Comment les éditeurs québécois se préparent à l'arrivée du livre numérique

Publié le 21/11/2009 à 00:00

Comment les éditeurs québécois se préparent à l'arrivée du livre numérique

Publié le 21/11/2009 à 00:00

Par Alain McKenna

Le livre numérique constitue encore une rareté au Québec, mais il a passé le stade de la simple curiosité et force les éditeurs à se positionner pour profiter de ce marché lorsqu'il décollera.

Il y a déjà un million de consommateurs en Amérique du Nord qui possèdent une tablette électronique comme le Kindle, du géant Amazon, ou le Reader, de Sony. Le Kindle a été lancé au Canada le 17 novembre avec une collection de 300 000 titres en anglais. Le site de livres numériques shortcovers.com, mis en ligne en mars par la chaîne Indigo Books & Music, a déjà enregistré un million de téléchargements.

Le marché du livre électronique connaîtra une croissance très rapide dans les prochaines années : le cabinet Forrester Research prévoit qu'il y aura dix millions de tablettes sur le marché en 2012. Une vitesse d'adoption plus rapide que celle des baladeurs MP3 à leurs débuts !

Les éditeurs québécois flairent ce nouveau marché et comptent bien en profiter. Nous avons donc demandé à six grandes maisons d'édition de nous présenter les stratégies qui leur permettront de profiter de ce créneau prometteur.

Cibler l'ensemble de la francophonie

Les Presses de l'Université du Québec attendent l'avènement du livre numérique depuis 2005. Pour les livres universitaires, les bibliothèques et les centres de documentation sont déjà passés à l'ère du numérique. Cette adoption a permis à l'éditeur de Québec de découvrir deux filons prometteurs.

" Nous avons constaté que cette technologie relançait des titres qui n'existaient plus en version imprimée, explique Bianca Drapeau, directrice du marketing des Presses de l'Université du Québec. Nous avons aussi pu aborder de nouveaux marchés, comme l'Afrique et la France. Bref, cela nous permet d'aller chercher des lecteurs. " La francophonie est un marché potentiel de 200 millions de personnes.

" C'est une très grande occasion pour les éditeurs québécois. Je pense que le livre numérique ne met pas le livre traditionnel en péril. Au contraire, il ouvre de nouveaux marchés ", renchérit Gilles Herman, directeur des Éditions du Septentrion, un éditeur également établi à Québec. Près de la moitié des 600 titres publiés par Septentrion sont offerts en version numérique.

Gilles Herman siège au comité numérique de l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). L'association québécoise a conçu une plateforme informatique sur laquelle les éditeurs peuvent stocker leurs livres numériques. Si l'éditeur le désire, ceux-ci peuvent alors être ajoutés au catalogue de librairies en ligne comme Jelis.ca ou Livresquebecois.com.

En ce moment, on trouve environ 1 900 ouvrages sur la plateforme de l'ANEL, dont un millier de romans ou de livres grand public. Comme le numérique voyage bien, ces livres peuvent aussi se retrouver sur des sites français ou étrangers. " Des oeuvres françaises grand public vendues en format numérique, il en existe peut-être 3 000. Alors, proposer 1 000 oeuvres québécoises aux côtés de trois 3 000 oeuvres françaises, c'est toute une gageure ", croit M. Herman. Septentrion réalise le tiers des ventes de livres numériques à l'extérieur du Québec.

Miser sur la polyvalence du numérique

La moitié des 200 guides de voyage publiés par Ulysse sont offerts en version numérique. La proportion de ses ventes en ligne de livres numérique est de 15 % par rapport à l'ensemble de ses ventes. " Cela ne remplacera pas le papier, mais on ne prend pas de chance : si cela décolle, nous serons là ", dit Daniel Desjardins, président de l'éditeur montréalais.

M. Desjardins voit un marché naissant qu'on serait fou d'ignorer. " Les deux formats de livre sont complémentaires, particulièrement dans le secteur des guides de voyage. Il y a tout un côté pratique au numérique, il possède des fonctions que le livre traditionnel n'a pas. " Par exemple, pensons au géomarquage. Vous voyagez au Mexique ? Voici le chapitre que vous devriez télécharger...

Une aventure coûteuse et incertaine

Tout le monde ne partage pas cet optimisme. Pascal Assathiany, directeur général des éditions du Boréal, explique que si cette polyvalence convient bien aux guides de voyage, ce n'est pas le cas pour les romans.

Boréal, qui possède environ 1 800 titres, estime qu'il lui coûterait plusieurs dizaines milliers de dollars pour les numériser. Pour le moment, l'éditeur se contente de mettre à la disposition des internautes des parties de livres qu'ils peuvent feuilleter en se rendant sur le site de Google Books.

