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Énergir produira du gaz naturel renouvelable

François Normand|Mis à jour le 16 avril 2024

Énergir produira du gaz naturel renouvelable

Nature Energy est un leader mondial dans la conception et l’exploitation d’installations de biométhanisation. L’entreprise danoise exploite déjà 13 usines au Danemark et une aux Pays-Bas. (Photo: 123RF)

Énergir se lance dans la production de gaz naturel renouvelable (GNR). Le producteur et le distributeur d’énergie s’associe à la danoise Nature Energy pour développer des usines de biométhane au Québec, et ce, à partir d’intrants issus de l’agriculture dans des régions à forte densité agricole.

Nature Energy est un leader mondial dans les énergies renouvelables, à commencer par la conception et l’exploitation d’installations de biométhanisation. L’entreprise danoise exploite déjà 13 usines au Danemark et une aux Pays-Bas.

La semaine dernière, Les Affaires révélait qu’Énergir songeait sérieusement à se lancer dans la production de GNR afin de réduire ses risques d’approvisionnement. L’actionnaire et la direction avaient donné son feu vert ; il ne manquait que «le bon projet et le bon partenaire» pour aller de l’avant.

De toute évidence, la réflexion stratégique pour diversifier les activités de la société énergétique québécoise était beaucoup plus avancée.

Ce mardi, Énergir et Nature Energy ont annoncé leur alliance afin de construire et exploiter une dizaine d’installations de biométhanisation dans le centre et le sud du Québec d’ici 2030.

«Nous planifions des projets dans les régions de la Montérégie, de l’Estrie, du Centre-du-Québec et de Chaudière-Appalaches», explique en entrevue à Les Affaires Éric Lachance, président et chef de la direction d’Énergir.

En vertu de ce partenariat, cette dizaine de projets produiront jusqu’à 200 millions de mètres cubes de GNR par année.

Selon Énergir, à elles seules, ces nouvelles usines permettraient d’atteindre le tiers de la cible de 2030 du Québec en matière de GNR, soit au moins 10% des volumes de gaz distribués dans le réseau gazier.

 

Réductions de 400 000 tonnes de C02

Ces installations réduiraient les émissions de CO2 d’un maximum de 400 000 tonnes, ce qui équivaut à retirer de la circulation environ 100 000 voitures à essence.

Nature Energy aura la responsabilité de concevoir et d’exploiter ces nouvelles usines de biométhane. Pour sa part, Énergir contribuera à les construire et à les développer à titre de maître d’œuvre.

Ainsi, dans les sept prochaines années, on parle d’investissements qui pourraient totaliser près d’un milliard de dollars, pour une moyenne d’environ 100 millions de dollars par projet.

Dans chacune des usines, Énergir détiendra 40% du capital, tandis que Naturel Energy en aura 60%.

Cela dit, les deux entreprises pourraient diluer leur participation — de manière proportionnelle — si jamais un agriculteur voulait par exemple prendre une participation dans un projet de biométhanisation.

Par exemple, si une entreprise agricole détenait 10% du capital d’une usine, les parts d’Énergir et de Nature Energy descendraient donc respectivement à 35% et 55%.

Les gouvernements — par le truchement de leur société d’État — n’investiront pas dans ces projets de biométhanisation.

En revanche, Énergir et Nature Energy pourraient bénéficier de subventions par le biais du Programme de soutien à la production de gaz naturel renouvelable (PSPGNR). Le montant maximal prévu par projet s’élève à 15M$.

 

L’offre répond difficilement à la demande

L’annonce du partenariat avec Nature Energy survient alors qu’Énergir a raté sa cible d’injecter 1% de GNR dans son réseau en 2022, selon des documents déposés à la Régie de l’énergie du Québec.

La réglementation québécoise fixait à 1% la part de gaz consommé au Québec que devait représenter le GNR à travers le réseau d’Énergir.

Les contrats d’approvisionnement de GNR signés par l’entreprise permettaient sur papier de générer les volumes auxquels elle s’attendait en 2022.

En revanche, c’est ce qui a été réellement injecté dans le réseau d’Énergir qui a été inférieur à 1%, notamment en raison de retards pour certains projets de production de GNR.

En fait, actuellement, le GNR ne représenterait que 0,6% de l’ensemble des molécules transportées dans son réseau, selon les documents déposés à la Régie.

Bref, l’offre ne répond pas à la demande.

Étant donné qu’Énergir doit avoir 5% de GNR dans son réseau en 2025 et 10% en 2030, la structure actuelle de ses approvisionnements représentait donc un certain risque d’affaires.

Cela dit, même si Énergir devient un producteur de GNR, la société continuera de s’approvisionner au Québec en gaz naturel renouvelable auprès d’autres producteurs, assure Éric Lachance.

«Ces deux activités seront d’ailleurs gérées par deux équipes séparées», dit-il.