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Ukraine: 27 morts dans une frappe russe

AFP et La Presse Canadienne|Mis à jour le 16 avril 2024

Ukraine: 27 morts dans une frappe russe

Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, entourée par les forces russes sur plusieurs côtés et les grands axes, mais pas encerclée, subit un pilonnage constant. (Photo: Getty Images)

Ce texte regroupe tous les derniers développements à propos de l’invasion de la Russie en Ukraine pour la journée du 17 mars. Pour retrouver toute notre couverture sur le conflit, c’est ici. NDLR. Certains contenus sont explicites et peuvent être difficiles à lire.    

 

16h30 | Kyiv — Le président ukrainien a imploré jeudi les Occidentaux d’aider à «arrêter cette guerre», au moment où une frappe russe faisait au moins 27 morts dans l’est de l’Ukraine, après trois semaines d’une offensive de Moscou qui ne donne aucun signe de répit malgré la poursuite de pourparlers.

Les auteurs de crimes de guerre en Ukraine devront «rendre des comptes» devant la justice internationale, ont de leur côté averti les ministres des Affaires étrangères du G7 dans une déclaration commune, soulignant que la «collecte de preuves» était en cours.

Une accusation reprise par le chef de la diplomatie américaine : «Cibler intentionnellement des civils est un crime de guerre. Après tant de destructions ces trois dernières semaines, je trouve difficile de conclure que les Russes font autre chose que cela», a déclaré Antony Blinken jeudi à Washington. 

Évoquant les pourparlers en cours entre Kyiv et Moscou, Antony Blinken a estimé que la Russie n’avait pas démontré jusqu’ici « d’effort significatif ».

«D’un côté, nous saluons l’Ukraine qui reste à la table des négociations alors qu’elle est sous les bombes, et de l’autre côté, je n’ai pas vu d’effort significatif de la part de la Russie pour mettre fin par la diplomatie à la guerre qu’elle mène», a-t-il dit. 

Antony Blinken a par ailleurs assuré que le président Joe Biden allait menacer son homologue chinois Xi Jinping, avec lequel il doit s’entretenir vendredi, de représailles si la Chine devait «soutenir l’agression russe», notamment par l’envoi d’aide militaire à Moscou. 

Le président ukrainien a pour sa part lancé : «un peuple est en train d’être détruit en Europe», en s’adressant par visioconférence au Bundestag allemand. «Aidez-nous à arrêter cette guerre!» a-t-il ajouté, ovationné par les députés.

L’Ukraine vit depuis trois semaines au rythme des annonces de frappes russes meurtrières sur ses villes, qu’elle accuse le Kremlin de viser à dessein. Dernière en date, une frappe d’artillerie a fait au moins 27 morts jeudi matin à Merefa, près de la ville assiégée de Kharkiv (est).

«Une école et un centre culturel ont été détruits. 21 personnes ont été tuées et 25 blessées, dont 10, sont dans un état grave», a annoncé le parquet régional.

Les regards étaient également tournés jeudi vers Marioupol, ville portuaire du sud-est assiégée et où Volodymyr Zelensky a accusé mercredi l’aviation russe d’avoir « sciemment » bombardé un théâtre où étaient réfugiés des centaines d’habitants.

«Le monde doit finalement admettre que la Russie est devenue un État terroriste», avait-il ajouté.

La mairie de ce port stratégique sur la mer d’Azov, selon laquelle «plus d’un millier» de personnes se trouvaient dans un abri antiaérien sous le théâtre, a indiqué jeudi après-midi ne pas connaître encore le bilan de cette frappe qui a détruit en grande partie le bâtiment.

Le déblayage des décombres se poursuit malgré les bombardements incessants, mais « les informations sur les victimes sont toujours en cours de clarification », a indiqué la municipalité sur Telegram. 

La Russie a affirmé ne pas avoir bombardé la ville, et avancé que l’immeuble avait été détruit par le bataillon nationaliste ukrainien Azov.

 

Situation «critique» à Marioupol

Selon la mairie de Marioupol cependant, la situation est « critique » avec des bombardements russes « ininterrompus » et des destructions « colossales ». 

Selon les premières estimations, environ 80% du parc de logement de la ville a été détruit » par les bombardements, a ajouté la municipalité.

«Plus de 350 000 habitants de Marioupol continuent de se cacher dans des abris et des sous-sols à cause des bombardements continus», a encore indiqué la mairie. 

Des personnes ayant réussi à fuir ont raconté avoir fait fondre de la neige pour boire et cuire le peu de nourriture disponible sur des braseros.

«Ils tirent tellement de roquettes, il y a beaucoup de corps de civils morts dans les rues», a raconté à l’AFP Tamara Kavounenko, 58 ans, qui vivait dans le centre-ville.

