Les universités québécoises tiennent aux étudiants étrangers

Publié le 24/08/2023 à 13:43, mis à jour le 24/08/2023 à 18:40

Les universités québécoises tiennent aux étudiants étrangers

Publié le 24/08/2023 à 13:43, mis à jour le 24/08/2023 à 18:40

Par La Presse Canadienne

Lundi, le ministre fédéral du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités, Sean Fraser, a suggéré que pour réduire la demande de logements au pays, on pourrait notamment admettre moins d’étudiants étrangers. (Photo: La Presse Canadienne)

Les administrateurs des universités québécoises, les professeurs et les étudiants rejettent l’idée lancée par le ministre fédéral du Logement de plafonner le nombre d’étudiants étrangers admis au pays afin de contribuer à résoudre la crise du logement.

Ils affirment en chœur qu’un tel plafonnement ne contribuera pas vraiment à remédier à la pénurie de logements, mais nuira par contre à la recherche universitaire et privera le Québec d’immigrants qualifiés.

Le recteur de l’Université de Montréal, Daniel Jutras, estime au départ que la crise du logement au Canada n’est pas le résultat de l’augmentation du nombre d’étudiants étrangers admis au pays.

«Ce problème est réel, il est grave, mais c’est un problème qui s’est développé au cours des deux dernières décennies en raison de problèmes structurels qui, à mon avis, ne sont pas directement liés à l’afflux d’étudiants étrangers», a déclaré M. Jutras en entrevue.

Lundi, le ministre fédéral du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités, Sean Fraser, a suggéré que pour réduire la demande de logements au pays, on pourrait notamment limiter la croissance explosive du nombre d’étudiants étrangers recrutés au Canada au cours des dernières années.

Le premier ministre François Legault et d’autres ministres ont rapidement rejeté cette idée, rappelant à Ottawa que l’éducation est un champ de compétence provinciale.

«C’est au gouvernement du Québec de choisir les mesures, a prévenu mercredi M. Legault. On est en train de regarder ça, on n’a pas la réponse, mais une chose qui est sûre, c’est que la réponse va venir de Québec, pas d’Ottawa.»

La ministre des Relations internationales, Martine Biron, a de son côté souligné que l’apport d’étudiants étrangers augmentait le nombre de locuteurs francophones au Québec.

Environ 6000 des quelque 42 000 étudiants inscrits à l’Université de Montréal sont étrangers, a déclaré M. Jutras. Il ne pense pas que ce nombre soit suffisant pour avoir un impact sur le marché locatif de la métropole.

«Réduire le nombre d’étudiants étrangers n’est tout simplement pas une bonne idée, compte tenu de l’importance de leur présence au Canada et des contributions qu’ils apportent», a-t-il déclaré. L’éducation que reçoivent les étudiants étrangers au Canada les prépare aussi à réussir ici au pays, a-t-il ajouté.

Peu d’impact dans les grandes villes

Au cours de la dernière décennie, le nombre d’étudiants étrangers au Québec a doublé. En décembre 2022, il y avait 58 675 étudiants internationaux dans les universités québécoises, soit une augmentation de 10 000 par rapport à l’année précédente, où ils représentaient 14% de toute la clientèle étudiante. Par ailleurs, 19 460 autres étudiants étrangers fréquentent des collèges publics et privés.

Víctor Muñiz-Fraticelli, professeur de droit et de sciences politiques à l’Université McGill, admet que l’augmentation du nombre d’étudiants étrangers pourrait avoir un impact plus important sur le marché du logement de petites villes universitaires que sur celui des grandes villes.

«Il est complètement absurde de blâmer les étudiants étrangers dans une ville comme Toronto, Vancouver ou Montréal, alors qu’ils représentent un infime pourcentage de la population et que leur demande de logement est complètement différente de celle des résidents de longue durée», a-t-il déclaré lors d’une récente entrevue.

Le professeur Muñiz-Fraticelli estime que la pénurie de logements est avant tout un problème de politique urbaine: le Canada ne construit pas suffisamment de logements et les réglementations municipales visant à encourager la création de logements sociaux n’ont pas l’effet escompté, selon lui.

Limiter le nombre d’étudiants étrangers «nuirait énormément à l’un des grands avantages du Canada dans le monde, à savoir son excellent système d’éducation et ses excellentes installations de recherche et d’enseignement», a-t-il ajouté.

Catherine Bibeau-Lorrain, présidente de l’Union étudiante du Québec, qui regroupe 91 000 membres de 10 associations étudiantes, affirme que le Canada devrait plutôt encourager les immigrants qualifiés — comme ceux qui sortent des universités de la province — à venir contrer la pénurie de main-d’œuvre.

Les résidents du Québec paient les frais de scolarité les plus bas au Canada, soit entre 4000$ et 5000$ par année, y compris les frais obligatoires pour les étudiants de premier cycle. Mais les étudiants étrangers paient beaucoup plus: à l’Université de Montréal, ils doivent verser près de 30 000$ par année. D’autres universités québécoises facturent un peu moins, tandis que certaines, comme l’Université McGill, exigent beaucoup plus — jusqu’à près de 70 000$ par année dans certains programmes de premier cycle.

Pas une «vache a lait»

Mais le recteur Jutras croit qu’il est «erroné» de suggérer que des universités comme la sienne recrutent des étudiants étrangers pour équilibrer leurs finances. Il soutient que les deux tiers des étudiants étrangers inscrits à l’Université de Montréal proviennent de France et de Belgique, et ils paient les frais de scolarité des étudiants québécois, en vertu d’ententes entre les gouvernements.

«Nous les amenons ici parce que nous pensons qu’ils apportent une valeur significative à nos programmes et à la recherche qui se déroule ici», a déclaré M. Jutras, ajoutant que de nombreux étudiants étrangers poursuivent des études de troisième cycle ou postdoctorales.

Pier-André Bouchard St-Amant, professeur de finances publiques à l’École nationale d’administration publique du Québec, souligne aussi que les universités anglophones au Québec comptent plus d’étudiants étrangers que les francophones, et, par conséquent, dépendent moins du financement public.

Environ 24% des étudiants à l’Université Concordia sont étrangers ; à McGill, c’est plus de 30%.

McGill ne détaille pas les revenus provenant des étudiants étrangers dans ses états financiers annuels. Mais malgré une clientèle étudiante plus petite que l’Université de Montréal, McGill a tiré deux fois plus de revenus des frais de scolarité en 2022.

M. Bouchard St-Amant estime qu’un plafonnement des inscriptions d’étudiants étrangers pourrait exercer une pression sur les finances des universités, mais il croit qu’augmenter les frais de scolarité des résidents du Québec pour combler ces écarts serait politiquement impopulaire au Québec.

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