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Nouvelle mobilisation pour accélérer la décarbonation du Québec

François Normand|Mis à jour le 18 juin 2024

Nouvelle mobilisation pour accélérer la décarbonation du Québec

Le Québec doit réduire ses rejets de carbone de 37,5% sous leur niveau de 1990 d’ici 2030, mais il peine à y arriver. De 1990 à 2021, nos émissions n’ont diminué que de 8,9%, selon l’inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre. (Photo: 123RF)

Les entreprises du Québec disposent d’un nouvel outil pour les aider à décarboner plus rapidement leurs activités grâce à Décarbone+. Ce processus de «coaching élaboré» s’adresse aux membres de la direction ainsi qu’aux responsables en développement durable/ESG et aux responsables d’opération et de maintenance dans les organisations.

Décarbone+ est le fruit des efforts concertés de cinq entreprises, soit CAE (fabrication de simulateurs de vols), Akonovia (accompagnement en transition énergétique et en carboneutralité), le Mouvement Desjardins, ainsi qu’Hydro-Québec et Énergir, qui ont toutes deux des programmes d’efficacité énergétique pour les entreprises.

L’organisme a lancé son programme lundi soir à la Maison du développement durable, à Montréal, devant des dizaines de personnes issues de différents milieux engagés dans la décarbonation du Québec.

Lors d’un discours bien senti, Hélène V. Gagnon, cheffe de la direction du développement durable et vice-présidente principale, engagement des parties prenantes, chez CAE a expliqué que son entreprise veut insuffler le même sentiment d’urgence pour décarboner l’économie qu’elle l’a fait durant la pandémie pour vacciner des employés dans les entreprises privées.

«C’est ça qu’on veut faire avec Décarbone+» a-t-elle déclaré.

 

La même mobilisation que pour la COVID

Au début de la COVID-19, c’est le fabricant de simulateurs de vols qui a convaincu le gouvernement du Québec que des entreprises pouvaient aussi vacciner leurs employés afin de participer à l’effort de guerre pour vacciner massivement et rapidement les Québécois.

Résultat, environ 10% de la population a été vaccinée dans les organisations, le reste des Québécois ayant reçu leurs doses dans les points de service mis en place par le gouvernement.

En s’impliquant dans Décarbone+, CAE espère à nouveau créer une mobilisation collective, mais cette fois pour décarboner l’économie et lutter contre les changements climatiques qui représentent à terme une menace bien plus grande à la santé publique, disent les spécialistes.

Le Québec doit réduire ses rejets de carbone de 37,5% sous leur niveau de 1990 d’ici 2030, mais il peine à y arriver. De 1990 à 2021, nos émissions n’ont diminué que de 8,9%, selon l’inventaire québécois ses émissions de gaz à effet de serre.

Décarbone+ vise la plupart des secteurs de l’économie.

On parle ici de l’industrie (et ses sous-secteurs), du commerce de détail, de l’immobilier ainsi que du secteur institutionnel, ce qui inclut le municipal, les centres de services scolaires, les cégeps, les universités et le réseau de la santé.

Cela dit, l’approche de Décarbone+ va plus loin que celle d’autres organisations qui ont déjà lancé des initiatives de décarbonation, comme le Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ) ou Écotech Québec, la grappe des technologies propres.

Son approche est un processus de «coaching élaboré» qui s’étalera sur une période de plusieurs mois, en plus de s’appuyer sur des cohortes sectorielles de 8 à 12 personnes, expliquent en entrevue à Les Affaires Philippe Hudon, président d’Akonovia, et Julien Rollier, responsable de la durabilité et de la conformité environnementale chez CAE.

Le premier est président de Décarbone+, tandis que le second est l’un des administrateurs.

 

Inspirée de l’École d’entrepreneurship de Beauce

«Notre approche ressemble un peu à celle de l’École d’entrepreneurship de Beauce», dit Philippe Hudon, pour illustrer ce qui fait à ses yeux l’originalité de Décarbone+.

