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Ukraine: pour Biden, Poutine est un «criminel de guerre»

AFP et La Presse Canadienne|Mis à jour le 16 avril 2024

Ukraine: pour Biden, Poutine est un «criminel de guerre»

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a directement interpellé Joe Biden mercredi, l'exhortant à imposer de toute urgence une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine. (Photo: 123RF)

Ce texte regroupe toutes les réactions depuis l’invasion de la Russie en Ukraine pour la journée du 16 mars 2022. Il sera mis à jour au courant de la journée. Pour retrouver toute notre couverture sur le conflit, c’est ici.  

17h00 | Joe Biden a traité mercredi Vladimir Poutine de « criminel de guerre », tout en promettant une aide militaire massive à l’Ukraine, où une vingtaine de civils ont été tués par des tirs russes devant un magasin, sur un marché et à l’intérieur d’un immeuble d’habitation dans le nord et en fuyant Marioupol dans le sud. 

Répondant à une journaliste, le président américain a lâché, sans autres précisions, à propos de son homologue russe : «C’est un criminel de guerre».

Des propos « inacceptables et impardonnables », a répliqué le Kremlin. 

Peu auparavant, dans une courte allocution, Joe Biden avait confirmé que son pays fournirait 800 millions de dollars de plus au titre de l’aide militaire à Kyiv, soit une enveloppe «sans précédent» d’un milliard de dollars en une semaine pour soutenir son armée.

«A la demande» du chef de l’État ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s’était un peu plus tôt adressé au Congrès, «nous aidons l’Ukraine à se doter de systèmes de défense antiaérienne supplémentaires et de plus longue portée», a-t-il dit, précisant que des drones seraient aussi livrés.

 

Des frappes meurtrières

En Ukraine, dix personnes qui faisaient la queue pour acheter du pain à Tcherniguiv, à 150 km au nord de Kyiv, ont péri dans la matinée lorsque des soldats ont ouvert le feu sur elles de manière «préméditée», a annoncé le parquet général. 

Dans cette même ville, qui subit de nombreux raids aériens, cinq corps, dont ceux de trois enfants, ont été retrouvés sous les décombres d’un logement collectif, ont dit les secouristes.

Trois autres personnes ont perdu la vie et cinq ont été blessées sur un marché dans un incendie provoqué par un bombardement à Kharkiv, dans le nord-est.   

Dans l’après-midi, des tirs de roquettes Grad sur un convoi de civils qui quittaient la cité portuaire assiégée et sans cesse pilonnée de Marioupol ont fait un nombre pour le moment indéterminé de morts et de blessés, dont un enfant grièvement atteint, d’après l’armée ukrainienne.

Un théâtre qui abritait «des centaines de civils» y a été détruit dans l’explosion d’une bombe larguée par un avion russe, a ajouté la mairie. 

La ville de Zaporojie, largement épargnée jusqu’ici et refuge des personnes évacuées de Marioupol, a quant à elle pour la première fois depuis le début du conflit été visée, la gare ayant été touchée mercredi par au moins un missile. C’est dans cette région que se trouve la plus grande centrale nucléaire d’Europe, que les Russes occupent depuis le 4 mars.

«J’ai enterré mon fils aujourd’hui. C’était un pilote», dont l’appareil a été abattu pendant une mission de combat, racontait de son côté, tête baissée, Anatoly, à Otchakiv, sur les bords de la mer Noire.  

Cinq cents personnes au moins ont été tuées depuis le début de la guerre à Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, dans le nord-est, sans répit bombardé.

Des explosions ont en outre à nouveau été entendues à l’aube à Kyiv où d’épaisses colonnes de fumées noires s’élevaient.

La capitale, vidée de plus de la moitié de ses 3,5 millions d’habitants, est sous couvre-feu depuis mardi 20h00 ) et jusqu’à jeudi 07h00, après que plusieurs missiles eurent frappé des immeubles d’habitation lundi et mardi. 

«En cas de besoin, nous prendrons les armes et nous défendrons la ville», a assuré Edouard Dementchouk, un employé d’une cinquantaine d’années d’une société de sécurité privée.

