L’industrie culturelle canadienne demande à Ottawa de la protéger contre les IA

Publié le 12/02/2024 à 15:31, mis à jour le 12/02/2024 à 15:58

L’industrie culturelle canadienne demande à Ottawa de la protéger contre les IA

Publié le 12/02/2024 à 15:31, mis à jour le 12/02/2024 à 15:58

Par La Presse Canadienne

Le syndicat des acteurs ACTRA affirme que l’utilisation effrénée de l’IA pourrait entraîner une utilisation abusive des noms et des images des personnes dans des vidéos artificiellement conçues, voire même le remplacement complet des acteurs. (Photo: La Presse Canadienne)

Les acteurs, réalisateurs et musiciens du Canada tirent la sonnette d’alarme sur l’intelligence artificielle (IA), affirmant qu’elle menace leur gagne−pain et leur réputation. 

Des groupes représentant les personnes qui travaillent dans les domaines de la télévision, du cinéma et de la musique demandent au gouvernement fédéral de protéger leurs industries dans sa législation sur l’IA.

Le syndicat des acteurs ACTRA affirme que l’utilisation effrénée de l’IA pourrait entraîner une utilisation abusive des noms et des images des personnes dans des vidéos artificiellement conçues, voire même le remplacement complet des acteurs.

«Dans le secteur du divertissement, notre réputation, y compris notre nom, notre image et notre ressemblance, est tout ce que nous avons. Nous sommes la marque», a déclaré lundi la présidente nationale, Eleanor Noble, devant le comité de l’industrie de la Chambre des communes.

Le comité étudie le projet de loi sur l’intelligence artificielle et les données proposé par le gouvernement, présenté comme un cadre réglementaire visant à faire progresser le développement tout en protégeant les individus et les communautés des effets négatifs.

«La différence entre obtenir un emploi un jour et ne pas en obtenir un le lendemain peut se résumer aux choses les plus infimes, a expliqué Mme Noble, y compris la réputation de chacun.»

 

Demandes pour étiqueter clairement 

L’année dernière, l’impact de l’IA a été au cœur de deux grandes grèves d’acteurs et de scénaristes aux États−Unis.

La Guilde canadienne des réalisateurs affirme que l’IA générative, comme le «ChatGPT», reproduit de grandes quantités de travail sans autorisation ni compensation, la qualifiant de menace existentielle.

Il est souvent «très difficile pour les ayants droit de savoir quand leurs œuvres ont été utilisées sans leur consentement pour former des modèles d’IA», a insisté Dave Forget, directeur national de la Guilde.

L’IA générative est entraînée avec de grandes quantités de matériel existant, comme des textes écrits, des images et des vidéos, que le système peut ensuite utiliser pour créer son propre travail.

Par exemple, un système alimenté par une série de livres comme «Game of Thrones», de George R.R. Martin, peut alors être invité à créer sa propre version pour compléter la série «dans le style de l’auteur».

On ne sait toujours pas clairement comment la loi sur le droit d’auteur s’applique à l’IA au Canada. Le gouvernement libéral a récemment organisé une consultation sur le droit d’auteur et l’IA générative, tandis qu’une série de poursuites très médiatisées sur la question ont été intentées aux États−Unis.

L’association Music Canada affirme que le contenu généré par l’IA devrait être étiqueté comme tel afin que les gens puissent faire la différence. «Aujourd’hui, nous nous trouvons devant un terrain inquiétant avec l’IA», a déclaré le directeur général Patrick Rogers, qui a cité l’exemple d’une image artificielle virale du pape François vêtu d’un gros manteau d’hiver Balenciaga.

«Une fois que vous avez appris ce qu’il faut rechercher, vous comprenez que l’image du pape dans la doudoune blanche n’est pas une vraie photo du pape. Mais cette technologie (…) s’améliore chaque jour.»

La Loi sur l’intelligence artificielle et les données, qui fait partie du projet de loi C−27, ciblerait ce que l’on appelle les systèmes d’IA «à incidence élevée».

Le projet de loi a été déposé pour la première fois avant l’essor des systèmes d’IA générative. Les libéraux prévoient maintenant d’inclure des règles pour cette technologie, notamment en exigeant que les entreprises prennent des mesures pour étiqueter le contenu, avec des «filigranes».

Anja Karadeglija, La Presse Canadienne

 

 

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