Le plan de relève chez Gildan a «complètement déraillé», selon une experte

Publié le 29/01/2024 à 15:23, mis à jour le 29/01/2024 à 15:24

Le plan de relève chez Gildan a «complètement déraillé», selon une experte

Publié le 29/01/2024 à 15:23, mis à jour le 29/01/2024 à 15:24

Par La Presse Canadienne

(Photo: La Presse Canadienne/Christinne Muschi)

Le conflit entre Vêtements de Sport Gildan et ses actionnaires démontre les risques qui peuvent entourer la planification de la relève, surtout lorsqu’un fondateur est impliqué. 

«La plus importante tâche d’un conseil d’administration est de nommer le PDG, puis de planifier la relève», souligne Sarah Kaplan, professeure distinguée à la Rotman School of Management de l'Université de Toronto.

«À un certain point, le processus semble avoir complètement déraillé et nous ne savons pas encore exactement pourquoi», ajoute-t-elle.

Gildan a annoncé, plus tôt lundi, qu’elle fixait la tenue d’une assemblée extraordinaire d’actionnaires le 28 mai prochain à la suite de la demande de l'investisseur américain Browning West. La rencontre pourrait toutefois ne pas avoir lieu tandis que l’entreprise montréalaise mène en parallèle des démarches judiciaires afin d’annuler cette assemblée extraordinaire.

Browning West cherche à remplacer la majorité des membres du conseil d'administration de l'entreprise et à ramener son fondateur Glenn Chamandy au poste de directeur général. 

Pour sa part, Gildan affirme aussi qu’elle contestera la validité de la demande de réunion spéciale de Browning West devant un tribunal du Québec. Gildan allègue que le fonds a enfreint les règles antitrust américaines en augmentant sa participation dans la société au point de pouvoir demander une assemblée des actionnaires, ce que nie Browning West.

L'entreprise est impliquée dans une lutte pour savoir qui devrait diriger l'entreprise depuis qu'elle a annoncé à la fin de 2023 que Glenn Chamandy serait remplacé au poste de directeur général par Vince Tyra. Plusieurs actionnaires de Gildan, dont le plus important de l'entreprise, Jarislowsky Fraser, ont demandé la réintégration de Glenn Chamandy.

«C'est très dramatique, constate Sarah Kaplan. C'est tout ce qu'un conseil d'administration et une entreprise veulent normalement éviter.»

Browning West demande aux actionnaires de Gildan de voter pour destituer huit administrateurs de Gildan, dont le président Donald Berg, et de les remplacer par ses propres candidats qui réintégreraient Glenn Chamandy.

Convoquer une assemblée d’urgence des actionnaires n’est pas un processus rapide, explique Sarah Kaplan. «Il y a des règles et des procédures à respecter.» Il est probable qu'une réunion aurait pu être organisée avant quatre mois, précise-t-elle.

Le conseil d’administration espère peut-être que des négociations en coulisses pourraient faire l’affaire, croit la professeure. «Je pourrais imaginer que le conseil d'administration actuel essaie de se donner de la marge pour voir s'il peut mener des négociations qui pourraient conduire à une solution plus à l'amiable.»

Le conseil d'administration de Gildan affirme que Glenn Chamandy n'avait aucune stratégie crédible à long terme pour l'entreprise et qu'il avait perdu la confiance du conseil dans sa capacité à faire croître une organisation de plus en plus complexe.

En réponse, Glenn Chamandy affirme qu'il avait présenté en octobre un plan stratégique à long terme qui montrait des perspectives de croissance interne significatives pour Gildan au cours des cinq prochaines années.

Parfois, ce que veulent les actionnaires ne correspond pas à ce que le conseil d’administration considère comme le mieux pour l’entreprise, souligne Mme Kaplan – c’est pourquoi Browning West et d’autres actionnaires sollicitent cette réunion.

«Les actionnaires peuvent voter pour un conseil d'administration, mais ils n'embauchent ni ne licencient le PDG, ils votent simplement pour les membres du conseil d'administration», explique Sarah Kaplan. «Donc, s'ils veulent changer de PDG, ils doivent changer de conseil d'administration.»

Ce différend sera probablement abordé un jour dans les cours de gouvernance d'entreprise, de nomination des PDG et de planification de la succession, croit la professeure. 

C’est un exemple des complications qui peuvent survenir dans la planification de la succession d’un PDG lorsque le dirigeant en question est également fondateur, selon elle. «Lorsque vous avez une entreprise familiale, les émotions vont certainement être plus fortes.»

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