Conséquence du conflit, plus de trois millions d’Ukrainiens — dont près de la moitié d’enfants — ont déjà pris les routes de l’exil, en grande majorité vers la Pologne.

 

Pas de troupes de l’OTAN

Dans le même temps, l’Organisation mondiale de la santé assurait n’avoir jamais vu autant d’attaques militaires sur le système de santé qu’actuellement en Ukraine.

«Le système de santé est devenu une cible (…). Cela commence à faire partie de la stratégie et des tactiques de la guerre. C’est totalement inacceptable, c’est contraire au droit humanitaire international», a déploré le chef des urgences de l’OMS, Michael Ryan.

C’est dans ce contexte que la Cour internationale de justice (CIJ), le plus haut tribunal de l’ONU, a ordonné mercredi à Moscou d’immédiatement interrompre ses opérations militaires en Ukraine, se disant «profondément préoccupée» par l’ampleur des combats ; et que le Conseil de l’Europe, garant de l’état de droit sur ce continent, excluait officiellement la Russie, tandis que la Cour européenne des droits de l’homme suspendait l’examen de toutes les requêtes concernant la Russie.

Imperturbable, Vladimir Poutine a martelé dans un discours que l’opération militaire déclenchée trois semaines plus tôt, le 24 février, était «un succès». Cela alors que son armée ne pouvait revendiquer la prise d’aucune grande ville et progressait au ralenti. 

La Russie ne laissera jamais l’Ukraine devenir une «tête de pont» pour des «actions agressives» contre son territoire, a-t-il ajouté. 

Juste avant, son homologue ukrainien avait par visioconférence, ovationné par les parlementaires américains, à nouveau réclamé l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de son pays.

Il y a «la nécessité de protéger notre ciel», avait lancé Volodymyr Zelensky, avant de faire projeter des images des Ukrainiens sous les bombes.

Joe Biden a jusqu’ici rejeté l’idée de mettre en place une telle zone d’exclusion aérienne, de peur de voir les États-Unis et l’Alliance atlantique, qui a répété mercredi qu’il n’était «pas question de déployer des troupes de l’OTAN ni des avions en Ukraine», entraînés dans un conflit susceptible de se transformer en 3e guerre mondiale. 

Cette organisation a toutefois fait part de son intention de renforcer son dispositif sur son flanc oriental.

 

Un «compromis» ? 

L’offensive et la détermination des deux camps n’empêchaient pas la poursuite en parallèle de pourparlers, relancés lundi par visioconférence au niveau des délégations.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré mercredi que les négociateurs discutaient désormais d’«un compromis», qui ferait de l’Ukraine un pays neutre, sur le modèle de la Suède et de l’Autriche.

«Il y a des formules très concrètes qui, je pense, sont proches d’un accord», a également souligné le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Sans démentir des discussions sur une neutralité, le négociateur-en-chef ukrainien Mykhaïlo Podoliak a rejeté «un modèle suédois ou autrichien» et insisté sur des «garanties de sécurité absolues» face à la Russie, avec engagement d’intervenir aux côtés de l’Ukraine en cas d’agression. 

«L’Ukraine est maintenant en état de guerre directe avec la Russie. Par conséquent, le modèle ne peut être qu’ukrainien», a déclaré M. Podoliak sur son compte Telegram.

Le président Zelensky avait estimé dans la nuit de mardi que les positions des deux camps étaient désormais «plus réalistes», tout en estimant qu’il faudrait «encore du temps pour que les décisions soient dans l’intérêt de l’Ukraine». 

Il s’était dit auparavant prêt à renoncer à toute adhésion de son pays à l’OTAN, un casus belli pour la Russie.

M. Zelensky n’a pas caché qu’il espérait aussi obtenir une rencontre avec M. Poutine. 

À l’issue d’une conversation, le pape François et le patriarche Kirill ont pour leur part exprimé «l’espoir d’arriver rapidement à une paix équitable».

