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Bourse: vendre en mai et revenir à l’Halloween?

Simon Lord|Mis à jour le 16 avril 2024

Bourse: vendre en mai et revenir à l’Halloween?

Au printemps et à l’automne, il est courant d’entendre parler de cette stratégie voulant qu’il soit profitable de vendre avant l’été et de racheter avant l’hiver. (Photo: 123RF)

Le dicton d’investissement «Sell in May and go away» et l’indicateur Halloween laissent entendre qu’il est rentable de vendre ses placements ou d’investir à des moments précis de l’année. Légendes urbaines de la finance personnelle? Pas tout à fait.

Au printemps et à l’automne, il est courant d’entendre parler de cette stratégie voulant qu’il soit profitable de vendre avant l’été et de racheter avant l’hiver. Il existe un certain nombre de variantes, dont les deux plus courantes sont peut-être «Sell in May and go away» [Vendre en mai et s’en aller] et l’indicateur Halloween.

Dans le premier cas, la stratégie veut qu’il faille vendre en mai, puis racheter en septembre, ou avant la Saint-Léger — le dicton original aurait été «Sell in May and go away but buy back on St. Leger’s Day». Le jour de la Saint-Léger réfère à la date d’une course de chevaux classique ayant lieu en septembre à Doncaster, en Angleterre, et on dit que les courtiers de l’époque ne retournaient pas au travail avant la fin de la saison des courses.

Dans le second cas, celui de l’indicateur Halloween, la stratégie prescrit d’acheter au 31 octobre et de vendre au plus tard le 30 avril.

Balivernes ou stratégie qui fonctionne?

 

Quelques données

Étonnamment, peut-être, les stratégies sont soutenues par certaines données.

Il y a eu peu d’études scientifiques réalisées sur le sujet, mais Sven Bouman et Ben Jacobsen ont étudié la question en profondeur dans leur papier de 2002 intitulé «The Halloween Indicator, “Sell in May and Go Away”. Another Puzzle», d’où est tirée la petite histoire de la stratégie racontée précédemment.

Selon leurs analyses, les rendements des actions sont significativement plus faibles entre mai et septembre (ou octobre) que durant le reste de l’année. Ils disent avoir mesuré cet effet dans 36 des 37 pays à l’étude.

Aux États-Unis plus précisément, au cours des 50 dernières années, environ, les actions ont aussi mieux performé au semestre novembre-avril que durant celui qui s’échelonne de mai à octobre. C’est du moins ce que montre une analyse réalisée par Randy Watts, gestionnaire de portefeuille principal chez O’Neil Global Advisors, publiée par Forbes dans l’article «How Accurate Is Sell In May And Go Away?» (12 mai 2023).

Selon ses calculs, au cours des 52 dernières années, le S&P 500 a enregistré en moyenne un gain de 6,5% de novembre à avril contre seulement 1,6% de gain le reste de l’année, soit une différence de 4,9 points de pourcentage. Les écarts de performance ont été encore plus grands pour le Nasdaq et le Dow Jones Industrial Average (DJIA), respectivement à 5,9 et 6,9 points de pourcentage.

 

Et au Canada?

Plus près de nous, deux costratèges en chef des placements à Gestion de placements Manuvie, Macan Nia et Kevin Headland, ont aussi étudié la question en mai dernier.

Ils estiment que la stratégie de vendre en mai a gagné en crédibilité en raison du nombre de reculs boursiers qui ont eu lieu au cours de la période de mai à octobre, comme le lundi noir de 1987, la crise financière de 2008 qui a suivi l’effondrement de Lehman Brothers et la correction boursière d’août 2011.

«Depuis 1950, environ 60% des rendements mensuels négatifs, y compris les corrections de plus de 10%, se sont produits au cours de la période de mai à octobre, ce qui contribue à la crédibilité de la stratégie de vente en mai», écrivent-ils.

Dans le cas précis du Canada, si la stratégie est gagnante, elle ne semble pas la meilleure. Selon leurs calculs, il vaudrait mieux suivre une stratégie classique d’achat à long terme que de «vendre en mai et s’en aller». En effet, les rendements sur 10, 20 et 50 ans étaient plus élevés dans le premier cas que dans le second: 10,4% contre 5,5%; 7,6% contre 5,6%; et 7,2% contre 6,7%, respectivement.

Cela dit, fait intéressant, au cours des 10 dernières années, 80% des rendements de mai à octobre étaient positifs, le rendement moyen atteignant presque 5%.

«Comme il s’agit de stratégies saisonnières qui n’ont pas d’explication économique, l’investisseur doit être prudent avant de décider de la suivre ou non», met en garde Maher Kooli, professeur de finance à l’UQAM et titulaire de la Chaire CDPQ de gestion de portefeuille.

Même son de cloche du côté d’Ann Levasseur, gestionnaire de portefeuille et conseillère en placements à Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

«C’est davantage une stratégie de “trading” (négociation de titres) que d’investissement, dit-elle. Ce n’est pas une approche recommandée pour un investisseur moyen, qui devrait plutôt avoir des objectifs à long terme.»

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