Vitrine du détail: L'homme derrière la première syndicalisation chez Couche-Tard


Édition du 21 Décembre 2013

Vitrine du détail: L'homme derrière la première syndicalisation chez Couche-Tard


Édition du 21 Décembre 2013

Luis Donis, l'homme derrière la première syndicalisation chez Couche-Tard. Photo: Jérôme Lavallée

Luis Donis rapporte qu'au Couche-Tard où il travaillait, un gérant avait été congédié sans motif valable, la signature d'un employé avait été faussée, et une coordonnatrice de secteur s'était mise en frais de lui compliquer la vie... Un matin de l'automne 2010, il s'est dit que l'injustice s'arrêtait là. Une prise de conscience qui a conduit, cette année, à la signature par la CSN d'une première convention collective dans des dépanneurs Couche-Tard.

M. Donis travaillait au Couche-Tard, angle Iberville et Jean-Talon, à Montréal. Mécanicien, il avait loué un petit garage derrière le Couche-Tard pour arrondir ses fins de mois. Afin de pouvoir travailler à son garage le soir et de voir sa petite fille le matin, il avait conclu une entente avec le gérant : il travaillerait de 9 h 30 à 17 h 30 au dépanneur, du lundi au vendredi, et le soir, il resterait disponible jusqu'à minuit au cas où une urgence surviendrait au dépanneur.

Tout allait bien jusqu'à ce que la coordonnatrice du secteur juge que l'horaire de M. Donis, devenu gérant adjoint après cinq années de service, «ne marchait plus». «Elle m'a donné trois choix, dont celui de prendre la porte», explique le jeune homme né au Guatemala il y a 35 ans.

M. Donis décide de partir, mais seulement après avoir pris les cinq semaines de congé de paternité auxquelles il a droit. Exaspéré par l'attitude de son employeur, il veut profiter de son congé pour convaincre un syndicat de lui venir en aide. Une cliente de son dépanneur, où il retourne de temps à autre, lui conseille d'appeler la CSN. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le lendemain, Sylvie Joly, conseillère syndicale, le reçoit... et lui fait comprendre qu'il faut respecter certaines procédures.

«Moi, je n'avais pas de temps à perdre ; à la fin de mon congé de cinq semaines, je perdais mon job. J'ai alors répondu à Sylvie que, si c'était trop compliqué, j'appellerais un autre syndicat», raconte M. Donis.

Mme Joly le calme un peu et lui demande un délai. Trois jours plus tard, elle le rappelle ; c'est OK, la CSN va prendre la voie rapide. Il signe sa carte le jour même.

Un party de Noël décisif

La semaine suivante, c'est le party de Noël 2010 des employés du Couche-Tard Iberville/Jean-Talon. Juste avant, ils traversent la rue pour se rendre à une autre fête, celle à laquelle M. Donis les a conviés, à son garage. Là, le jeune homme leur prêche la bonne nouvelle syndicale. Ils sont 13, des Latinos, des Arabes, des Chinois, des Haïtiens et des pure laine. Ils ressortent tous du garage après avoir signé leur carte.

Tôt le lendemain matin, le jeune homme se rend porter les cartes aux bureaux de la CSN. «Ça pressait parce que, si l'employeur avait entendu parler de la signature des cartes, il aurait pu fermer le dépanneur avant le dépôt des cartes et on n'aurait pas pu prouver que c'était à cause de la syndicalisation.»

Le lendemain du dépôt des cartes, les gens de la CSN arrivent au dépanneur pour annoncer à la gérante que ses employés se sont syndiqués. Tous les employés du dépanneur passent un par un dans le bureau de la gérante, qui les menace de perdre leur emploi. Appelée à la rescousse, Sylvie Joly arrive et lui fait comprendre qu'il est interdit par la loi d'intimider les employés.

Un mois et demi plus tard, les négociations patronales-syndicales commencent, en présence de M. Donis. Six rencontres en sept mois, au terme desquelles, le 15 septembre 2011, le dépanneur de M. Donis est fermé. Pas rentable, disent les dirigeants. Celui de Saint-Denis/Beaubien avait déjà fermé ses portes en avril pour le même motif de non-rentabilité ; ses employés avaient aussi tenté de se syndiquer. Plus tard, l'affaire se retrouvera devant les tribunaux et, à la faveur d'un règlement à l'amiable, les 24 employés des deux dépanneurs fermés recevront un dédommagement.

Malgré les menaces de fermeture, six autres dépanneurs, toujours ouverts ceux-là, se sont syndiqués. Leurs employés profitent de la première convention collective chez Couche-Tard, signée le 28 octobre : deux jours de congé mobile, 12,50 $ de l'heure après quatre ans, une augmentation annuelle de 2 % à partir de la cinquième année, la reconnaissance de l'ancienneté et un suivi psychologique en cas de vol ou d'agression.

Quant à Luis Donis, il travaille maintenant pour la CSN. Il y a environ 550 autres Couche-Tard au Québec.

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