Selon Iryna Verechtchouk, vice-première ministre ukrainienne, 8 couloirs humanitaires sur 9 ont fonctionné jeudi et 3 810 civils ont été évacués des zones de combats.

À Marioupol, les habitants quittent la ville en voiture et à pied. Plus de 2 000 personnes sont arrivées depuis cette ville vers Zaporojie plus au nord-ouest dans la journée. Des évacuations ont aussi eu lieu dans la région de Kiev, tandis que le couloir de Kharkiv dans le nord-est n’a pas fonctionné en raison de la poursuite des tirs, a-t-elle indiqué. 

 

Bombardements meurtriers

Depuis le début de l’offensive le 24 février, les forces russes n’ont encore revendiqué la prise d’aucune grande ville ukrainienne, même si elles ont nettement progressé dans le sud et semblent avancer dans l’est du pays.

Selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), les forces russes ont notamment utilisé des bombes à sous-munitions les 7, 11 et 13 mars, sur la ville de Mykolaïv, proche d’Odessa. Neuf personnes sont mortes le 13 mars, qui faisaient la queue à un distributeur, selon l’organisation.

Au nord de Kiev, à Tcherniguiv, dix personnes qui attendaient pour acheter du pain sont mortes lorsque des forces russes ont ouvert le feu, a affirmé mercredi le Parquet général ukrainien. Moscou a démenti, accusant là aussi des «nationalistes ukrainiens».

Les bombardements se poursuivent aussi sur Kharkiv, deuxième ville du pays, où au moins 500 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre.

 

Le «sifflement» des bombes

À Kiev, une frappe sur un immeuble a tué une personne jeudi à l’aube.

«J’ai entendu un sifflement, et mon mari m’a appelée en criant. On habite au rez-de-chaussée, les fenêtres se brisaient. Le principal, c’est qu’on soit vivant», a dit à l’AFP Iryna Voïnovska, 55 ans, en sanglots. «Malheureusement, une femme est morte au 16e étage, écrasée par une gazinière».

La capitale reprenait lentement vie jeudi après la levée d’un couvre-feu imposé depuis mardi soir.

Mais les rues, ponctuées de points de contrôle et de sacs de sable, restaient quasiment désertes. La ville s’est vidée d’au moins la moitié de ses 3,5 millions habitants.

Aucun bilan global n’a jamais été fourni, même si le président Zelensky a mentionné le 12 mars la mort d’« environ 1 300 » militaires ukrainiens, tandis que Moscou n’a que rapporté près de 500 morts dans ses rangs le 2 mars.

Cent-huit enfants ont été tués et 120 blessés dans le pays depuis l’invasion russe, a indiqué jeudi le Parquet général ukrainien.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dénonce en particulier les nombreuses frappes sur des infrastructures de santé.

Plus de trois millions d’Ukrainiens ont déjà pris les routes de l’exil, en grande majorité vers la Pologne. Des milliers d’entre eux poursuivent leur voyage vers d’autres pays, comme la Suède: Stockholm estime qu’ils arrivent au rythme de près de 4 000 personnes par jour, et n’exclut pas d’en recevoir jusqu’à 200 000.

Vladimir Poutine a martelé mercredi dans un discours que l’offensive était «un succès». Son porte-parole, Dmitri Peskov, a affirmé que la « majorité écrasante » des Russes soutenaient la ligne décidée par Vladimir Poutine.

Les autres sont des «traîtres», et le conflit les révèle, permettant une «purification» de la société, a-t-il ajouté, alors que nombre de Russes opposés au Kremlin ont quitté le pays depuis le début de l’offensive.

 

« Accord de sécurité collective » 

Malgré la détermination qu’affichent les deux camps, des pourparlers se poursuivent en parallèle par visioconférence au niveau de délégations.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, en visite à Lviv dans l’ouest de l’Ukraine, a indiqué que Kyivavait «fait une offre sur l’accord de sécurité collective : P5 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, NDLR), plus Turquie et Allemagne».

«Lors de mes contacts à Moscou hier, j’ai vu que la Fédération de Russie (…) pouvait accepter une telle offre», a précisé le ministre.

La veille, l’Ukraine avait rejeté la proposition russe d’un simple statut de pays neutre, exigeant des «garanties de sécurité absolues».

Frappée par de lourdes sanctions, la Russie a cependant apparemment échappé pour l’instant au défaut de paiement sur sa dette : selon une source proche du dossier, la banque JPMorgan a bien reçu le paiement d’une tranche d’intérêts de 117,2 millions de dollars qui arrivait à échéance.

