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Cuda ne pouvait plus attendre, dit son patron

La Presse Canadienne|Mis à jour le 15 avril 2024

Cuda cédera, à un acquéreur dont on ignore toujours l’identité, de ses actifs pétroliers et gaziers au Québec.

Alors que ses finances sont précaires, Cuda Pétrole et Gaz estime qu’elle n’avait pas les reins suffisamment solides pour demeurer au Québec, ce qui l’a incitée à vendre les actifs de la société pétrolière québécoise Junex acquis il y a moins d’un an.

En entrevue téléphonique, lundi, le président et chef de la direction de l’entreprise de Calgary, Glenn Dawson, a dit ne rien regretter de cette courte aventure. En revanche, le géologue a dit avoir été surpris par le gouvernement libéral de Philippe Couillard, notamment avec sa Loi sur les hydrocarbures, annoncée en juin dernier, quelques jours avant le dévoilement de l’entente entre Cuda et Junex.

« Depuis l’annonce de la transaction avec Junex, le climat s’est particulièrement détérioré pour l’industrie pétrolière et gazière, a-t-il estimé. Nous étions si avancés dans le processus avec Junex que nous n’avions pas l’impression de pouvoir revenir en arrière. Nous sommes donc allés de l’avant. »

Le nouveau cadre réglementaire imposait aux projets d’hydrocarbures la réalisation d’une étude d’impact tenant compte des émissions de gaz à effet de serre.

M. Dawson s’attendait à ce qu’un gouvernement majoritaire de la Coalition avenir Québec soit plus favorable au secteur pétrolier et gazier. Ses espoirs se sont toutefois rapidement dissipés, a-t-il indiqué.

La semaine dernière, Cuda a annoncé la cession, à un acquéreur dont on ignore toujours l’identité, de ses actifs pétroliers et gaziers au Québec dans le cadre d’une transaction de 10,59 millions $, dont 4,29 millions $ en espèces. La compagnie préfère se concentrer sur ses actifs au Wyoming, au sud de la frontière.

« Nous avons dépensé beaucoup d’argent au Québec et nous n’avons rien eu en retour, a dit M. Dawson. Nous avons décidé qu’il valait mieux nous concentrer sur les actifs avec lesquels nous pouvons faire de l’argent. »

Citant des clauses de confidentialités contenues dans l’entente, M. Dawson n’a pas voulu dévoiler le nom de l’acquéreur. La transaction tient compte de la participation d’environ 53 pour cent détenue par Cuda dans le projet Galt, en Gaspésie, où le potentiel est estimé à plusieurs millions de barils de pétrole. Québec est actionnaire à hauteur de 17 pour cent de ce projet.

Dans le dossier Galt, Cuda a déposé un avis de projet auprès du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques en novembre dernier. Elle prévoyait le forage de 2020 à 2025 et une exploitation jusqu’en 2060. Il y a également eu une directive ministérielle en décembre, mais rien depuis.

Dans ses états financiers en date du 31 mars 2019, Cuda estimait à 28 millions $ la valeur de ses actifs québécois.

« L’occasion de monétiser nos actifs québécois s’est présentée et nous avons estimé que cela était le meilleur rendement que nous allions obtenir à court terme », a répondu M. Dawson, lorsqu’interrogé sur le prix obtenu par son entreprise.

Plutôt résigné, M. Dawson croit malgré tout que le projet Galt finira par se concrétiser et n’a pas voulu blâmer le gouvernement québécois. Il ne croit pas non plus que le court passage de Cuda en territoire québécois envoie un message négatif aux investisseurs.

Entre-temps, Cuda doit redresser la barre. Au premier trimestre terminé le 31 mars, l’entreprise avait perdu de 3,2 millions $ et affichait un déficit totalisant 23 millions $. Dans son rapport financier, la société prévenait qu’il y existait une « incertitude sérieuse » quant à la poursuite de ses activités.

« Je n’ai pas de regrets, a dit M. Dawson. Je crois qu’il faut du temps au Québec pour faire changer les choses et nous n’avons plus ce temps à notre disposition. »

Cuda devrait avoir complété la vente de ses actifs québécois vers le 30 août. Auparavant actionnaire de Junex, Investissement Québec (IQ) possédera alors six pour cent des actions de Cuda, même si cette dernière ne détient plus d’actifs dans la province. Le grand patron de Cuda s’attend toutefois à voir le bras financier du gouvernement québécois demeurer au sein de l’actionnariat.

Selon les données compilées par Thomson Reuters Eikon, la Caisse de dépôt et placement du Québec détenait, en date du 31 décembre, une participation de 2,25 pour cent dans Cuda.

À la Bourse de croissance TSXV, le titre de Cuda a retraité lundi de 1 cent à la Bourse de croissance TSXV, où il a clôturé à 49 cents. Il avait grimpé jusqu’à 5,00 $ au début août 2018.