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L’euro plie face à la montée de l’extrême droite en Europe

AFP|Mis à jour le 18 juin 2024

L’euro plie face à la montée de l’extrême droite en Europe

(Photo: 123RF)

L’euro souffrait lundi de la montée de l’extrême droite en Europe et de la dissolution de l’Assemblée nationale en France, qui plonge dans l’incertitude l’un des piliers de la monnaie unique, même si les analystes veulent croire en sa résilience.

La «gueule de bois» post-résultats des élections européennes qui a touché la Bourse de Paris plombait également la monnaie unique, qui reculait de 0,50% face au billet vert, à 1,0747 dollar américain pour un euro, et de 0,57% face à la devise britannique à 84,43 pence pour un euro.

Les marchés s’inquiètent du «virage politique à droite dans l’Union européenne», ainsi que des «élections anticipées surprises en France», pays fondateur de l’euro, résumait Kathleen Brooks, analyste de XTB.

Face à l’arrivée largement en tête du scrutin en France du Rassemblement national mené par Jordan Bardella, avec quelque 32% des voix, le président Emmanuel Macron a en effet annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale.

Les élections législatives auront lieu les 30 juin et 7 juillet, deux ans après les précédentes qui avaient privé Emmanuel Macron d’une majorité absolue.

 

Incertitudes économiques

«La perspective d’un Parlement contrôlé par (Marine) Le Pen et (Jordan) Bardella avec Emmanuel Macron comme président pourrait contrecarrer les projets de réformes économiques de Macron (…) qui auraient pu apaiser les inquiétudes concernant le déficit public», estime Mme Brooks, de XTB, qui répondait à l’AFP.

De quoi inquiéter les marchés, surtout après la récente dégradation de la note de la France par l’agence Standard & Poor’s.

Une victoire du RN aux législatives et son arrivée à Matignon chamboulerait aussi l’orientation de la politique française «sur des questions telles que l’élargissement de l’UE», largement critiquée par le parti, abonde Jane Foley, de Rabobank, interrogée par l’AFP.

 

Euroscepticisme

Or «l’euro a été créé comme un produit du processus d’unification européenne» et «si une minorité croissante d’Européens est sceptique», celle-ci «apparaît progressivement plus fragile», commente de son côté Ulrich Leuchtmann, analyste chez Commerzbank.

Le scrutin européen a confirmé une progression des droites nationalistes et radicales, en France, mais aussi en Allemagne, où l’extrême droite AfD est créditée de la deuxième place, devant les partis de la coalition au pouvoir; ainsi qu’en Belgique, en Autriche, aux Pays-Bas, ou encore en Italie. Le parti post-fasciste de la première ministre italienne Giorgia Meloni arrive ainsi en tête dans le pays.

L’extrême droite reste cependant divisée au Parlement européen en deux groupes (ID et ECR) dont le rapprochement reste très incertain en raison de leurs importantes divergences, en particulier sur la Russie.

La «grande coalition» centriste de la droite (PPE), des sociaux-démocrates (S&D) et des centristes (Renew Europe), au sein de laquelle se forgent traditionnellement les compromis, conserve la majorité.

L’euro reste également une devise particulièrement attractive pour les partenaires commerciaux de l’Europe, et revenir à des monnaies nationales individuelles n’est pour l’instant pas au programme.

«Jusqu’à présent, l’euroscepticisme généralisé n’a pas causé de dommages significatifs à l’euro», bien que ce risque ce soit marginalement accru hier, pense M. Leuchtmann de Commerzbank.

 

Continuité

En France, la cohabitation n’est pas un évènement nouveau sous la Ve République, veut tempérer Kit Juckes, analyste de la Société Générale.

Pour lui, si le RN s’impose aux législatives, l’euro perdra du terrain «de façon modérée et de courte durée».

À l’inverse, Mme Brooks mise sur une résilience à court terme de la monnaie unique, mais entrevoit des conséquences négatives à long terme, face à une possible «impasse au Parlement», ce qui «pourrait ramener l’attention sur les difficultés budgétaires de la France».

«Il n’est pas encore certain que le prochain premier ministre soit Jordan Bardella. Macron pourrait nommer quelqu’un de la droite modérée venu des Républicains qui bénéficierait d’un peu de soutien du RN», remarque Andrew Kenningham, de Capital Economics.

«D’après les expériences passées de cohabitation cela pourrait amener à une paralysie politique» ou à une division entre un président préoccupé seulement de politique étrangère et des affaires intérieures menées par le premier ministre, poursuit-il.

C’est surtout en cas d’éventuelle victoire du RN à la présidentielle de 2027 que «la politique française pourrait évoluer plus drastiquement dans une direction eurosceptique et populiste», conclut-il.