6h52 | Paris — La Russie rejetait jeudi de nouvelles accusations de «crime de guerre», au 22e jour de son invasion de l’Ukraine, au lendemain du bombardement d’un théâtre abritant des centaines de civils dans la ville assiégée de Marioupol (sud-est), démenti par Moscou.

Les forces russes progressent peu sur l’ensemble des fronts en raison de la résistance de l’armée ukrainienne, y compris aux abords de la capitale, Kyiv, et subissent des pertes significatives, selon des responsables militaires américains et britanniques. Mais le président russe Vladimir Poutine a assuré mercredi que l’opération «se déroulait avec succès» et selon les plans.

Voici un point de la situation établi à partir d’éléments des journalistes de l’AFP sur place et de services d’urgence, ainsi que de déclarations officielles ukrainiennes et russes, de sources occidentales, d’analystes et d’organisations internationales.

 

Kyiv et le Nord

Les débris d’un missile abattu au-dessus de Kyiv, que l’armée russe tente toujours d’encercler, ont causé jeudi la mort d’au moins une personne et fait trois blessés, selon les services de secours.

Les troupes russes à l’est de Kyiv sont à une trentaine de kilomètres du centre de la capitale et n’ont donc guère avancé ces derniers jours, a affirmé mercredi un responsable militaire américain, soulignant que les troupes ukrainiennes contrôlaient toujours la ville de Brovary.

Bien qu’isolée, Tcherniguiv, au nord-est de Kyiv, tient encore malgré les bombardements. Dix personnes qui faisaient la queue pour acheter du pain y ont été tuées mercredi, tandis que cinq corps, dont ceux de trois enfants, y ont été retrouvés dans les décombres d’un immeuble, selon les autorités ukrainiennes.

 

L’Est

Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine, entourée par les forces russes sur plusieurs côtés et les grands axes, mais pas encerclée, subit un pilonnage constant. Trois personnes y ont péri mercredi sur un marché dans un incendie provoqué par un bombardement, selon les secours.

Dans le centre du pays, la ville de Zaporojie, largement épargnée jusqu’alors, a été visée par des frappes mercredi, selon les autorités locales.

 

Le Sud

À Marioupol, port stratégique sur la mer d’Azov assiégé, un théâtre dans lequel près d’un millier de personnes s’étaient réfugiées a été détruit mercredi par une bombe larguée d’un avion russe, ont affirmé les autorités ukrainiennes sans pouvoir fournir de bilan humain à ce stade.

Le ministère russe de la Défense a pour sa part démenti avoir bombardé le théâtre, imputant l’explosion au bataillon ultranationaliste ukrainien Azov. 

La prise de Marioupol représenterait un tournant en permettant à Moscou d’éliminer la dernière poche de résistance entre les forces russes en provenance de la Crimée, annexée depuis 2014, qui se sont déjà emparées des ports de Berdiansk et Kherson, et les troupes séparatistes et russes du Donbass (Est).

Les évacuations de civils de la ville assiégée se sont poursuivies, avec plusieurs milliers acheminés mercredi vers Zaporojie, selon les autorités ukrainiennes.

 

L’Ouest et le Centre

L’Ouest du pays, relativement épargné, a néanmoins été touché par des frappes meurtrières dans la nuit de samedi à dimanche puis de nouveau lundi. Sa principale ville, Lviv, est devenue une plaque tournante pour les missions diplomatiques, les journalistes et les Ukrainiens cherchant à se mettre en sécurité ou à fuir le pays.

 

Bilan humain

Aucun bilan précis n’était disponible dans l’immédiat. 

Au moins 726 civils, dont une cinquantaine d’enfants, ont été tués en Ukraine et près de 1 200 blessés, d’après le décompte au 15 mars de l’ONU, qui souligne que ses bilans sont probablement très inférieurs à la réalité.

La municipalité de Marioupol affirme que plus de 2 200 habitants ont péri dans cette seule ville.

Les pertes de l’armée ukrainienne s’élèvent à «environ 1 300» militaires, a indiqué le 12 mars le président ukrainien Volodymyr Zelensky. 

L’Ukraine affirme que l’armée russe, elle, a perdu «environ 12 000 hommes». Moscou a annoncé le 2 mars son seul et unique bilan (498 soldats tués). Le Pentagone a fourni pour sa part une estimation de 2 000 à 4 000 morts russes en deux semaines, mais des sources du renseignement américain citées par le New York Times tablent désormais sur plus de 7 000 en trois semaines.

 

Réfugiés et déplacés

Depuis le début de l’invasion, plus de trois millions de personnes ont fui l’Ukraine, majoritairement vers la Pologne, d’après le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Plus de 2 millions ont été déplacés dans le pays, selon le HCR.