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Pas de gains de productivité sans main-d’œuvre compétente

François Normand|Mis à jour le 16 avril 2024

Pas de gains de productivité sans main-d’œuvre compétente

«Les freins qui entravent ce processus de transformation [les gains de productivité], en particulier par les PME, sont souvent moins liés à des considérations financières ou techniques qu'à un manque de connaissances et de compétences.» (Photo: 123RF)

Même si vous avez la meilleure voiture sport au monde, vous ne pourrez pas la conduire de manière optimale si vous n’avez pas d’excellentes habilités de conduite. C’est la même chose avec les gains de productivité: même si votre entreprise a les meilleures machines au monde, celles-ci n’atteindront pas leur plein potentiel si vos gestionnaires et vos employés n’ont pas les connaissances et les compétences nécessaires pour les utiliser correctement.

Voilà la principale conclusion d’un rapport que publient ce jeudi, l’Institut du Québec (IDQ), Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) et Fondaction, qui s’intitule Former pour mieux performer: Analyse sur les enjeux du secteur manufacturier.

«Les freins qui entravent ce processus de transformation [les gains de productivité], en particulier par les PME, sont souvent moins liés à des considérations financières ou techniques qu’à un manque de connaissances et de compétences. À ce chapitre, notons la faible maîtrise des enjeux technologiques», peut-on lire dans ce rapport de 33 pages.

La problématique est de taille au Québec, dans un contexte où les gouvernements successifs au fil des décennies ont pourtant allégé le régime fiscal des entreprises afin de le rendre compétitif au Canada.

Or, malgré tout, le niveau d’investissement en machinerie et en technologies du Québec «reste plus faible que dans les juridictions avec lesquelles il se compare», soulignent les auteurs du rapport.

Résultat: les entreprises manufacturières québécoises sont 5,2% fois moins productives que leurs concurrentes en Ontario.

Notre retard est encore plus important quand on compare la productivité du travail dans le secteur manufacturier au Québec à celle d’autres États dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

 

Le Québec (et le Canada) figurent parmi les derniers de classe dans l’OCDE au classement de la productivité du travail dans le secteur manufacturier (Sources: Statistique Canada, OCDE et calculs de l’IDQ)

 

Compétences: trois stratégies pour les entreprises

Selon les auteurs, il y a trois stratégies porteuses que les entreprises peuvent déployer pour renforcer les compétences afin d’augmenter la productivité et de stimuler l’investissement.

  1. Développer les compétences vertes et technologiques des gestionnaires pour renforcer leur aptitude à évaluer les besoins et à intégrer de nouvelles technologies ;
  2. Rehausser les compétences en maintenance de la machinerie, car l’automatisation des procédés pourrait réduire le besoin pour certains techniciens et complexifier les tâches de ceux qui les entretiennent ;
  3. Automatiser autant que possible les tâches pour les postes les moins bien rémunérés et les plus difficiles à combler.

Pour stimuler l’investissement, les auteurs estiment que le Québec inc. pourrait jouer «un rôle de premier plan».

Par exemple, les grandes entreprises donneuses d’ordres peuvent inciter leurs partenaires et leurs fournisseurs à adopter certaines technologies. Elles peuvent aussi les aider à accroître leur productivité, en partageant notamment leurs meilleures pratiques, incluant les compétences requises pour utiliser certains équipements.

Pour l’IDQ, MEQ et Fondaction, la formation et le rehaussement des compétences sont le nerf de la guerre pour améliorer la performance de nos entreprises manufacturières, notamment au chapitre de l’environnement — pour 1000$ de PIB, le secteur manufacturier québécois émet 7,4% plus de gaz à effet de serre (GES) que l’Ontario et 55% de plus que les États-Unis.

«Ils constitueront des leviers clés, tant pour les politiques publiques, que pour les entreprises elles-mêmes afin de rendre le secteur manufacturier plus vert et plus productif», concluent les auteurs du rapport.