Le chef de l’Église catholique a appelé celui de l’Église orthodoxe russe à éviter «le langage de la politique», selon le Vatican. 

La Turquie, membre de l’OTAN, mais ayant refusé de s’associer aux sanctions contre Moscou, poursuivait de son côté ses efforts de médiation. Son ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu était à Moscou mercredi et devait se rendre jeudi en Ukraine.

Il succédera aux premiers ministres polonais, tchèque et slovène, Mateusz Morawiecki, Petr Fiala et Janez Jansa, qui sont allés mardi à Kyiv. 

Parallèlement, la Pologne a réclamé la mise en place d’une «mission de paix» de l’OTAN, «protégée par les forces armées» pour aider l’Ukraine. 

Le sujet pourrait être abordé au cours du sommet extraordinaire de l’OTAN prévu pour le 24 mars à Bruxelles, où Joe Biden sera présent.

Mercredi, Vladimir Poutine a promis des aides financières aux particuliers et aux entreprises, comparant les sanctions à un «Blitzkrieg» contre la Russie. 

Les autorités russes continuent en parallèle à réprimer toute opposition à la guerre. 

 

 

13h15 | Washington — Le président des États-Unis Joe Biden a confirmé mercredi l’envoi de 800 millions de dollars US d’aide militaire supplémentaire à l’Ukraine, soit une enveloppe «sans précédent» d’un milliard de dollars en une semaine pour soutenir l’armée ukrainienne face à l’invasion russe.

«A la demande» du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s’est adressé dans la matinée au Congrès américain, «nous aidons l’Ukraine à se doter de systèmes de défense antiaérienne supplémentaires et de plus longue portée», a-t-il dit lors d’une courte allocution, précisant que cette nouvelle aide inclurait aussi des drones.

 

 

12h00 | Les autorités russes ont annoncé mercredi avoir bloqué le site de la BBC et promis d’autres répliques dans la « guerre de l’information », lancée selon Moscou par l’Occident depuis l’offensive militaire russe en Ukraine.

Le régulateur russe «Roskomnadzor a bloqué en Russie le site de BBC News. Je pense que ce n’est que le début des répliques à la guerre de l’information lancée par l’Occident contre la Russie», a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, sur la messagerie Telegram.

 

10h27 | Washington — «Être le leader du monde, c’est être le leader de la paix»: s’exprimant en anglais devant l’ensemble du Congrès américain, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a directement interpellé Joe Biden mercredi, l’exhortant à imposer de toute urgence une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine.

«Vous êtes le leader d’une nation, de votre grande nation. Je souhaite que vous soyez le leader du monde. Être le leader du monde, c’est être le leader de la paix», a-t-il martelé d’un ton grave, en tee-shirt kaki depuis l’Ukraine, lors d’une allocution vidéo retransmise devant le Congrès américain et les chaînes d’information du pays.

Joe Biden, qui refuse d’imposer une telle zone d’exclusion aérienne au motif qu’elle constituerait une escalade trop importante face à Moscou, doit s’exprimer à 11h45, heure du Québec. Il doit entre autres annoncer une aide sécuritaire supplémentaire à l’Ukraine de 800 millions de dollars.

 

Pearl Harbor, 11 — Septembre

Volodymyr Zelensky s’exprimait pour la première fois devant le Congrès américain, après une initiative similaire devant les parlements britannique et canadien.

Dans un plaidoyer aux accents parfois passionnés, le président ukrainien a imploré les États-Unis et leurs alliés occidentaux de faire davantage pour sauver son pays face à l’invasion russe, en leur rappelant les plus sombres heures de leur Histoire.

«Dans votre grande Histoire, vous avez des pages qui vous permettent de comprendre les Ukrainiens», a-t-il lancé aux élus américains. «Souvenez-vous de Pearl Harbor, ce terrible matin du 7 décembre 1941, quand votre ciel était assombri par les avions qui vous attaquaient», «souvenez-vous du 11 — Septembre, ce terrible jour de 2001», a-t-il ajouté dans cette allocution.

