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Égalité salariale: Megan Rapinoe porte la bataille à Washington

AFP|Mis à jour le 16 avril 2024

Égalité salariale: Megan Rapinoe porte la bataille à Washington

L'attaquante Megan Rapinoe, deux fois championne du monde avec les États-Unis, réclame avec toute l'équipe féminine de football d'être payées autant que leurs homologues masculins, largement mieux rémunérés malgré des résultats sportifs inférieurs. (Photo: Getty images)

La star américaine du football féminin Megan Rapinoe a témoigné mercredi devant le Congrès américain sur les inégalités salariales entre hommes et femmes, appelant à agir sans «attendre» pour combler les différences encore criantes à tous les niveaux de revenus.

Un combat soutenu par le président Joe Biden, qui devait la recevoir avec d’autres footballeuses dans l’après-midi pour marquer le «jour de l’égalité salariale». 

«C’est vraiment fantastique d’être ici», a-t-elle souligné lors d’un bref échange avec les journalistes dans la salle de presse de la Maison Blanche. «Cette présidence est évidemment bien plus accueillante que la précédente», a ajouté dans un grand sourire celle qui avait promis qu’elle ne se rendrait pas à la «p… de Maison Blanche» lorsque Donald Trump en était le locataire.

Le jour de l’égalité salariale marque le temps supplémentaire qu’il faut aux Américaines pour rattraper le salaire empoché par leurs collègues masculins l’année précédente: près de trois mois. 

L’attaquante Megan Rapinoe, deux fois championne du monde avec les États-Unis, réclame avec toute l’équipe féminine de football d’être payées autant que leurs homologues masculins, largement mieux rémunérés malgré des résultats sportifs inférieurs.

En 2019, les joueuses internationales ont attaqué leur fédération pour obtenir la parité, sans succès jusqu’ici. 

«Il est tout simplement inacceptable que nous nous battions encore pour l’égalité salariale», a lancé la footballeuse de 35 ans devant une commission parlementaire de la Chambre des représentants. 

«Si cela nous arrive à nous, si cela m’arrive à moi, alors que nous sommes sous les projecteurs tout le temps, cela arrive bien entendu» à toutes les femmes, a-t-elle poursuivi.

Pour chaque dollar gagné par un homme américain, une femme gagne 82 cents, a expliqué la présidente démocrate de cette commission parlementaire, Carolyn Maloney. Et les différences se creusent encore plus brutalement pour les femmes afro-américaines (60 cents) et les femmes hispaniques (55 cents).

La situation se répète «pour pratiquement tous les emplois sur lesquels nous avons des données», a précisé Nicole Mason, présidente du centre «Institute for Women’s Policy Research», qui lutte pour la parité économique.

Cela ne vient pas «des choix individuels des femmes» mais «de la sous-évaluation systématique du talent, des capacité et de ce qu’apportent les femmes au monde du travail», a-t-elle insisté.

«Si nous ne faisons rien, les femmes n’atteindront pas la parité économique avec les hommes avant 2059. Et pour les femmes de couleur, cela prendra plus d’un siècle», a-t-elle souligné.

«Mais nous n’avons pas à attendre», a déclaré Megan Rapinoe. «Nous pouvons changer cela dès maintenant, il faut juste en avoir la volonté.»

 

Pandémie aux effets «dévastateurs»

Pourtant, le Congrès devrait tarder à agir, sous le coup des divisions profondes entre républicains et démocrates.

La présidente démocrate de la Chambre Nancy Pelosi a promis jeudi qu’un nouveau texte pour «renforcer et moderniser» la loi sur l’égalité des salaires de 1963 serait adopté à la chambre basse en avril.

Malgré leur très courte majorité, les démocrates ne disposeront toutefois probablement pas d’assez de voix pour faire ensuite avancer l’examen de ce texte vers un vote au Sénat.

Les arguments des républicains de la Chambre contre ce texte ont varié au cours de l’audition.

Pour l’élue Nancy Mace, première femme diplômée de l’école militaire The Citadel, les différences salariales ne s’expliquent pas par une «discrimination généralisée» mais par le fait que les «femmes en général sont prêtes à échanger un plus haut salaire contre plus de flexibilité».

«Nous parlons du libre marché et de la liberté», a lancé un autre républicain, Pat Fallon, en se demandant pourquoi, si de telles différences existaient, les entreprises n’employaient-elles pas que des femmes.

«Cela ne marche pas comme ça», a répondu Nicole Mason, soulignant qu’il n’existait «pas un secteur dominé par les femmes où elles gagnent plus que les hommes».

En attendant une avancée des parlementaires, le vaste plan de relance de Joe Biden, adopté en mars au Congrès, cible particulièrement les femmes.

Car si les inégalités étaient déjà profondes, la pandémie a encore accentué les différences. Avec des effets dévastateurs, a déploré Nancy Pelosi dans un communiqué: «Des millions de femmes qui ont perdu leurs emplois et plus de deux millions qui ont été forcées de quitter tout simplement le marché du travail, dont plus d’un million de mères, faute d’un accès abordable à la garde d’enfants.»