BCE supprime 9% de ses effectifs et vend 45 stations de radio

Publié le 08/02/2024 à 07:34

BCE supprime 9% de ses effectifs et vend 45 stations de radio

Publié le 08/02/2024 à 07:34

Par La Presse Canadienne

(Photo: La Presse Canadienne)

Bell Média (BCE) met fin à plusieurs bulletins de nouvelles télévisées et procède à d’autres réductions dans la programmation après que sa société mère a annoncé des mises à pied généralisées et la vente de 45 de ses 103 stations de radio régionales.

Dans une note interne adressée jeudi aux employés de Bell Média, l’entreprise a indiqué que les chaînes d’information telles que CTV et BNN Bloomberg seraient immédiatement touchées.

La note, signée par Dave Daigle, vice-président de la télévision locale, de la radio et des studios Bell Média, et Richard Gray, vice-président des nouvelles chez Bell Média, indiquait que les bulletins de nouvelles de midi en semaine sur toutes les stations CTV, à l’exception de Toronto, prendraient fin. Le réseau supprime également ses bulletins de 18 h et 23 h les fins de semaine sur toutes les stations CTV et CTV2, à l’exception de Toronto, Montréal et Ottawa.

MM. Daigle et Gray ont affirmé que des journalistes multitâches remplaceraient les équipes de correspondants et de techniciens travaillant pour CTV National News en Alberta, au Manitoba, au Québec et dans le Canada atlantique, tandis que d’autres changements de correspondants seraient effectués à Ottawa.

Dans un bref communiqué, Bell Média a indiqué que des réductions dans l’ensemble de l’organisation comprennent «des changements dans les stations de radio du Québec, où les nouvelles locales seront désormais couvertes à l’échelle régionale à partir de Montréal et de Québec». «Noovo Info continuera à couvrir les nouvelles locales avec des journalistes à travers le Québec», a ajouté Bell Média.

Selon les informations dont dispose le directeur québécois d’Unifor, Daniel Cloutier, 400 postes seraient touchés dans les bureaux chez Bell au Québec et en Ontario, 100 chez Bell Média au Québec et en Ontario et 300 chez les techniciens et installateurs dans les mêmes provinces.

Ainsi, BCE supprime neuf pour cent de ses effectifs, soit environ 4800 emplois au pays, y compris des journalistes et d’autres travailleurs de sa filiale Bell Média.

L’entreprise vend également 45 de ses 103 radios régionales. Les stations concernées se trouvent au Québec, dans le Canada atlantique, en Ontario et en Colombie-Britannique.

BCE affirme dans une lettre ouverte signée par le président et chef de la direction Mirko Bibic que des emplois «à tous les niveaux de l’entreprise» seraient supprimés.

Certains salariés ont déjà été prévenus ou devaient être informés jeudi de leur licenciement, tandis que le bilan sera connu d’ici le printemps. M. Bibic a déclaré que l’entreprise utiliserait les postes vacants et l’attrition naturelle pour minimiser autant que possible les licenciements.

Il s’agit de la deuxième vague de licenciements majeurs chez le géant des médias et des télécommunications depuis le printemps dernier, lorsque six pour cent des emplois de Bell Média ont été supprimés et que neuf stations de radio ont été fermées ou vendues.

Dans une note interne distincte, le président de Bell Média, Sean Cohan, a déclaré que l’entreprise avait l’intention de céder 45 stations de radio à sept acheteurs: Vista Radio, Whiteoaks, Durham Radio, My Broadcasting Corp., ZoomerMedia, Arsenal Media et Maritime Broadcasting. Les ventes sont sujettes à l’approbation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et à d’autres conditions de clôture.

Dans un communiqué publié peu après 8h00, Arsenal Media a annoncé la conclusion d’un accord avec Bell Média afin d’acquérir sept stations: CFZZ-FM à Saint-Jean-sur-Richelieu, CFEI-FM à Saint-Hyacinthe, CJDM-FM et CHRD-FM à Drummondville, CJOI-FM et CIKI-FM à Rimouski ainsi que CFVM-FM à Amqui.

Si cette transaction est confirmée, Arsenal Media, une entreprise dirigée par l’homme d’affaires Sylvain Chamberland, détiendra 25 stations radiophoniques au Québec.

Dans la «mauvaise direction»

«C’est un désinvestissement important. C’est parce que ce n’est plus une entreprise viable», a déclaré Robert Malcolmson, chef des affaires juridiques et réglementaires de Bell, en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Nous continuerons à exploiter celles qui sont viables, mais c’est une activité qui va dans la mauvaise direction.»