«Cette terreur, l’Europe ne l’a pas vécue depuis 80 ans», a-t-il martelé.

 

«I have a dream»

Évoquant le sort des «plus de cent enfants» ukrainiens «dont le cœur ne bat plus» à cause de la guerre, le dirigeant de 44 ans a assuré qu’il ne voyait «pas le sens de la vie si elle ne peut pas arrêter la mort».

Volodymyr Zelensky a aussi repris le célébrissime «I have a dream» de Martin Luther King, lançant: «J’ai un rêve, ces mots sont connus de chacun d’entre vous. Aujourd’hui, je peux le dire, j’ai une nécessité, la nécessité de protéger notre ciel. J’ai besoin de votre décision, de votre aide.»

«Est-ce trop demander, de créer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, pour sauver des gens? Est-ce trop demander, une zone d’exclusion aérienne humanitaire?», a-t-il demandé, avant de faire projeter devant les élus américains une vidéo de son pays sous les bombes. 

À la fin de l’extrait, cette inscription: «Fermez le ciel au-dessus de l’Ukraine.»

Volodymyr Zelensky a reçu une ovation debout de la part de l’ensemble des élus du Congrès, à qui l’on avait distribué des broches bleu et jaune, couleurs du drapeau ukrainien.

L’ambassadrice ukrainienne aux États-Unis Oksana Markarova, assise au deuxième rang et entourée de hauts responsables du Congrès, a elle aussi été ovationnée.

«Slava Ukraini», «Gloire à l’Ukraine», lui a lancé la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi.

 

À la page suivante, la Russie, menacée de défaut, face à une première échéance.

La Russie, menacée de défaut, face à une première échéance.

8h52 | Moscow — La Russie fait face mercredi à une première échéance de remboursement d’obligations qui la menace d’un défaut de paiement, ses avoirs à l’étranger étant gelés par des sanctions occidentales.

Mercredi, Moscou doit rembourser 117 millions de dollars américains sur deux euro-obligations, la première d’une série de plusieurs échéances en mars-avril.

Mais aujourd’hui, en représailles à l’intervention militaire russe en Ukraine, la partie des réserves russes détenues à l’étranger, environ 300 G$ US, est gelée dans le cadre des sanctions occidentales.

Lundi, le ministère des Finances a annoncé avoir envoyé «un ordre de paiement à la banque correspondante concernant le paiement (…) d’un montant total de 117,2 M$ US».

Précisant que la banque est américaine, le ministre des Finances Anton Silouanov a déclaré mercredi qu’«actuellement, pendant que le paiement est en cours de traitement, nous n’avons eu aucun message» sur son statut.

«Il n’est pas encore passé. Mais nous savons que la banque négocie avec l’OFAC (Bureau de contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor américain), et nous a demandé les informations nécessaires sur l’objet du paiement. Donc pour l’instant nous attendrons les informations de notre banque», a-t-il poursuivi. 

«En effet, il y a des risques que ce paiement n’atteigne pas les destinataires finaux. Pourquoi? Parce que notre compte en dollars est bloqué», a-t-il ajouté.

M. Silouanov avait menacé lundi de rembourser les dettes russes en roubles.

«Les déclarations selon lesquelles la Russie ne peut remplir ses obligations concernant sa dette publique ne correspondent pas à la réalité», avait-il insisté, accusant les Occidentaux de vouloir «provoquer un défaut artificiel».

Si la Russie ne peut payer une période de 30 jours commencera au bout de laquelle la Russie sera déclarée en défaut de paiement sur sa dette extérieure, une première depuis 1918, quand Lénine avait renié les obligations du pays.

Mais un certain flou demeure autour de cette première échéance. Les analystes de JPMorgan estiment eux que ces paiements devraient être possibles.

Le Trésor américain précise que le paiement des intérêts est possible jusqu’au 25 mai 2022, pour les personnes américaines, sur les obligations émises avant le 1er mars 2022 par la Banque centrale de Russie, un fonds souverain russe, ou le ministère des Finances.

Après cette date, il leur faudra une autorisation pour continuer à recevoir ces paiements.

