Logo - Les Affaires
Logo - Les Affaires

La Russie «ira en justice» si elle est déclarée en défaut

AFP et La Presse Canadienne|Mis à jour le 16 avril 2024

La Russie «ira en justice» si elle est déclarée en défaut

Le ministre des Finances russe, Anton Silouanov, a indiqué que la dette extérieure de la Russie représentait environ 57 G$US. (Photo: 123RF)

Ce texte regroupe toutes les réactions depuis l’invasion de la Russie en Ukraine pour la journée du 08 avril 2022. Il sera mis à jour au courant de la journée. Pour retrouver toute notre couverture sur le conflit, c’est ici.  

7h29 | Moscou — La Russie entamera une procédure judiciaire si elle est déclarée en défaut de paiement par l’Occident, a affirmé le ministre des Finances Anton Silouanov dans une interview publiée lundi, le pays ayant été placé samedi en défaut «sélectif» par une agence de notations.

«Nous irons en justice, car nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour nous assurer que les investisseurs reçoivent leurs paiements», a répondu le ministre au journal Izvestia.

«Nous présenterons au tribunal nos factures confirmant nos efforts pour payer à la fois en devises étrangères et en roubles. Ce ne sera pas un processus facile. Nous devrons prouver très activement notre position, malgré toutes les difficultés», a-t-il ajouté, sans préciser vers quelle instance juridique la Russie se tournerait.

L’agence de notation financière S&P Global Ratings a abaissé samedi la note de la Russie pour ses paiements en devises étrangères au niveau de «défaut de paiement sélectif», après que Moscou a réglé en roubles une dette en dollars la semaine dernière.

La notation pour les paiements en devises étrangères est abaissée à «SD» (dernier cran avant le «D» pour défaut), tandis que la note reste à «CC» pour les paiements en roubles.

S&P a dans la foulée indiqué qu’elle cessait ses notations de la Russie, à l’instar des agences Fitch et Moody’s.

Mais un défaut peut encore être officialisé par un créancier privé révélant publiquement qu’un pays a cessé de le rembourser ou par l’agence américaine ISDA (International Swaps and Derivatives Association), qui régit les CDS, une sorte d’assurance contre le défaut de paiement.

 

«Guerre économique et financière»

«La Russie a essayé de bonne foi de rembourser les créanciers extérieurs en transférant les montants correspondants en devises étrangères pour payer notre dette. Néanmoins, la politique délibérée des pays occidentaux est de créer artificiellement un défaut par tous les moyens», a encore déclaré le ministre.

«Si une guerre économique et financière est menée contre notre pays, nous sommes obligés de réagir, tout en remplissant toutes nos obligations», a-t-il ajouté.

Le ministre a indiqué que la dette extérieure de la Russie représentait environ 4 500 à 4 700 milliards de roubles (environ 57 milliards de dollars américains au taux actuel), soit 20% de la dette publique totale.

Comme tous les États, la Russie emprunte de l’argent sous forme d’obligations, souvent en dollars, et doit payer régulièrement des intérêts et rembourser le capital.

Un pays est considéré en défaut quand il est incapable d’honorer ses engagements auprès de ses créanciers.

Pendant plusieurs semaines, la Russie a écarté le danger d’un défaut, le Trésor américain ayant permis l’utilisation de devises étrangères détenues par Moscou à l’étranger pour régler des dettes extérieures.

Mais, depuis lundi, Washington n’autorise plus la Russie à rembourser sa dette avec des dollars détenus dans des banques américaines. Par conséquent, la banque JPMorgan a bloqué un paiement de Moscou.

Le ministère des Finances russe a annoncé en conséquence avoir réglé en roubles 650 millions de dollars dus le 4 avril.

Un défaut sur sa dette extérieure coupe un pays des marchés financiers et complique son retour pour des années.

Interrogé par Izvestia sur la question, M. Silouanov a déclaré que la Russie «n’a plus besoin aujourd’hui d’emprunter sur les marchés» et ne faisait plus «confiance» aux emprunts extérieurs ainsi qu’aux devises occidentales.

«Tout le monde voit désormais que l’économie mondiale peut devenir un obstacle au développement du pays. Nous nous concentrerons sur notre propre développement, sur la création d’industries nationales», a-t-il ajouté.