L’entreprise a refusé de préciser quelle proportion des suppressions d’emplois totales concernait spécifiquement Bell Média.

M. Malcolmson a souligné que Bell Média est au milieu d’une «transformation numérique» tant pour le divertissement que pour l’information.

Mais il reste à déterminer si donner la priorité à la croissance numérique est viable ou non pour l’entreprise en termes de génération de bénéfices.

«Nous investissons là-dedans ; nous verrons, a-t-il indiqué. Sans une certaine forme de soutien réglementaire, c’est difficile.»

Ottawa et le CRTC critiqués

Il a reproché au gouvernement fédéral d’avoir mis trop de temps à venir en aide aux entreprises médiatiques, ainsi qu’au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d’avoir été trop lent à réagir à une «crise immédiate».

Cela concerne deux textes législatifs destinés à aider le secteur médiatique canadien en difficulté: le projet de loi C-18, également connu sous le nom de Loi sur les nouvelles en ligne, destiné à forcer les géants de la technologie à rémunérer les médias canadiens pour leur contenu, et le projet de loi C-11, qui met à jour la Loi sur la radiodiffusion pour obliger les plateformes numériques telles que Netflix, YouTube et TikTok à contribuer et à promouvoir le contenu canadien.

Ottawa reste dans une impasse avec la société mère de Facebook, Meta, au sujet du C-18, la société continuant de bloquer les liens d’information sur ses plateformes. Par ailleurs, le gouvernement fédéral a plafonné à 30 millions de dollars (M$) le montant que les médias audiovisuels peuvent obtenir grâce aux paiements annuels de 100M$ de Google, le reste étant destiné aux médias imprimés et numériques.

«En pratique, cela ne fera rien. C’est pour le moins décevant», a déploré M. Malcolmson.

«Nous plaidons en faveur d’une réforme depuis des années. Elle n’arrive pas assez vite et lorsqu’elle arrive, elle n’apporte pas une aide importante.»

Les pertes d’emplois de jeudi chez Bell Média sont également directement liées aux orientations du CRTC concernant le projet de loi C-11, a indiqué M. Malcolmson.

Le CRTC a tenu une audience à la fin de l’année dernière pour déterminer si les services de diffusion en continu devraient être invités à apporter une première contribution au système de contenu canadien afin d’aider à uniformiser les règles du jeu avec les entreprises locales. La commission espère mettre en œuvre de nouvelles règles fin 2024.

Mais le dirigeant de Bell a déclaré que l’entreprise avait besoin d’une aide immédiate, qui pourrait provenir d’un fonds qu’il a proposé et qui permettrait aux diffuseurs de subventionner les informations locales ou nationales.

«Nous espérons qu’ils le feront, mais nous ne pouvons pas attendre deux ans pour que cela se produise, alors vous voyez des actions comme celle-ci aujourd’hui», a-t-il affirmé.

Les revenus publicitaires de Bell Média ont diminué de 140M$ en 2023 par rapport à l’année précédente, et la division de nouvelles de l’entreprise connaît des pertes d’exploitation annuelles de plus de 40M$, a déclaré Mirko Bibic dans sa lettre.

Jeudi, Bell a déclaré qu’elle pourrait également réduire davantage ses investissements dans les réseaux de télécommunications, car elle reste en désaccord avec le CRTC sur ce qu’elle qualifie d’orientation réglementaire «prédéterminée».

Interrogé sur l’image de l’entreprise à la lumière des coupes continues, M. Malcolmson a souligné que la taille de l’équipe de direction de Bell avait été réduite au cours des dernières années et que les salaires des dirigeants demeuraient gelés.

Baisse du bénéfice net

En annonçant ces coupes majeures dans ses effectifs, BCE rapporte une baisse en un an de 23,3% de son bénéfice net du quatrième trimestre, qui a reculé de 567M$ à 435M$. Au cours de la même période, le bénéfice net ajusté a augmenté, de 654M$ à 691M$.

Le bénéfice net par action ordinaire est passé de 0,58$ à 0,42$.

Pour l’ensemble de l’exercice financier 2023, BCE a réalisé un bénéfice net de 2,327 milliards de dollars (G$), en baisse de 20,5% par rapport à celui de 2,926G$ rapporté en 2022. Le recul du bénéfice net ajusté a été moindre, de 4,3%, de 3,057G$ à 2,926G$.

 

Sammy Hudes, La Presse Canadienne

 

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