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L’industrie de l’aluminium n’est pas au bout de ses peines

La Presse Canadienne|Mis à jour le 16 avril 2024

Le spectre de nouveaux tarifs imposés par l’administration Trump pointe à l’horizon.

Déjà ébranlée par le ralentissement économique provoqué par la crise sanitaire, l’industrie canadienne de l’aluminium n’est peut−être pas au bout de ses peines puisque le spectre de nouveaux tarifs imposés par l’administration Trump pointe à l’horizon.

Un droit de douane de 10% à la frontière canado−américaine pourrait même être annoncé dès vendredi par Washington, selon des sources citées par l’agence américaine Bloomberg. Il s’appliquerait le 1er juillet, lorsque l’Accord Canada–États−Unis–Mexique (ACEUM) entrera en vigueur.

«J’ai l’impression que l’on rejoue dans le même film, s’est inquiété mardi le président de l’Association de l’aluminium du Canada (ACC) Jean Simard, au cours d’un entretien téléphonique. Je pense que le Canada doit être très ferme et refuser tout compromis.» 

Mardi avant−midi, le bureau du représentant américain du Commerce n’avait pas répondu à une demande d’information de La Presse canadienne envoyée par courriel.

En mai 2018, Washington avait décrété des tarifs de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur les importations d’aluminium dans le cadre de la renégociation de l’accord de libre−échange avec Ottawa et Mexico. Ils avaient été levés un an plus tard.

 

Stratégie douteuse? 

C’est en alléguant une baisse des prix provoqués par une augmentation des importations canadiennes que deux joueurs — Aluminum Co. et Magnitude 7 — représentés par l’American Primary Aluminium Association (APPA) ont demandé un tarif de 10%. Ceux−ci représentent moins de 5% des emplois de l’industrie américaine. 

«Ces deux entreprises qui prétendent parler pour l’ensemble de l’industrie disent à l’administration Trump « si vous voulez que l’on reste en vie, il faut remettre des tarifs parce que cela aura un impact sur la montée des prix », a déploré M. Simard. Il faut se questionner sur les raisons derrière cette stratégie.»

Ironiquement, l’association représentant les principaux producteurs comme Alco et Rio Tinto au sud de la frontière s’est opposée à cette démarche. Dans un communiqué diffusé le 9 juin dernier, elle reprochait à l’APPA d’avoir effectué «plusieurs déclarations inexactes» en qualifiant la stratégie de cette dernière de «grande distraction canadienne de l’aluminium».

Pour le président de l’ACC, Aluminum Co. et Magnitude 7 souhaitent seulement faire grimper les prix, ce qui leur permettrait de réaliser un profit en négociant le métal gris. 

L’Association, qui représente les producteurs Alcoa, Aluminerie Alouette et Rio Tinto, qui exploitent neuf alumineries au pays dont huit au Québec, affirme que de nouveaux tarifs viendraient accentuer la crise que traverse l’industrie alors que le marché est en érosion depuis la pandémie de COVID−19 en mars. 

Plus tôt cette année, les blocus ferroviaires avaient également perturbé les activités du secteur.

Selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), la valeur des exportations québécoises d’aluminium et alliages sous forme brute s’était établie à 6,04 milliards $. Dans la province, la production primaire représente 10 000 emplois directs.

Dans un courriel transmis lundi soir, Katherine Cuplinskas, l’attachée de presse de la vice−première ministre Christia Freeland, a souligné que le gouvernement Trudeau croyait fermement que «nos exportations d’aluminium ne nuisent pas au marché américain» et comptait «défendre» l’industrie et ses travailleurs.

Elle a rappelé que l’ACEUM prévoyait que 70% de l’aluminium utilisé dans la construction automobile, un secteur sur lequel mise l’industrie pour asseoir sa croissance, devait provenir de l’Amérique du Nord.