Des exportateurs et des importateurs vont frapper un mur à la frontière

Publié le 04/01/2022 à 16:20

Des exportateurs et des importateurs vont frapper un mur à la frontière

Publié le 04/01/2022 à 16:20

Par François Normand

L’industrie du camionnage transporte près de 70% des 648 milliards de dollars canadiens (G$) en échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis. (Photo: Joseph Paul pour Unsplash)

À moins d’un report de la date butoir du 15 janvier 2022, de nombreuses entreprises québécoises ne pourront plus vendre ou acheter des produits aux États-Unis, car les chauffeurs de camion canadiens et américains non vaccinés (deux doses) ne pourront plus franchir la frontière.

C’est la raison pour laquelle Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) exhorte Ottawa à repousser cette date butoir de trois mois pour la porter au 15 avril. Le gouvernement fédéral a annoncé cette mesure à la frontière à la mi-novembre, avant que l'Amérique du Nord ne soit frappée par le variant Omicron.

«On ne peut pas se permettre d’avoir un bris dans la chaîne d’approvisionnement nord-américaine», affirme à Les Affaires la PDG de MEQ, Véronique Proulx, qui dit craindre des impacts négatifs majeurs pour les entreprises, les consommateurs et l’ensemble de l’économie québécoise.

Joint par Les Affaires, un porte-parole de Santé Canada et de l'Agence de la santé publique du Canada, Mark Johnson, a indiqué dans un courriel que la date butoir «reste le 15 janvier».  

Les données de l’Association du camionnage du Québec (ACQ) illustre l’épée de Damoclès au-dessus de la tête des chaînes d’approvisionnement nord-américaines.

À l’échelle canadienne, en 2020, l’industrie du camionnage transportait près de 70% des 648 milliards de dollars canadiens (G$) en échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis, incluant les approvisionnements en alimentation et les biens essentiels.

 

20% des camionneurs transfrontaliers non vaccinés

À l’heure actuelle, 20% des camionneurs transfrontaliers canadiens ne sont pas adéquatement vaccinés, selon l’ACQ.

Par conséquent, en termes de valeur sur une base annuelle, les camionneurs canadiens non vaccinés sont donc responsables de 90,7 G$ (648 G$ x 70% x 20%) des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis.

Cela représente en moyenne 248,5 millions de dollars par jour.

Cette valeur est considérable, insiste Véronique Proulx : «Elle représente ce que peuvent perdre en revenus les entreprises si la date butoir du 15 janvier est maintenue.»

MEQ et l’ACQ appuient sans réserve la campagne de vaccination afin de combattre la pandémie de COVID-19. En revanche, les deux associations estiment que le délai est tout simplement trop court pour vacciner les chauffeurs transfrontaliers qui ne le sont pas encore.

 

Goulots d’étranglement en vue

Marc Cadieux, PDG de l’ACQ, craint aussi le pire si Ottawa ne prolonge pas le délai afin de vacciner davantage de camionneurs transfrontaliers.

«S’il y a une rupture dans la chaîne d’approvisionnement, c’est certain qu’il va y avoir de sévères goulots d’étranglement», affirme-t-il.

Marc Cadieux précise que le transport routier transfrontalier est présent dans tous les secteurs de l’économie québécoise, et ce, de la production de ressources naturelles au commerce de détail en passant par l’industrie manufacturière.

 

Le transport routier transfrontalier est essentiel dans tous les secteurs de l’économie québécoise, incluant pour exporter le bois d'oeuvre aux États-Unis. (Photo:123RF)

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, les transporteurs transfrontaliers dont les chauffeurs sont adéquatement vaccinés ne pourront faire des miracles pour accommoder les entreprises qui chercheront désespérément des capacités de transport.

«Nous fonctionnons déjà à 95% de notre capacité, voir presque à 100%», raconte au bout du fil Pierre Aubin, président de l’Express du Midi, un transporteur de la Rive-Sud de Montréal, qui réalise en moyenne de 60 à 70 livraisons transfrontalières par semaine.

Ses camionneurs transfrontaliers sont tous adéquatement vaccinés depuis un certain temps, assure Pierre Aubin, qui possède deux autres entreprises de camionnage, Les Transports Audec et Les Transports Delson (un transporteur uniquement actif au Canada).

L’entrepreneur en a fait un critère d’embauche dans ses deux entreprises actives aux États-Unis.

Même si Ottawa devait reporter à la dernière minute la date butoir du 15 janvier, il est illusoire de penser que 20% des chauffeurs non vaccinés demanderont de l’être du jour au lendemain, estime Marc Cadieux.

Comme dans l’ensemble de la société, une minorité refusera toujours de se faire vacciner, même si cela implique de perdre son emploi.

Aussi, la pression et l’incertitude demeureront le pain quotidien des entreprises qui vendent et qui achètent des produits aux États-Unis dans un avenir prévisible.

 

 

 

 

 

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