" Il faut revoir les contrats avec les auteurs, repenser la distribution, tout numériser. On sait que cela va coûter cher, mais on ne sait pas combien cela rapportera ", dit M. Assathiany. Comme cela a été le cas pour le livre traditionnel, il faudra un certain temps avant que le livre numérique prenne sa place. " En ce moment, tout le monde cherche, mais personne n'a trouvé [la bonne formule]. "

Jean-François Ouellet, professeur de marketing à HEC Montréal, croit lui aussi que le modèle du livre numérique québécois n'est pas encore au point. Il devra être plus simple à utiliser, et offert à un prix attrayant. " Il doit être simple, sinon il restera l'affaire des adopteurs précoces. C'est ce que fait Amazon. Sa tablette est simple et les livres ont un prix unique de dix dollars. "

Pour garder son modèle si simple, Amazon doit parfois vendre des livres à perte. Le géant se rattrape toutefois lors de la vente du Kindle, qui coûte 260 dollars américains.

Ce modèle ne plaît pas à tous. " Nous ne vendrons pas sur Amazon s'ils ne changent pas leur formule, explique Jean Pettigrew, des Éditions Alire. Nous n'avons rien contre le prix, mais nous voulons garder le contrôle sur le livre [pour, par exemple, le rééditer], et c'est le problème avec Amazon et Google Books. "

L'incursion de Google dans le livre électronique a donné lieu à un important débat : le géant informatique a numérisé des centaines de milliers de livres, dont plusieurs titres québécois. Il propose aux éditeurs de les vendre sur son site. Ça ne nuit pas à un éditeur comme Alire, qui a déjà numérisé tous ses ouvrages. Mais pour d'autres, qui aimeraient numériser des archives de plusieurs centaines d'oeuvres, c'est une avenue économique attrayante.

"Google Books n'est pas une menace, explique M. Pettigrew. Les éditeurs qui ont des centaines de titres à numériser seront tentés par son offre. Mais ils perdront plus le contrôle par la suite. C'est ce qui est dommageable pour notre industrie. "

Un prix plus bas

Si Amazon vend tous ses livres à dix dollars, les éditeurs québécois privilégient une autre approche. " Ce qui semble devenir la norme pour un livre numérique est d'en fixer le prix à 75 % de celui de sa version imprimée ", explique Jean Paré, directeur général des Éditions Transcontinental (Transcontinental est également propriétaire de Les Affaires), qui offrira bientôt 85 de ses 260 titres en version numérique.

Un prix de détail 25 % moins cher est proposé tant par Ulysse, que les Presses de l'Université du Québec et les Éditions du Septentrion. Tous voient d'un bon oeil l'arrivée de ce format de livre.

" Un livre dans un entrepôt, ça ne rapporte rien. Mais l'entreposer en format numérique ? L'avenir du livre est là, c'est évident ", pense Jean Paré.

Ce qu'il faut savoir avant d'acheter une tablette numérique

Vous songez à vous procurer une tablette électronique ? Pour vous aider à décider, voici un survol des caractéristiques de deux appareils vendus au Canada.

La connexion à Internet, principal atout du Kindle

Disponible depuis quelques jours au pays, le Kindle, commercialisé par le détaillant Amazon, accapare environ 70 % du marché aux États-Unis, devant le Reader de Sony.

Il se détaille à 260 dollars américains sur le site amazon.com. Le principal atout du Kindle se trouve dans la livraison du contenu : il est doté d'une connexion sans fil qui donne accès à une librairie virtuelle de 300 000 titres, directement sur l'écran de l'appareil. Amazon arrive cependant au Canada avec un catalogue composé exclusivement d'oeuvres de langue anglaise.

La plupart de ces livres numériques coûtent 10 $, une stratégie de commercialisation qui explique en partie son succès. Même le géant du commerce de détail Walmart a baissé le prix de ses livres imprimés à 10 $. Le Kindle permet aussi de s'abonner à de grands quotidiens américains.

Une plus grande capacité de stokage pour le Reader

Le Reader, de Sony est la tablette numérique la plus vendue au Canada. L'appareil se détaille entre 260 et 400 dollars, selon la version.

Toutefois, contrairement au Kindle, le Reader doit être branché à un ordinateur afin d'y transférer des livres numériques. Pour le moment, il ne permet pas de s'abonner à des journaux.

La boutique en ligne de Sony, en anglais seulement, est néanmoins reliée au catalogue de Google, ce qui fait passer le total d'oeuvres disponibles pour le Reader à 400 000.

La mémoire interne du Reader est de 512 mégaoctets. Elle est secondée par un lecteur de cartes mémoire qui peut faire grimper la capacité du Reader à 32 gigaoctets, permettant de stocker des livres, de la musique et des photos.

Par comparaison, la mémoire du Kindle est limitée à 2 gigaoctets, ce qui est tout de même suffisant pour emmagasiner 1 500 livres.

Les appareils couleurs prévus pour 2011

Cela dit, l'absence d'affichage couleur freine l'adoption des livres numériques.

Selon la firme spécialisée Displaysearch, la valeur du marché des tablettes électroniques se multipliera par vingt au cours des 10 prochaines années, grâce à la mise en marché de tablettes à affichage couleur. Il pourrait passer de 431 millions de dollars américains, cette année, à 9,6 milliards en 2018.

Jennifer Colegrove, directrice de l'analyse du marché des technologies d'affichage de Displaysearch, prévoit que les premières tablettes à écran couleur, attendues d'ici 2011, joueront le rôle de catalyseur de la croissance de ce marché, au point de devenir la technologie dominante en 2013.


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