Les sanctions occidentales ont paralysé une partie du système bancaire et financier russe et provoqué un effondrement du rouble. Un défaut de paiement coupe un État des marchés financiers et compromet son retour pour des années.

 

Le gendarme russe des télécoms bloque les sites de 15 médias

8h34 | Moscow — Le gendarme russe des télécoms Roskomnadzor a bloqué les sites d’au moins 15 médias supplémentaires, a constaté mercredi l’AFP, au moment où Moscou renforce son contrôle sur les informations publiées en ligne sur le conflit en Ukraine.

Les sites du média d’investigation renommé Bellingcat, de médias locaux russes, ainsi que de médias russophones basés en Israël et en Ukraine étaient inaccessibles mercredi en Russie sans réseau privé virtuel (VPN), ont observé des journalistes de l’AFP. 

Ces sites apparaissent par ailleurs désormais sur la liste officielle des ressources bloquées par Roskomnadzor.

Parmi les sites basés en Russie bloqués, on compte le média indépendant Kavkazkï Ouzel (Kavkaz-uzel.eu), couvrant le Caucase, ainsi qu’un média régional basé dans l’Oural, à Perm (permdaily.ru).

Roskomnadzor a par ailleurs suspendu l’accès à deux médias russophones basés en Israël, où vit une importante communauté ayant immigré d’ex-URSS: 9 TV Channel Israel (www.9tv.co.il) et Vesty Israel (www.vesty.co.il).

Plusieurs médias d’information ukrainiens ont également été bloqués (novosti.dn.ua ; bukinfo.ua) et un média estonien, Postimees, qui a une version en russe.

Depuis le début de l’offensive contre l’Ukraine, le 24 février, le pouvoir russe a multiplié ses efforts pour contrôler les informations sur le conflit publiées sur internet.

Il a notamment bloqué les réseaux sociaux américains Twitter, Facebook, Instagram, ainsi que d’autres médias russophones critiques du Kremlin et opposés au conflit.

 

L’AIE craint un «choc» pour l’offre pétrolière mondiale

7h10 | Paris — L’Agence internationale de l’énergie (AIE) craint un «choc» sur l’offre pétrolière mondiale, à la suite des sanctions contre la Russie prises après son invasion de l’Ukraine, estimant que les barils russes ne pourront pas être facilement remplacés dans l’immédiat.

«La perspective de perturbations à grande échelle de la production russe menace de créer un choc mondial de l’offre pétrolière», écrit l’agence, qui conseille des pays développés sur leur politique énergétique, dans un rapport mensuel.

La guerre en Ukraine a déjà créé une forte volatilité sur les marchés du pétrole, dont les cours se sont approchés de leurs records (le Brent a atteint 139,13 dollars le 7 mars) avant de refluer quelque peu.

La Russie est le plus gros exportateur mondial, avec 8 millions de barils par jour (mb/j) de pétrole brut et de produits raffinés à destination du reste du monde.

Si les États-Unis et le Royaume-Uni ont décidé un embargo sur le pétrole russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine, le secteur de l’énergie est exclu des sanctions européennes notamment. Toutefois, l’AIE note que de nombreuses entreprises — compagnies pétrolières, courtiers, armateurs, banques — se sont d’elles-mêmes détournées de la Russie.

Elle estime que 3 mb/j de pétrole russe pourraient être indisponibles à partir d’avril, un volume qui pourrait augmenter si les sanctions deviennent plus sévères ou si les condamnations publiques de la Russie prennent de l’ampleur.

 

«Transition»

Face à ces pertes, «il y a peu de signes d’une augmentation de l’offre provenant du Moyen-Orient ou d’une réallocation significative des flux commerciaux», note l’AIE.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés au sein de l’OPEP+, dont la Russie, se refusent à augmenter leur production pour soulager le marché, s’en tenant à un relèvement graduel de 400 000 barils par jour chaque mois.