Imaginée par Marc Dutil, patron du Groupe Canam (conception et fabrication de structures d’acier), cette institution forme des cohortes de gestionnaires et des chefs d’entreprise pour les transformer afin qu’ils «propulsent» la croissance de leur organisation, propulsant du coup l’économie du Québec.

Pour sa part, Débarbone+ vise à coacher des membres de la direction, des responsables en développement durable/ESG ainsi que des responsables d’opération et de maintenance afin qu’ils propulsent leur organisation pour accélérer la décarbonation de l’économie du Québec.

«C’est du mentorat ou du support pour les aider à passer à l’action», souligne Julien Rollier, en précisant que cette approche est commune dans l’industrie aérospatiale, notamment auprès des fournisseurs des grands donneurs d’ordres.

 

L’approche de Décarbone+ est un processus de «coaching élaboré» qui s’étalera sur une période de plusieurs mois, en plus de s’appuyer sur des cohortes sectorielles de 8 à 12 personnes (Photo: 123RF)

C’est d’ailleurs dans le réseau des fournisseurs de CAE que seront créées les premières cohortes sectorielles du programme de Décarbone+. Par la suite, l’organisme recrutera de nouvelles cohortes dans d’autres secteurs de l’économie.

Selon Philippe Hudon et Julien Rollier, outre les bénéfices pour la planète, la décarbonation rend aussi les entreprises plus compétitives.

D’une part, parce qu’elles consomment plus efficacement l’énergie (même si elle est renouvelable), ce qui réduit leur facture énergétique et crée de nouvelles capacités financières.

D’autre part, parce qu’elles préservent ainsi l’accès aux marchés où on s’apprête à imposer des tarifs douaniers pour l’importation de produits à haute teneur en carbone, notamment dans les 27 pays de l’Union européenne.

 

Huit modules de formation très structurés

Concrètement, Décarbone+ propose huit modules de formation aux membres de la direction ainsi qu’aux responsables en développement durable/ESG et aux responsables d’opération et de maintenance dans les organisations.

Cela dit, ces huit modules ne s’appliqueront par nécessairement à toutes les entreprises qui auront recours aux services de Décarbone+. Bref, cela dépendra de la taille, de l’industrie et du niveau de maturité des organisations dans leur processus de décarbonation.

Les modules 1 et 2 visent à mobiliser l’entreprise et à former son équipe interne de décarbonation.

Les modules 3 et 4 permettent de développer le bilan carbone de l’organisation, par exemple la quantité de gaz à effet de serre (GES) émise par tonne de production ou par tonne de carburant pour un système de chauffage.

Le module 5 est névralgique: c’est l’étape où il faut fixer des cibles de réduction de GES pour l’entreprise, en s’appuyant sur des données afin de développer un plan de décarbonation.

Le module 6 consiste à mettre sur papier le plan de réduction, qui comprend des audits et des analyses, sans parler de nouvelles opportunités qui peuvent se présenter en cours de route et leurs impacts.

Les modules 7 et 8 permettent enfin d’évaluer et de prioriser les opportunités de décarbonation, et de les présenter «de façon convaincante» à la direction. Si on a le feu vert, on peut alors commencer à implanter les solutions et mesurer le bilan annuel des réductions d’émissions de GES.

 

Coûts et ressources d’accompagnement

Les entreprises qui souhaitent participer au programme de Décarbone+ devront payer quelque chose, mais «le coût sera minimum», assure Philippe Hudon, en précisant que l’organisme aura un budget de fonctionnement d’environ 300 000$ par année.

Les entreprises dont des employés participeront aux cohortes sectorielles pourront aussi bénéficier des ressources et de l’accompagnement des partenaires énergétiques que sont Hydro-Québec et Énergir, sans parler de Desjardins, qui offre de plus en plus d’offres de financement pour les entreprises qui souhaitent réduire leur empreinte carbone.

Les cohortes sectorielles pourront aussi bénéficier de l’expertise et de l’expérience d’Akonovia et de CAE.

La première parce qu’elle aide déjà des organisations dans leur transition énergétique, la seconde parce qu’elle est carboneutre depuis 2020 – grâce à la compensation carbone, qui coûte des sous, et que le fabricant de simulateurs de vols veut à terme réduire au maximum.