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Northvolt: une «marche funèbre» pour les milieux humides

La Presse Canadienne|Mis à jour le 16 avril 2024

Northvolt: une «marche funèbre» pour les milieux humides

La «marche funèbre» organisée dimanche à 13h, à McMasterville, a le mérite de refléter le niveau d'inquiétude des défenseurs de l'environnement. (Photo: La Presse Canadienne/Christinne Muschi)

Faut-il croire que les opposants à Northvolt Six sonnent déjà le glas des milieux humides que le projet d’usine doit détruire? Sans doute pas. Mais la «marche funèbre» organisée dimanche à 13h, à McMasterville, a pu refléter le niveau d’inquiétude des défenseurs de l’environnement. 

Le principe n’est pas sans rappeler les funérailles organisées en 2019 en Islande pour le glacier «décédé» Okjökull, disparu à cause du réchauffement climatique. 

Cette fois, pas de surchauffe planétaire mise en cause, mais une usine de composantes de batteries, s’inscrivant dans la démarche de verdissement de l’économie canadienne, dont la construction doit faire disparaître environ 130 000 mètres carrés de milieux humides. 

«Actuellement, [les constructeurs] sont en train de couper des arbres, de remblayer, d’éliminer des milieux humides, alors on pleure la perte de ces milieux de biodiversité très précieux à nos yeux», justifie Jacinthe Villeneuve, l’une des organisatrices de la marche funèbre, membre du Comité Action Citoyenne – Projet Northvolt, avant d’ajouter: «Et on pleure aussi le manque de transparence du gouvernement face à nos questions.» 

La coalition composée, entre autres, du Comité Action Citoyenne – Projet Northvolt, d’Urgence climatique Montérégie et du Conseil central de la Montérégie-CSN, loin d’être contre le projet en lui-même, se pose plutôt la question: «pourquoi là?» 

Jacinthe Villeneuve regrette que le projet n’ait pas été implanté dans une friche industrielle, un emplacement dont aurait d’autant plus apprécié le symbole, ou dans une autre zone «nue», dont elle n’aurait eu pas à craindre les conséquences pour l’environnement.

«Actuellement, en Montérégie, on a quelque chose comme 1,5% [de zones humides], alors que ce qui serait recommandé c’est 10%.» Elle rappelle que ces milieux humides jouent un rôle important, non seulement pour la biodiversité, mais aussi pour la captation du CO2 et la limitation du réchauffement climatique. De ce fait, elle ne comprend pas que le gouvernement accepte qu’on élimine des milieux ayant «déjà» un effet positif sur l’environnement.

 

Une opacité qui fait voir rouge aux adeptes du vert

«Un projet de l’ampleur de Northvolt, aussi lié à la transition énergétique qu’il soit, ne peut faire l’économie d’une véritable évaluation, pointe également, dans le communiqué de la coalition, Annette Herbeuval, du Conseil central de la Montérégie-CSN. En permettant à Northvolt de se soustraire au BAPE, le gouvernement Legault témoigne de son indifférence face aux conséquences du projet sur les populations et leur milieu de vie.»

Car outre la destruction de milieux humides et d’habitats naturels notables, les opposants craignent que les modifications au règlement du BAPE dont a bénéficié le projet Northvolt ne fassent office de jurisprudence, et ouvrent la porte à l’implantation de plus de projets industriels d’ampleur, sans que ceux-ci ne soient soumis à toutes les évaluations environnementales nécessaires.

«Si ce projet-là n’a pas une évaluation [du BAPE], martèle Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada et également organisateur de la marche funèbre, tous les autres projets vont arriver et dire, « regardez, vous avez donné un passe-droit à Northvolt, vous avez changé la réglementation » et ils vont demander au gouvernement de faire de même chose. C’est inacceptable.» 

Pour autant, les opposants estiment qu’il n’est pas trop tard pour le gouvernement de rectifier le tir en prenant en compte l’avis du public et en faisant montre de plus de transparence dans le processus pour bonifier le projet.

 

Méfiance vis-à-vis du comité de liaison 

La manifestation intervenait justement deux jours après que Northvolt eut annoncé vouloir créer «un comité de liaison avec la communauté». Un pas dans leur sens arrivant trop tard pour les opposants au projet, et qui ne remplace certainement pas le BAPE. 

«Si Northvolt avait voulu montrer patte blanche, il aurait dû le faire dès le début, tonne Jacinthe Villeneuve. Il aurait fallu faire des consultations publiques avant. Là, le train est déjà en marche, ils sont en train de détruire des arbres, ils sont en train de détruire des milieux humides.»

La militante de la première heure remarque d’ailleurs une incohérence qui n’est pas pour lui faire baisser sa garde: «Ils ont demandé le permis de construction avant d’avoir le permis pour préparer le terrain.»

Le comité que veut mettre en place l’entreprise doit être animé par une modératrice venant de l’extérieur et neutre quant aux enjeux de ces discussions et les membres doivent représenter chaque partie au nombre d’un ou deux représentants par partie.

Pour Patrick Bonin, ce comité ne mènerait purement et simplement à aucun changement dans le projet. «Ce sont simplement des rencontres pour faire ventiler les gens.»

De son côté, Northvolt a affirmé par communiqué, en réaction à la manifestation, que l’entreprise croit en l’importance d’échanges des idées et des opinions et qu’elle a créé ce comité de liaison pour apporter de l’information aux locaux et de trouver des pistes d’amélioration.

L’entreprise suédoise rappelle aussi le caractère écologique de son projet, à savoir «de bâtir la batterie la plus verte au monde, afin d’accélérer la transition vers un avenir décarboné».

Ceci est une version corrigée d’une dépêche transmise dimanche. Cette version retire le paragraphe, dans la dernière partie du texte, dans lequel la militante Jacinthe Villeneuve déplorait de ne pas avoir été sélectionnée pour la mise sur pied d’un comité de liaison avec Northvolt.