Les pays disposant de capacités de production supplémentaires — l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis — ne manifestent aucune volonté d’ouvrir plus le robinet, tandis que la perspective d’un retour de l’Iran, dans le cadre d’un possible accord sur le dossier nucléaire, ne sera pas immédiate.

L’AIE estime que les exportations iraniennes pourraient augmenter d’environ 1 mb/j sur six mois, donc pas assez pour compenser la perte du pétrole russe.

Le Venezuela — avec lequel Washington a repris le dialogue — ne pourrait pour sa part fournir qu’une contribution «modeste» en cas de levée des sanctions américaines.

Hors de l’OPEP+, d’autres pays augmenteront certes leur production — Brésil, Canada, États-Unis et Guyana — mais le potentiel est «limité» à court terme. Les États-Unis ont notamment un potentiel important avec leurs réserves de pétrole de schiste, mais cela devrait mettre des mois à se matérialiser.

Côté demande, l’AIE a également revu en baisse sa prévision de croissance pour 2022 d’environ 1 mb/j, en raison de l’effet de l’augmentation des cours des matières premières et des sanctions contre la Russie sur l’économie mondiale.

La demande mondiale est désormais attendue en hausse de 2,1 mb/j cette année, pour atteindre un total de 99,7 mb/j.

L’AIE —créée en 1974 pour faire face au choc pétrolier — indique qu’elle publiera cette semaine des recommandations pour faire baisser la demande à court terme. Dans certains pays, il a par exemple été suggéré de baisser la limitation de vitesse sur les routes, de baisser le prix des transports en commun ou de recourir au télétravail.

L’agence conclut que si la situation actuelle constitue un défi énorme pour les marchés de l’énergie, elle représente aussi des «opportunités»: «l’alignement actuel entre des facteurs économiques et de sécurité énergétique pourrait bien accélérer la transition au détriment du pétrole».

 

La Biélorussie dit assurer l’alimentation électrique de Tchernobyl

5h38 | Kyiv — L’alimentation électrique du site nucléaire de Tchernobyl a été complètement rétablie et est assurée par la Biélorussie voisine, ont annoncé mercredi les autorités de la région biélorusse de Gomel, citant le ministère biélorusse de l’Énergie.

«L’alimentation électrique de la centrale de Tchernobyl a complètement été rétablie», a indiqué le ministère, dans un communiqué publié sur la chaîne Telegram de la région de Gomel.

«Actuellement, la fourniture d’électricité des infrastructures de la centrale est assurée par les systèmes d’alimentation biélorusse», poursuit cette source, précisant que le niveau de radiation sur le site était «stable» mercredi.

L’alimentation électrique du site nucléaire, situé à la frontière avec la Biélorussie et tombée aux mains des Russes le 24 février, avait été coupée une première fois la semaine dernière et rétablie dimanche.

Mais lundi, l’opérateur ukrainien Ukrenergo a accusé l’armée russe d’avoir à nouveau coupé l’alimentation électrique de la centrale en endommageant une ligne à haute tension alimentant le site.

Dans la soirée, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a toutefois écrit sur Twitter avoir été informée par l’Ukraine que «l’alimentation électrique externe» avait été «rétablie» dans la journée après que la ligne ait été à nouveau endommagée «par les forces d’occupation». 

«Le personnel a repris les opérations pour reconnecter la centrale au réseau électrique», avait précisé l’AIEA. 

Le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl a explosé en 1986, causant la pire catastrophe nucléaire civile de l’Histoire. Il est recouvert d’un double sarcophage, l’un construit par les Soviétiques et désormais endommagé, l’autre, plus moderne, inauguré en 2019.

Les trois autres réacteurs de la centrale ont été progressivement fermés après la catastrophe, le dernier en 2000. 

Un système alimenté en électricité est néanmoins toujours nécessaire pour refroidir les 20 000 assemblages combustibles stockés dans la piscine du site.

Compte tenu du temps qui s’est écoulé depuis l’accident de 1986, «la charge thermique de la piscine et le volume de l’eau de refroidissement sont suffisants pour assurer une évacuation efficace de chaleur sans électricité», avait estimé le 9 mars l’AIEA.