la ville. «La revalorisation réduit non seulement les frais pour les municipalités, mais crée aussi des emplois», ajoute M. Gouné.

Chaque municipalité, en agissant séparément, a des moyens limités pour maximiser la valeur des frênes. «Mais si on adoptait une stratégie d'ensemble, on y gagnerait en efficacité», dit Alain de Guise.

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