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Emploi stable en février au Canada

La Presse Canadienne|Mis à jour le 16 avril 2024

Emploi stable en février au Canada

L’agence fédérale précise que l’emploi a n’a augmenté que de 22 000; ou de 0,1% en février . (Photo PC)

Ottawa — L’emploi au Canada a affiché une modeste croissance en février, après des mois de forte création d’emplois, et ce dynamisme fait craindre à certains observateurs de nouvelles hausses des taux d’intérêt.

Dans son enquête sur la population active publiée vendredi, Statistique Canada a indiqué que l’économie avait créé 22 000 emplois en février, soutenue par une hausse de l’emploi dans le secteur privé.

L’agence fédérale a ajouté que le taux de chômage du pays s’était maintenu à 5%, restant près de niveaux record.

La majeure partie des gains d’emplois ont été réalisés dans les soins de santé et l’assistance sociale, les administrations publiques et les services publics. Pendant ce temps, des emplois ont été perdus dans les services aux entreprises, les services relatifs aux bâtiments et les autres services de soutien.

En janvier, l’économie avait accueilli 150 000 nouveaux travailleurs, surpassant considérablement les attentes.

Bien que les conditions sur le marché du travail demeurent assez bonnes — avec un chômage juste au-dessus de son creux historique de 4,9% — le dernier rapport de Statistique Canada a montré un retour à une croissance de l’emploi plus modeste.

Pourtant, la vigueur soutenue du marché du travail rend de nombreux économistes nerveux quant à la possibilité de nouvelles hausses de taux.

Même si les gains d’emplois de février étaient inférieurs à ceux des mois précédents, le directeur des études économiques de la Banque TD, James Orlando, a estimé qu’ils étaient toujours «trop élevés».

«C’est préoccupant, car cela se traduit par des salaires plus élevés, ce qui peut entraîner une accélération de l’inflation, et cela pourrait faire dérailler les efforts de la Banque du Canada pour réduire l’inflation», a expliqué M. Orlando.

Le chômage devrait augmenter au cours des prochains mois, car les taux d’intérêt élevés ralentissent les dépenses, ce qui ralentit l’économie.

Les signes de ce ralentissement sont déjà apparents. Au quatrième trimestre, l’économie canadienne faisait du surplace, affichant une croissance de zéro pour cent.

Mais M. Orlando prévient qu’il ne faut pas se concentrer uniquement sur le taux de croissance global. Dans l’ombre de ce chiffre se cache une légère augmentation des dépenses de consommation, qui suggère que les taux d’intérêt élevés ne nuisent pas tant aux consommateurs.

L’économiste ne s’inquiète pas seulement du fait que les taux d’intérêt mettent longtemps à affecter l’économie.

«Il semble qu’il y ait une résurgence de certaines de ces données, en particulier sur le marché du travail et chez le consommateur canadien, a-t-il expliqué. La Banque du Canada a besoin de voir un tournant dans l’économie. Nous ne pouvons pas continuer à obtenir une croissance de l’emploi.»

Salaires et productivité sous la loupe

Alors que l’abordabilité est une priorité pour de nombreux Canadiens, le dernier rapport sur l’emploi montre que l’écart entre la croissance des salaires et l’inflation se rétrécit. Le salaire horaire moyen a augmenté de 5,4% en février par rapport au même mois l’an dernier, tandis que l’inflation annuelle était de 5,9% en janvier.

La Banque du Canada, qui s’efforce de réduire la forte inflation du pays, s’est dite préoccupée par le fait qu’une croissance des salaires soutenue de 4% à 5% compliquerait le retour à son objectif d’inflation de 2%.

Dans un discours prononcé jeudi, la première sous-gouverneure de la banque centrale, Carolyn Rogers, a répété ce point, notant que la productivité du travail devrait augmenter pour que la croissance des salaires n’alimente pas l’inflation.

«Les données de la semaine dernière montrent que la productivité de la main-d’œuvre au Canada a reculé pour un troisième trimestre d’affilée. Elle ne va donc pas encore dans la bonne direction», a affirmé Mme Rogers.

La productivité du travail fait référence à la quantité de production d’un travailleur. Mais l’augmentation de la productivité du travail ne signifie pas que les gens travaillent plus fort, a nuancé Mikal Skuterud, professeur d’économie à l’Université de Waterloo. Il est plutôt question de la possibilité de les doter de la technologie et des compétences qui leur permettraient de mieux travailler.

«La difficulté pour la banque est d’essayer de déterminer quelle part de la croissance des salaires est véritablement liée à la productivité et quelle part correspond simplement à une sorte d’inflation salariale», a-t-il expliqué.

Les inquiétudes de la Banque du Canada concernant le resserrement du marché du travail ont été accueillies avec des reproches par les syndicats, qui estiment que la banque centrale travaille contre les intérêts des travailleurs.

M. Skuterud a souligné qu’il y avait «une très bonne raison» pour expliquer que la Banque du Canada accorde la priorité à la réduction de l’inflation. Mais ses politiques ont également des implications sur le bien-être, a-t-il poursuivi.

Et alors que les travailleurs continuent de voir leurs salaires accuser un retard sur l’inflation, M. Skuterud a estimé que les travailleurs étaient perdants. «Il y a toutes les raisons d’être contrarié. Sans aucun doute», a-t-il affirmé.

L’effet des hausses de taux d’intérêt sur le marché du travail devrait se faire sentir au cours des prochains mois, alors que la Banque du Canada a maintenu cette semaine son taux directeur à 4,5%, son niveau le plus élevé depuis 2007.

Bien que les taux d’intérêt élevés aient déjà fait des ravages, leur plein effet est encore à venir, car les économistes estiment qu’il peut falloir jusqu’à deux ans pour que les hausses de taux soient digérées par l’économie.

Emplois stables au Québec

Du côté des provinces, Statistique Canada a observé que l’emploi était resté stable au Québec le mois dernier. Quelque 15 500 emplois y sont disparus et le taux de chômage a grimpé de 0,2 point à 4,1%.

L’agence a précisé que le taux de chômage dans la région métropolitaine de Québec s’était établi à 1,9%, soit le taux le plus faible de toutes les régions métropolitaines de recensement au Canada.

Au Nouveau-Brunswick, l’emploi a augmenté de 1,3%, soit 5100 postes, et le taux de chômage a reculé de 1,2 point pour s’établir à 6,3%. À l’Île-du-Prince-Édouard, l’emploi a progressé de 2,0%, ou de 1700 postes, et le taux de chômage a été de 7,3%.

La Nouvelle-Écosse a été la seule province à afficher une baisse de l’emploi en février, de 4700 postes, soit 0,9%. Son taux de chômage a augmenté de 0,7 point pour s’établir à 5,7%.