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Le marché des céréales retient son souffle

AFP|Mis à jour le 16 avril 2024

Le marché des céréales retient son souffle

Près de six mois après l'invasion russe, l'espoir de voir rapidement des navires chargés de grains ukrainiens voguer de nouveau sur la mer Noire reste ténu. (Photo: 123RF)

Paris — Les cours des céréales étaient relativement stables ces derniers jours, dans un marché attentif aux conséquences de la canicule qui a frappé l’Europe de l’Ouest et dans l’attente d’un accord permettant de sortir enfin des stocks d’Ukraine par la mer.

Près de six mois après l’invasion russe, l’espoir de voir rapidement des navires chargés de grains ukrainiens voguer de nouveau sur la mer Noire reste ténu. La Turquie, médiatrice dans ce dossier, annonçait lundi qu’un «accord de principe» avait «été trouvé», mais les dernières déclarations de Moscou dans la nuit de mardi à mercredi ont douché les espoirs d’une issue rapide.

Après avoir salué des «avancées» dans les négociations pour l’ouverture d’un corridor maritime, le président russe Vladimir Poutine a lié la reprise des exportations agricoles ukrainiennes — il reste une vingtaine de millions de tonnes en stock à exporter, avant la nouvelle récolte — à la levée des restrictions occidentales sur les «livraisons à l’export des céréales russes».

Or, soulignent les observateurs du marché, «il n’y a pas de sanctions visant les produits agricoles russes»: la difficulté peut venir des modalités de paiement du fait des sanctions visant le système bancaire, a expliqué Gautier Le Molgat, analyste au cabinet Agritel.

La Commission européenne a d’ailleurs proposé aux États membres de débloquer «certains fonds» de banques russes gelés par les sanctions de l’UE pour aider la reprise du commerce des produits agricoles et alimentaires, y compris le blé et les engrais — dont la Russie est un exportateur majeur.

Dans ce contexte incertain, le marché restait très volatil mercredi, repartant à la hausse pour le blé et le maïs à la mi-journée, après les déclarations du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, qui a affirmé que les objectifs militaires de la Russie en Ukraine ne se limitaient plus uniquement à l’est du pays.

 

Maïs stressé

Plus immédiate, l’autre grande inquiétude vient du ciel: avec des températures de plus de 40 °C dans les plaines européennes lundi et mardi, un vent brûlant a attisé les feux de récolte et desséché les maïs à une période critique.

En France, premier producteur européen devant la Roumanie et la Pologne, «le maïs est confronté à un stress hydrique important, en pleine période de floraison (pour le nord du pays) et de fécondation (pour le sud)», indique Edward de Saint-Denis, courtier chez Plantureux et Associés. «Il y aura des pertes, mais il est trop tôt pour les évaluer.»

La Commission européenne estime que près de la moitié du territoire de l’UE est confrontée actuellement à un risque de sécheresse, avec des baisses de rendement à craindre chez tous les grands producteurs de céréales, et une situation particulièrement critique dans le bassin du Pô (Italie) et dans la péninsule ibérique, selon un document consulté par l’AFP.

Aux États-Unis, Michael Zuzolo, président de la société de courtage et d’analyses Global Commodity Analytics and Consulting, voit les cours américains monter « en particulier si la sécheresse persiste en Europe et que la “Corn Belt” aux États-Unis reste privée de pluie » alors que sont attendues des poussées à « 43 ou 44 °C dans l’ouest de la “Corn Belt” ».

La tendance générale reste toutefois orientée à la baisse, avec, pour Jason Roose de US Commodities, des cours qui restent plombés par «la faible croissance (économique), l’inflation, l’impression que les prix élevés depuis 18 mois ont vraiment ralenti la demande, et que le dollar fort pénalise les exportations (américaines)».

Les ventes américaines à l’export ont d’ailleurs reflué début juillet: selon le dernier rapport du ministère américain de l’Agriculture, les exportations de maïs ont chuté de 72% par rapport à la moyenne des quatre semaines précédentes.

Sur Euronext, vers 9 h mercredi, le blé tendre se vendait à 339,25 euros la tonne pour livraison en septembre et le maïs à 331,5 euros pour août. Le colza s’échangeait à 650,25 euros pour août.

Dans les échanges préalables à l’ouverture de la Bourse de Chicago, le boisseau de blé d’hiver pour livraison en septembre ressortait à 8 315 dollars américains ($US), le boisseau de maïs, pour livraison le même mois, à 5,945, et le boisseau de soja avec échéance en août, à 14 625$US.