L'économie va ralentir «considérablement»

Publié le 24/01/2023 à 13:43, mis à jour le 24/01/2023 à 18:09

L'économie va ralentir «considérablement»

Publié le 24/01/2023 à 13:43, mis à jour le 24/01/2023 à 18:09

Par La Presse Canadienne

(Photo: La Presse Canadienne)

Hamilton — L’économie canadienne va connaître un ralentissement majeur, ont indiqué mardi des économistes invités à discuter avec les ministres fédéraux lors de la retraite d’hiver du cabinet de Justin Trudeau en prévision de la rentrée parlementaire de la semaine prochaine.

«Nous pouvons nous attendre à ce que l’économie ralentisse considérablement. Nous pouvons nous attendre à ce que le taux de chômage augmente tant ici, au Canada, que dans d’autres juridictions comme les États-Unis, l’Europe et le Royaume-Uni», a déclaré lors d’un point de presse l’ancienne sous-gouverneure de la Banque du Canada et chercheuse principale au Griswold Center for Economic Policy Studies de l’Université Princeton, Carolyn A. Wilkins.

Il y a des «risques sérieux», a renchéri Kevin Milligan, un professeur d’économie à l’Université de la Colombie-Britannique, également invité à la table du cabinet, qui se réunit pour la deuxième de trois journées à Hamilton, en Ontario. La situation économique aura un impact sur les taux d’intérêt, l’inflation et les revenus du gouvernement, a-t-il insisté.

Selon lui, un ralentissement économique étant «très probable», les décideurs devraient garder à l’esprit de s’assurer que le régime d’assurance-emploi est «prêt» et «envisager une autre série de transferts de revenu aux personnes à faible revenu de manière ciblée».

Lundi, un rapport conjoint du Conseil canadien des affaires et de la firme Bennett Jones indiquait que les prévisions budgétaires présentées dans le dernier budget fédéral et l’énoncé économique de l’automne étaient probablement trop optimistes.

Le rapport, rédigé par l’ancien gouverneur de la Banque du Canada David Dodge et l’ancien conseiller libéral en politique financière Robert Asselin, concluait que les prévisions du gouvernement étaient basées sur un ensemble «plausible mais optimiste» d’hypothèses économiques et de taux d’intérêt, qui ont toutefois peu de chances de se réaliser.

Les auteurs préviennent qu’il y a une «forte probabilité d’une récession plus grave» cette année et que les promesses libérales dans tous les secteurs coûteront beaucoup plus cher que prévu — que ce soit le financement des soins de santé, la défense nationale, les améliorations des infrastructures ou la lutte contre le changement climatique.

Pour que la Banque du Canada atteigne sa cible de 2% d’inflation et éviter que l’augmentation des prix se stabilise à 3% ou 4%, Mme Wilkins a estimé que «nous aurons besoin d’une augmentation du chômage».

Le taux de chômage avoisine actuellement les 5%. Or, avant la pandémie, «les gens pensaient que le taux naturel (…) où il y a du chômage (et) où il ne crée pas d’inflation est de l’ordre de 6%», a-t-elle noté. Au chapitre des dépenses, le gouvernement devrait selon elle garder à l’esprit que de 5 à 7 milliards $ de dépenses peuvent équivaloir à environ 25 points de base de taux d’intérêt.

Mais toutes les dépenses ne sont pas créées égales, a-t-elle dit. D’ailleurs, selon le professeur Milligan, un éventuel accord avec les provinces sur le financement à long terme de la santé ne devrait pas avoir énormément d’impact à court terme.

Responsabilité fiscale

Alors que débute une année qui sera marquée par «beaucoup, beaucoup d’incertitudes», notamment en raison de la réouverture de l’économie chinoise, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a déclaré qu’il est «plus important que jamais» pour le gouvernement d’avoir «une approche responsable du côté fiscal».

Mme Freeland a dit ne pas être en désaccord avec l’étude du Conseil canadien des affaires, estimant avoir mis cartes sur table dans son énoncé économique de l’automne où elle présentait un scénario «alternatif» qui esquivait une économie moins forte.

Quant au scénario «de base», il n’était ni le travail de fonctionnaires ou de politiciens, mais il était plutôt fondé sur la moyenne des prévisions des économistes dans le secteur privé, s’est défendue Mme Freeland.

«C’est objectif. Alors, on a pris ça comme le scénario de base, comme le Canada le fait maintenant depuis 30 ans et c’est une pratique que je pense est importante pour l’indépendance, l’objectivité de nos projections», a-t-elle insisté.

Une année «turbulente»

L’économie est la «priorité» du gouvernement Trudeau, a soutenu le lieutenant libéral pour le Québec, Pablo Rodriguez, lors d’une brève mêlée de presse.

«Tous les jours, on se parle d’économie, que ça soit au niveau du caucus, entre collègues ou au niveau du cabinet parce qu’avant d’être député ou ministre, on est des êtres humains: on met du “gaz dans notre char”, on va acheter des céréales. On sait ce qui se passe et on travaille là-dessus», a-t-il déclaré.

La prochaine année sera «turbulente» pour l’économie, a dit pour sa part le ministre fédéral associé des Finances, mais Randy Boissonnault insiste sur le fait que le gouvernement a encore une marge de manœuvre pour les grandes priorités, notamment un nouvel accord sur les soins de santé avec les provinces.

«Il y a beaucoup d’incertitude, a admis M. Boissonnault mardi matin. Nous allons donc surveiller cela à chaque étape du processus alors que nous nous préparons pour le budget (de 2023). Nous avons encore une marge budgétaire pour pouvoir faire les choses que nous devons faire, mais la marge budgétaire s’est resserrée.»

M. Boissonnault a souligné que la guerre en Ukraine, les taux d’intérêt et l’inflation faisaient partie des problèmes qui causaient à la fois de l’incertitude et des dommages à l’économie.

M. Boissonnault a déclaré que son gouvernement se penchera sur le rapport du Conseil canadien des affaires et sur bien d’autres lorsqu’il fera ses prévisions économiques avant le prochain budget.

Il croit quant à lui que la réalité budgétaire se situera quelque part entre les meilleurs et les pires scénarios présentés dans l’énoncé économique de l’automne dernier.

Les libéraux sont à la traîne des conservateurs dans la plupart des sondages récents et le choix de Hamilton pour la retraite est stratégique sur le plan électoral. Cette ville se trouve dans l’une des régions les plus âprement disputées du pays, et les libéraux doivent y faire bonne figure s’ils veulent rester au pouvoir.

Le cabinet libéral a d’ailleurs reçu lundi un vif rappel de la forte opposition à laquelle il est confronté au sein du «convoi de la liberté».

Une petite manifestation a accueilli M. Trudeau lundi après-midi à son arrivée à Hamilton. Un groupe plus important, une quarantaine environ, est revenu dans la soirée. Les manifestants ont agité des drapeaux, crié et déclenché des feux d’artifice — dont certains semblaient viser le bâtiment.

La plupart des manifestants se sont dispersés vers 23 h, mais au moins un a passé la majeure partie de la nuit à klaxonner, ce qui a rappelé les klaxons des semi-remorques qui ont bloqué une grande partie du centre-ville d’Ottawa pendant trois semaines, il y a près d’un an.

– Avec des informations de Mia Rabson

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