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4.0 : le Québec ne doit pas répéter l’erreur de la France

François Normand|Mis à jour le 15 avril 2024

Le Québec ne doit pas perdre sa grappe de fournisseurs 4.0 comme la France, selon un spécialiste français.

Le Québec doit continuer à développer sa grappe de fournisseurs 4.0, sinon il court le risque de subir le même sort que la France qui a vu décliner son industrie locale au profit de fournisseurs et de consultants étrangers, affirme un spécialiste français.

«Il faut créer des champions fournisseurs du 4.0 dans son pays pour pouvoir réussir aussi à avoir des champions manufacturiers 4.0», dit Stéphane Morel, fondateur et PDG d’Akeo Plus, un fournisseur français d’équipements industriels qui offre des solutions 4.0 à des entreprises comme Airbus et Volvo, et qui vient de s’établir à Longueuil.

Une usine intelligente ou 4.0 (pour quatrième révolution industrielle) est un établissement qui utilise, connecte et intègre les nouvelles technologies pour améliorer son efficacité, mieux répondre à la demande et réduire ses coûts.

Au Québec, une nouvelle grappe de fournisseurs d’équipements, de logiciels et de services spécialisés pour le manufacturier intelligent ou 4.0 est en train d’émerger, révèle une étude récente réalisée par Deloitte et E&B Data.

Toutefois, cette industrie naissante fait face à un défi de taille : la demande au Québec pour ces technologies de pointe est trop faible, ce qui force ces fournisseurs à exporter leur expertise pour continuer de croître.

De plus, quand un industriel québécois veut convertir son usine au 4.0, il a souvent tendance à croire qu’il faille nécessairement acheter des logiciels auprès de firmes américaines ou acquérir des équipements de fournisseurs allemands.

Selon le patron d’Akeo Plus, il est utopique de penser qu’une économie peut réussir sa quatrième révolution industrielle à grande échelle sans un écosystème local de fournisseurs bien ancrés dans leur milieu.

Un écosystème comprenant des fournisseurs qui ont une proximité géographique et culturelle avec leurs clients, qui connaissent bien leurs besoins et leur défis, et qui peuvent les accompagner à long terme dans leur transformation.

«On ne peut pas seulement utiliser des technologies importées sans un écosystème; je n’y crois pas», lâche cet expert du manufacturier intelligent.

Les cas de la France et de la Chine

Stéphane Morel donne deux exemples pour illustrer son propos : celui de la France, où est située le siège social d’AKeo Plus, et celui de la Chine, où il a réalisé divers contrats pendant des années.

En France, plusieurs entreprises manufacturières ont pris le virage 4.0. Mais selon lui, cela n’a aucune commune mesure avec les progrès réalisés par l’industrie allemande qui peut, elle, compter sur une grappe d’innombrables fournisseurs locaux.

«En France, ce sont essentiellement les fournisseurs allemands et asiatiques qui fournissent aujourd’hui les solutions aux industriels français», déplore-t-il.

En Chine, les entreprises manufacturières se transforment très rapidement en manufacturiers intelligents. «Il y a une explosion du 4.0», affirme Stéphane Morel, et ce, grâce à son écosystème de fournisseurs locaux, précise-t-il.

Tout un revirement par rapport à la fin des années 2000, alors que la Chine achetait uniquement des équipements allemands. «Le pays s’est dit : un veut développer notre savoir-faire. Aujourd’hui, la Chine importe beaucoup moins de produits allemands.»

Même si l’écosystème québécois est embryonnaire, Stéphane Morel affirme qu’il est «extrêmement favorable» à la transformation des entreprises manufacturières en manufacturiers intelligents.

C’est d’ailleurs pourquoi Akeo Plus à décider de continuer à se développer au Québec, confie le patron de l’entreprise. «Vous avez une capacité d’accélération que nous n’avons pas en France. Et vous avez un écosystème qui est extrêmement favorable pour réaliser ce challenge