Réduction de rabais de Loblaw: collusion écartée par un expert du domaine du détail

Publié le 18/01/2024 à 15:16

Réduction de rabais de Loblaw: collusion écartée par un expert du domaine du détail

Publié le 18/01/2024 à 15:16

Par La Presse Canadienne

Loblaw, le plus grand détaillant en alimentation du Canada, a annoncé qu’il n'offrirait plus de rabais allant jusqu'à 50 % sur ces articles, mais qu’il les réduirait plutôt de 30 % dans tous les domaines. (Photo: La Presse Canadienne/Paul Chiasson)

Un observateur du phénomène de la concurrence dans le commerce canadien de détail estime que la décision de Loblaw de réduire les rabais offerts sur les aliments dont la date de péremption approche est une pratique normale dans l’industrie et non un signe de collusion.

«Les détaillants s'imitent toujours», répond Michael Osborne, président du groupe canadien de concurrence au sein du cabinet d'avocats Cozen O'Connor. «Il est tout à fait légal d'observer les prix et les promotions de votre concurrent et de simplement les suivre par vous-même.»

Plus tôt cette semaine, Loblaw, le plus grand détaillant en alimentation du Canada, a annoncé qu’il n'offrirait plus de rabais allant jusqu'à 50 % sur ces articles, mais qu’il les réduirait plutôt de 30 % dans tous les domaines. Loblaw est notamment propriétaire des bannières Maxi et Provigo.

Dans une lettre adressée mardi à Matthew Boswell, commissaire de la concurrence, le député Alistair MacGregor du Nouveau Parti démocratique (NPD) a demandé une enquête sur d'éventuelles pratiques anticoncurrentielles ou collusion dans le secteur de la vente au détail de produits alimentaires.

Le député MacGregor, qui représente la circonscription de Cowichan—Malahat—Langford, en Colombie-Britannique, estime que les commentaires de Loblaw, qui a expliqué avoir modifié les rabais pour s'aligner sur ceux de ses concurrents, est une source de suspicion.

«Une telle coordination soulève des soupçons de collusion possible ou de pratiques commerciales anticoncurrentielles au sein du secteur canadien de la vente au détail d'épicerie», écrit-elle.

Pour sa part, Michael Osborne juge qu'il est courant que les détaillants visitent les magasins de leurs concurrents pour se tenir au courant de ce qu'ils font et s'ajuster en conséquence.

«Ils constatent certaines choses et se disent : "Hé, nous laissons de l'argent sur la table. Alors nous allons le faire aussi'" », illustre l'avocat.

«Il n'y a rien de mal à cela, à condition qu'ils ne soient pas de mèche », précise-t-il.

Par «de mèche», Michael Osborne veut dire être en collusion, ce qui, selon lui, n’est pas la même chose que l’imitation d’un prix ou d’une promotion.  

S'entendre avec des concurrents pour déterminer les prix est une infraction criminelle, explique l'avocat, «qu'il s'agisse du prix que vous facturez pour une miche de pain, ou du rabais que vous accordez sur ce pain lorsqu'il approche de la date de péremption».

«Ils peuvent décider de suivre un concurrent, mais tant qu'ils le font seuls, sans accord, il n'y a pas de problème», résume-t-il. 

Metro, qui détient aussi les bannières Super C et Richelieu, notamment, a rappelé mardi qu'elle réduisait jusqu'à 30% les articles presque périmés depuis plus de deux décennies. 

La décision de Loblaw est dans les normes de l’industrie, estime Lisa Hutcheson, analyste du commerce de détail chez J.C. Williams Group.

La demande de produits alimentaires à prix réduit a augmenté, souligne-t-elle, donnant aux épiciers plus de marge de manœuvre pour vendre ces articles à un prix moindre.

«Le fait qu'un produit se vende ou ne se vende pas sera déterminant sur la décision d'accorder un rabais », explique-t-elle. 

Les détaillants, dont les épiciers, déterminent les prix en fonction de divers facteurs, notamment les coûts d'intrants et d'exploitation, déclare la porte-parole du Conseil canadien du commerce de détail, Michelle Wasylyshen.

«Cela ne veut pas dire qu'ils doivent ignorer ce que font les concurrents sur le marché, défend-elle. Le problème, du point de vue de la concurrence, serait qu'ils se réunissent pour discuter des prix, ce qui ne s'est pas produit ici.»

Le mécontentement suscité par la décision de Loblaw survient alors que les principaux épiciers sont critiqués par les clients et les politiciens dans un contexte de forte inflation alimentaire.  

La plus grande attention portée à l'industrie laisse croire qu'il serait peu probable que la décision soit le résultat de collusion, croit M. Osborne. «Ils savent que les gens les surveillent.»

«À moins qu'ils ne soient stupides, il y a de fortes chances qu'ils soient irréprochables sur ce point. »

Michael Osborne reconnaît que la collusion est très difficile à détecter et qu'elle n'est généralement pas révélée sans qu'un dénonciateur ou un conspirateur ne se manifeste, comme cela est survenu pour Loblaw et Weston Foods avec le complot de fixation du prix du pain.

Le Bureau de la concurrence prendra la lettre du NPD au sérieux et «passera probablement quelques appels téléphoniques», déclare l’institution. Une enquête officielle est toutefois peu probable.

 

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