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Ukraine: la tension croît sur le terrain

AFP|Mis à jour le 16 avril 2024

Ukraine: la tension croît sur le terrain

L'armée ukrainienne a dénoncé jeudi une attaque contre Stanitsa Louganska qui a privé la moitié de cette localité d’électricité. (Photo: Getty Images)

Moscow — Le président américain a jugé jeudi «très élevé» et imminent le risque d’une attaque russe contre l’Ukraine, balayant les assurances de Moscou sur un retrait partiel de ses forces positionnées depuis des semaines à la frontière ukrainienne. 

La Russie a, selon les Occidentaux, déployé plus de 100 000 soldats et leurs équipements dans le voisinage de l’Ukraine en vue d’une offensive.

Britanniques et Américains considèrent que Moscou pourrait être en train de préparer un prétexte dans le conflit entre Kiev et des séparatistes dans l’Est ukrainien pour justifier son intervention, les affrontements s’étant intensifiés jeudi dans la région.

«Toutes les indications que nous avons, c’est qu’ils sont prêts à entrer en Ukraine, à attaquer l’Ukraine», a dit Joe Biden, jugeant l’offensive possible «dans les prochains jours». 

Le secrétaire d’État Antony Blinken a de son côté appelé la Russie à «abandonner la voie de la guerre», devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Mesure exceptionnelle, les États-Unis ont fermé cette semaine leur ambassade à Kiev.

 

École bombardée

De son côté, la Russie a annoncé de nouveaux retraits militaires des abords de l’Ukraine, diffusant des images de trains chargés d’équipements et annonçant le retour d’unités dans des casernes du Caucase russe et de la région de Nijni-Novgorod, loin de l’Ukraine.

Américains et Britanniques ont cependant accusé Moscou de mises en scène dissimulant un renforcement de ses troupes. Washington et Londres ont estimé que «jusqu’à 7 000» soldats supplémentaires avaient été déployés dans la zone frontalière.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué ne pas avoir vu de diminution des troupes russes aux frontières de l’Ukraine, mais de «petites rotations».

L’ensemble des protagonistes de cette crise russo-occidentale, qui menace de dégénérer chaque jour depuis des semaines, se sont inquiétés d’échanges de tirs à l’arme lourde accrus jeudi dans le Donbass, où les forces ukrainiennes sont confrontées depuis huit ans à des séparatistes prorusses.

Mais les deux camps se sont rejeté la responsabilité des heurts, avec le soutien de leurs alliés respectifs. Ces affrontements ravivent la crainte d’une escalade.

L’armée ukrainienne a dénoncé jeudi une attaque contre Stanitsa Louganska qui a privé la moitié de cette localité d’électricité et laissé un trou d’obus dans le mur d’une école, des briques jonchant une pièce au milieu de jouets d’enfants.

Le président Zelensky a dénoncé une «provocation» et le premier ministre britannique Boris Johnson a accusé la Russie de vouloir se servir de cet évènement «pour créer un prétexte» pour «une action russe».

L’OSCE, qui a une mission d’observation dans la région, a appelé à éviter toute «escalade», tandis que l’ONU a appelé les parties prenantes «à la retenue».

Les séparatistes de Lougansk ont en retour accusé Kiev d’être responsable d’une multiplication des bombardements à l’arme lourde pour eux-mêmes «pousser le conflit vers une escalade».

 

Réaction russe

Le Kremlin a jugé à son tour la situation «extrêmement dangereuse» du fait de la «concentration extrême des forces ukrainiennes». 

La Russie n’a en outre cessé de dénoncer le soutien militaire accru de l’OTAN à l’Ukraine.

Kiev a reçu un nombre croissant de livraisons d’armes occidentales, nourrissant la colère de Moscou qui estime en retour que Kiev veut lancer une offensive contre les séparatistes.

Dans ce contexte, le président Zelensky a assuré jeudi que son pays n’avait «pas besoin» de soldats occidentaux sur son sol pour faire face à la menace russe, soulignant et ne pas vouloir «donner une raison supplémentaire» à la Russie d’intervenir.

Les Occidentaux affirment que leur réponse à une invasion russe serait composée de sanctions économiques dévastatrices, mais qu’il n’y aurait pas de réponse militaire. 

Pour sa part, Moscou considère que l’ambition ukrainienne d’intégrer l’OTAN représente un risque suffisant de déploiement occidental en Ukraine, et donc de guerre.

Dans une réponse à des contre-propositions américaines pour des négociations sur l’architecture sécuritaire de l’Europe, Moscou a réaffirmé jeudi la totalité de ses exigences, déjà rejetées par l’OTAN, l’UE et les États-Unis.

En cas de refus, «la Russie sera forcée de réagir, notamment par la mise en œuvre de mesures à caractère militaire et technique», a menacé la diplomatie russe. 

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko, allié de la Russie, a ainsi déclaré jeudi que son pays, aux portes de l’UE, serait désormais prêt à accueillir désormais des «armes nucléaires», dont il ne dispose pas depuis la chute de l’URSS.

Moscou insiste sur «le retrait de tous les forces et armements des États-Unis déployés en Europe centrale et orientale, en Europe du Sud-Est et dans les pays baltes» et attend également des propositions des Occidentaux un «renoncement à tout élargissement futur de l’OTAN», à l’Ukraine en particulier. 

La diplomatie russe rejette aussi une énième fois les accusations quant à son projet d’invasion de l’Ukraine.

En début de semaine, le Kremlin et la Maison-Blanche avaient pourtant signifié leur disposition à un dialogue approfondi sur l’architecture sécuritaire européenne.

Ce début d’apaisement venait parachever des efforts diplomatiques européens, en particulier la double navette des dirigeants français et allemand Emmanuel Macron et Olaf Scholz entre Moscou et Kiev.

Illustration des tensions en cours, le département d’État américain a révélé jeudi que la Russie avait expulsé le numéro deux de son ambassade à Moscou, le diplomate Bart Gorman, disant étudier une «riposte».