Atmosphère survoltée autour du projet de REM

Publié le 20/01/2017 à 18:48

Atmosphère survoltée autour du projet de REM

Publié le 20/01/2017 à 18:48

Par lesaffaires.com

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a publié ce vendredi un rapport particulièrement critique à l'égard des financements du projet de transport collectif appelé réseau électrique métropolitain (REM). Irrités par le document, le premier ministre québécois et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain ont estimé que le bureau s'était engagé dans une analyse illégitime.

Pour mémoire, à la demande du gouvernement du Québec et en partenariat avec celui-ci, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ infra) propose un système de transport de type métro léger, appelé REM, en vue de répondre aux besoins actuels et futurs en transport collectif de la grande région de Montréal.

Mais le modèle de financement proposé par le gouvernement constitue un changement de paradigme en ce qui a trait au financement du transport, ont souligné les rapporteurs du BAPE, les réseaux publics n'étant généralement pas soumis à des impératifs de rendement financier.

«La commission d’enquête n’a pas eu accès aux données portant sur les revenus et les coûts d’exploitation. De plus, lors de l’analyse de la commission, il subsistait encore beaucoup d’inconnues concernant les aspects économiques et financiers du projet. La commission n’a également pas été en mesure d’obtenir des informations précises concernant le cadre financier prévu par la Caisse», indique le document.

Lors de son analyse portant sur la justification du REM, la commission a cherché à savoir s’il procurerait aux usagers du transport en commun une solution bonifiée par rapport à la situation actuelle. Dans l’ensemble, le projet offrirait une bonne capacité de transport dans les secteurs desservis, mais il soulève des préoccupations quant à la qualité du service offert aux usagers ou à la perception que ceux-ci en auraient.

«Le promoteur compte notamment sur l’abolition de plusieurs parcours d’autobus express et sur une restructuration des services maintenus pour acheminer la clientèle jusqu’aux stations du REM. Ceci aurait pour effet d’imposer de nouvelles correspondances à des usagers qui bénéficient actuellement d’un lien direct vers le centre-ville. Selon les prévisions d’achalandage, à peine 10% des usagers du REM proviendraient d’automobilistes qui délaisseraient la voiture et la plupart utiliseraient les nouveaux stationnements incitatifs pour se rendre jusqu’aux stations», poursuit le BAPE. Le projet aurait également pour effet d'imposer des correspondances, incitant plusieurs usagers à opter pour des lignes  déjà saturées.

Autrement dit, le REM contribuerait peu à l’atteinte de l’objectif métropolitain de hausser la part modale du transport collectif, à 30% d’ici 2021. 

Le projet de REM, d’une longueur de 67 km dont 44% au sol et 42% en structures aériennes, et ses 27 stations aura des répercussions sur le paysage montréalais. La commission d’enquête juge que très peu de détails ont été fournis quant à l’intégration architecturale des infrastructures du REM ou les retombés sur l'environnement.

«Il n’a pas été possible, sur la base des informations disponibles, d’évaluer pleinement les impacts et la pertinence des mesures d’évitement, d’atténuation et de compensation à mettre en place, ce qui va à l’encontre des principes préservation de la biodiversité et accès au savoir», signalent les rapporteurs.

En synthèse, le BAPE considère donc «qu'il serait prématuré d'autoriser la réalisation du projet de REM avant que l'ensemble de ces informations soit disponible».

«Aucun obstacle majeur»

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a pris acte des conclusions du BAPE de ne pas donner d’avis favorable au projet de réseau électrique. Toutefois, la Chambre n'a pu que réitéré que le projet est dans l’intérêt économique de Montréal, considérant que l’élargissement de l’analyse crée un précédent inquiétant et jette une ombre sur la légitimité de l’organisation.

« La communauté d’affaires appuie le projet sans réserve depuis son annonce. Le REM offrira une solution concrète et rapide au défi de la congestion routière de la région métropolitaine. Il desservira aussi des secteurs névralgiques comme l’aéroport Montréal-Trudeau et le centre-ville. Le REM répond à des besoins réels et pressants », a affirmé Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

« Il est impossible de réaliser un projet de cette ampleur sans impact environnemental. À ce chapitre, la Chambre est heureuse de constater que les conclusions du BAPE ne soulignent aucun obstacle majeur au projet pour des raisons environnementales », a-t-il ajouté.

Le rôle du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement est de se questionner sur les enjeux liés au développement durable des projets qui lui sont soumis, ce qui inclut l’appréciation de l’impact économique. Cependant, la Chambre estime que le BAPE a outrepassé son mandat en s’attardant à des questions qui relèvent plutôt du modèle d’affaires de CDPQ Infra et de sa prise de risque.

« Un retard important dans la réalisation du projet aura des répercussions sur l’économie et la fluidité des déplacements, alors que les coûts de congestion sont évalués à 1,8 milliard $ annuellement. Dans une perspective environnementale, les émissions de gaz à effet de serre liées à l’utilisation de l’auto solo continueront à croître tant que le REM ne sera pas en fonction. De plus, les projets de développement immobilier dans les axes du REM seront également affectés par ces retards. Tout doit être mis en oeuvre pour maintenir les échéanciers de réalisation proposés par CDPQ Infra », a conclu Michel Leblanc.

Ajustements

En marge du Forum économique mondial de Davos, Philippe Couillard a tenu à dire que le projet n'était «absolument pas» remis en question par l'analyse du BAPE. Le premier ministre québécois qui n'avait pas lu le rapport en détail, a indiqué à l'agence La Presse canadienne qu'il pourrait y avoir des «ajustements», mais il a tenu à rappeler que le BAPE est un organisme consultatif et que la décision appartenait au gouvernement.

«Les analyses économiques, ce type d'étude-là, je ne suis pas certain que c'est dans leur mandat précis de faire ça», a-t-il déclaré.Et d'assurer que le projet de réseau électrique irait de l'avant dans les échéanciers prévus.

Par voie de communiqué, le Parti québécois a dénoncé «l'opacité du gouvernement» sur le financement du projet et l'a accusé de «faire fi des risques financiers».


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