Europe: une norme exigeante pour notre industrie forestière en 2025

Publié le 11/04/2024 à 12:19

Europe: une norme exigeante pour notre industrie forestière en 2025

Publié le 11/04/2024 à 12:19

Par François Normand

Le concept de «Zéro déforestation» s’incarne dans le Règlement européen contre la déforestation et la dégradation de la forêt – EU Deforestation Regulation (EUDR), en anglais – qui vise à prévenir la déforestation, la dégradation de la forêt et la production illégale. (Photo: 123RF)

En 2025, les entreprises forestières canadiennes qui exportent dans l’Union européenne — et leurs clients américains qui y vendent aussi des produits dérivés du bois — devront se soumettre à une nouvelle règle très exigeante en matière de traçabilité, soit le «Zéro déforestation».

Ce concept de «Zéro déforestation» s’incarne dans le Règlement européen contre la déforestation et la dégradation de la forêt — EU Deforestation Regulation (EUDR), en anglais — qui vise à prévenir la déforestation, la dégradation de la forêt et la production illégale.

Ce règlement s’appliquera à toutes les entreprises qui exportent dans l’UE.

Concrètement, le concept de «Zéro déforestation» implique deux choses pour les produits forestiers (et aussi alimentaires, comme le café, ou le cacao) qui seront importés dans les 27 pays de l’UE à compter de 2025, souligne un document de Ressources naturelles Canada.

Premièrement, que les produits aient été conçus sur des terres qui n’ont pas subi de déforestation après le 31 décembre 2020.

Deuxièmement, que les produits du bois aient été récoltés sans entraîner la dégradation de la forêt après le 31 décembre 2020.

 

Tous les produits concernés, sauf ceux recyclés

Dans l’industrie forestière canadienne, le nouveau règlement concerne tous les produits forestiers qui seront importés dans l’Union européenne, sauf s’ils sont entièrement recyclés, selon un document d’analyse de Ressources naturelles Canada.

On parle ici de la pâte de bois, du papier, des meubles, des livres imprimés, sans parler d’une variété de bois (bois scié, granulés de bois, bardeaux, bois de forme continu, bois de placage et panneaux de fibres).

Pour le Canada, le règlement vise des exportations de produits forestiers qui ont totalisé 698 millions de dollars (M$) en 2023 – 347M$ dans le cas du Québec.

Sur papier, les efforts de Bruxelles pour prévenir la déforestation, la dégradation de la forêt et la production illégale dans le monde est louable, disent des sources de l’industrie.

Après tout, la déforestation perturbe le climat et contribue au déclin de la biodiversité, selon la littérature scientifique.

 

La déforestation perturbe le climat et contribue du déclin de la biodiversité, selon la littérature scientifique. (Photo: 123RF)

En revanche, le nouveau règlement représente tout un défi dans sa mise en place, confie à Les Affaires Frédéric Verreault, directeur exécutif, développement corporatif chez Les Chantiers de Chibougamau, qui est aussi propriétaire de l’usine de pâte kraft de Lebel-sur-Quévillon.

Afin de fabriquer de la pâte Kraft, cette usine s’approvisionne en copeaux de bois auprès de plusieurs scieries dans la région. Ces copeaux sont par exemple issus du procédé pour produire les 2x4 utilisés dans l’industrie de la construction.

Une fois rendus sur le site de l’usine, ces copeaux sont mélangés dans un tas avant d’être insérés dans une immense bouilloire, afin de produire de la pâte kraft.

Or, en vertu du règlement de l’UE, il faudra être en mesure de retracer (géolocaliser) en amont chaque arbre qui a été coupé puis transformé, et dont les copeaux ont servi à fabriquer de la pâte kraft.

Frédéric Verreault affirme que cette situation complique la vie des clients de l’usine aux États-Unis qui utilisent cette pâte pour fabriquer par exemple des produits d’hygiène personnelle, qui sont ensuite exportés en Europe.

«Si les consommatrices dans l’Union européenne ne sont pas capables d’identifier la provenance de chaque arbre dans un produit d’hygiène personnelle, eh bien, ce produit ne pourra pas être vendu en Europe», explique-t-il.

Selon lui, le règlement européen comprend une «absurdité de plus», et ce, à propos des arbres qui sont coupés et recyclés par l’industrie pour des raisons d’urbanisme.

«Parfois, le ministère des Transports fait couper des arbres pour accroître la visibilité. Nous récupérons ces arbres pour les transformer. Toutefois, cela ne sera plus permis en raison du règlement de l’UE, car ce serait interprété comme de la déforestation», déplore Frédéric Verreault.

 

Opposition transatlantique au règlement

Aux États-Unis, fort de l’appui de l’American Forest & Paper Association (AF&PA), le Sénat américain conteste de manière bipartisane le règlement de l’Union européenne contre la déforestation.

En Europe, sept pays membres de l’UE — l’Autriche, la Finlande, l’Italie, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède — s’opposent à la forme actuelle du règlement et demandent des assouplissements en raison des répercussions appréhendées sur le secteur agricole.

Au Canada, Ottawa et les provinces font aussi du lobby auprès de Bruxelles afin d’alléger ou de reporter l’obligation de géolocaliser tous les arbres utilisés dans des produits forestiers.

Toutefois, parallèlement à ces démarches, l’industrie québécoise se mobilise afin d’être en mesure de se soumettre au règlement dès janvier 2025, souligne Sylvain Labbé, PDG du Bureau de promotion des produits du bois du Québec (QWEB), qui développe des marchés internationaux pour les produits québécois et s’assure de l’accès à ces marchés.

«On pense que c’est possible d’être prêt d’ici le 31 décembre», dit-il, en précisant que le Québec est une juridiction en avance en matière de géolocalisation et de base de données grâce à la plateforme Forêt ouverte du gouvernement du Québec.

Dans les prochains mois, l’organisation va donc aider le secteur forestier primaire au Québec à documenter la géolocalisation des arbres qui sont récoltés dans les forêts québécoises, et qui sont ensuite acheminés aux usines, comme à celle de pâte kraft de Lebel-sur-Quévillon.

En fin de compte, estime Sylvain Labbé, ce processus pourrait même procurer un avantage concurrentiel à nos entreprises qui exportent des produits forestiers en Europe ou à celles qui fournissent de la matière première à des sociétés américaines exportant en Europe.

Puisque des industries forestières ailleurs dans le monde ne pourront pas ou ne voudront pas se soumettre au règlement de l’UE, elles ne pourront plus vendre leurs produits forestiers en Europe.

La demande étant constante, il faudra donc combler cette offre déficitaire dans ce marché.

 

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