Un métier au bout du parcours


Édition du 12 Décembre 2015

Un métier au bout du parcours


Édition du 12 Décembre 2015

La formule de l’insertion en milieu de travail pourrait être encore mieux exploitée, car la demande est forte, souligne Agnes Beaulieu, présidente du Collectif des entreprises d’insertion du Québec et directrice générale d’Insertech Angus, une OBNL

Plus de 3 000 personnes sont passées par les entreprises d'insertion québécoises en 2014, et 75 % d'entre elles sont retournées aux études ou ont décroché un emploi. Des personnes qui sans cela auraient pu grossir les rangs du chômage ou de l'aide sociale.

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La mission première de ces entreprises, réparties dans 12 régions, est d'offrir une chance d'intégration à des personnes très éloignées du marché du travail. Au nombre d'une cinquantaine, elles ont affiché un chiffre d'affaires total de près de 90 millions de dollars l'an dernier.

«Elles accueillent souvent des décrocheurs, des immigrants dont les acquis ne sont pas reconnus ici ou des personnes qui cumulent les échecs», précise Richard Gravel. directeur général du Collectif des entreprises d'insertion du Québec. Pendant leur parcours, qui dure en moyenne six mois, elles apprennent les rouages d'un métier en plus de rebâtir leur confiance en soi.

«Si, lors d'une entrevue, on pense qu'un candidat pourrait être embauché dans une entreprise, on ne le recrute pas», indique Richard Gravel pour résumer le processus d'embauche de ces organisations à but non lucratif.

Une façon de permettre aux participants d'avoir une première expérience de travail positive, souligne Agnes Beaulieu, directrice générale d'Insertech et présidente du Collectif. «Les participants apprennent un métier semi-spécialisé, mais la plupart se dirigeront ensuite dans un autre domaine. On les aide à trouver leur voie.» À l'instar des autres entreprises d'insertion, Insertech tente de les outiller pour qu'ils puissent s'intégrer au marché du travail ou retourner aux études, en leur offrant des formations sur l'alimentation, le budget, les normes du travail, etc.

Mais surtout, chaque participant a un encadrement psychosocial personnalisé, axé sur le savoir-être. «Si une personne est constamment en retard, on ne va pas simplement lui demander d'arriver à l'heure. On va chercher avec elle les causes de ces retards chroniques et l'aider à les supprimer», illustre Richard Gravel.

Taux de réussite élevé

Même si le bassin de candidats est petit, dans certaines régions ou certains secteurs économiques, les PME attendent les finissants à bras ouverts, explique Richard Gravel. «C'est un filon pour les employeurs, car ils savent que les entreprises d'insertion leur enverront les bonnes personnes pour combler leurs besoins.»

C'est le cas chez Service d'entretien Pro-Prêt. Chaque année, l'entreprise montréalaise forme quelque 70 participants dans ses parcours qui mènent soit à un diplôme d'études professionnelles (DEP), soit à une reconnaissance des acquis dans le domaine de l'entretien ménager. «Nous travaillons avec plusieurs entreprises qui recrutent des candidats directement parmi nos finissants. Ces derniers ont déjà reçu une formation de base, ce qui constitue un gros atout», indique le directeur général de l'organisme, Marcel Leduc.

L'Atelier la Cire-Constance, la seule entreprise d'insertion dans Charlevoix, fabrique des chandelles sur mesure, en plus d'offrir un service d'ébénisterie. «Le petit nombre d'emplois qu'on peut créer a un impact majeur sur l'économie locale», fait valoir Martin Larouche, directeur général des Services de main-d'oeuvre à l'appui, qui chapeaute l'organisme de Baie-Saint-Paul.

L'industrie touristique recrute en effet certains participants qui ont particulièrement bien réussi leur parcours. Mais surtout, chaque personne sortie du cercle de la pauvreté est une victoire en soi, ajoute-t-il. Faute de transport en commun, l'entreprise va jusqu'à s'occuper d'aller chercher ses travailleurs chez eux, matin et soir.

Un modèle rentable

Le modèle des entreprises d'insertion, bien qu'utilisé à petite échelle au Québec, a fait ses preuves ailleurs, souligne François Delorme, économiste consultant et chargé de cours à l'Université de Sherbrooke. «J'ai travaillé pendant cinq ans à l'OCDE [l'Organisation de coopération et de développement économiques]. Nous avions alors remarqué que les politiques actives d'intégration au marché du travail fonctionnaient bien. C'est très utilisé en Scandinavie et cela donne de bons résultats. Les taux de chômage et d'aide sociale y sont faibles.» Une formule qui ressemble beaucoup à celle développée par les entreprises d'insertion québécoises.

L'économiste a également étudié les impacts socioéconomiques des entreprises d'insertion. «Nous avons calculé que, chaque fois que le gouvernement investit 50 M$ dans les entreprises d'insertion, ça en rapporte 100 M$ à long terme. Et même si on se trompait de 20 %, il y aurait quand même un gain», estime-t-il. Plus précisément, les deux ordres de gouvernement ont investi 44,3 M$ en 2013 et en tireront 105 M$ en 21 ans, grâce aux taxes et impôts payés par les anciens participants en emploi. Ces chiffres comprennent également les coûts évités en santé, en assurance emploi, en frais judiciaires, etc.

Autre retombée : les entreprises d'insertion du Québec sont directement responsables de la création de plus de 170 emplois permanents et à temps plein parmi leurs fournisseurs, ainsi que d'un niveau de création de richesse de près de 14 M$.

Une formule qui devrait donc être plus exploitée, plaide Agnes Beaulieu. D'autant que ce n'est pas la demande qui manque... «Nous recevons de 400 à 500 demandes par année, alors que nous avons accueilli 77 participants l'année dernière. On pourrait donc contribuer encore plus !» À condition, toutefois, que le gouvernement finance davantage de places dans ces programmes.

90 : Chiffre d’affaires global en millions de dollars des 50 entreprises d’insertion québécoises en 2014.

41,5 : Revenus en millions de dollars provenant de la vente de produits et de services des entreprises d’insertion québécoises en 2014.

Source : Collectif des entreprises d’insertion du Québec

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