Une fabrique à ingénieurs digne du MIT

Publié le 29/11/2008 à 00:00

Une fabrique à ingénieurs digne du MIT

Publié le 29/11/2008 à 00:00

Par Pierre Théroux

Dans les hauteurs du mont Carmel, surplombant la Méditerranée et accessible par une route sinueuse, se trouve l'un des plus importants réservoirs de connaissances et de développement d'Israël.

C'est ici, sur le campus de l'Institut technologique du Technion, regroupant aujourd'hui 85 bâtiments sur une superficie de 120 hectares, que plusieurs générations d'étudiants ont été formés avec l'importante mission de bâtir Israël.

Son origine remonte à 1924, donc avant même la création de l'État hébreu, alors que les penseurs de la plus ancienne des universités israéliennes entendaient miser sur la matière grise pour façonner l'avenir de leur pays. " Le Technion a pavé la voie à la construction d'Israël. Encore aujourd'hui, il contribue grandement à son développement ", rappelle Moshe Eizenberg, vice-président directeur à la recherche.

À n'en pas douter, Albert Einstein, qui fut le premier président du Technion, serait fier du chemin accompli. " Israël ne peut survivre qu'en développant son savoir-faire technologique ", disait alors le célèbre physicien allemand.

Du développement des infrastructures au Nobel de chimie

De l'électricité aux réseaux routiers et de télécommunications à la création d'industries traditionnelles et la conception d'avions, en passant par la production de logements préfabriqués visant à répondre à la demande des immigrés, le Technion " a joué un rôle important dans le développement de l'infrastructure industrielle du pays et le renforcement de ses capacités de défense ", souligne Moshe Eizenberg.

L'Institut a aussi fait oeuvre de pionnier en matière d'entreprises à vocation technologique. On dit que 70 % des ingénieurs israéliens et les trois quarts des fondateurs et gestionnaires des entreprises high-tech israéliennes sont issus du Technion, surnommé le MIT (Massachusetts Institute of Technology) du Moyen-Orient. Un grand nombre de ses diplômés occupent aussi des fonctions importantes dans les organismes gouvernementaux, universitaires et liés à la défense nationale.

Quelque 85 ans et 80 000 ingénieurs, scientifiques, physiciens, et architectes diplômés plus tard, le Technion a aussi acquis une réputation mondiale pour son travail innovateur dans les domaines de l'informatique, de la biotechnologie, de l'aérospatiale et de la médecine.

En 2004, deux de ses professeurs de la Faculté de médecine ont été récompensés du prix Nobel de chimie pour leur découverte sur les mécanismes de dégradation des protéines et le rôle joué par l'ubiquitine. La découverte des chercheurs Aron Ciechanover et Avraam Hershko s'avère importante pour la compréhension de certaines maladies, tels l'Alzheimer, le cancer, le Parkinson et la leucémie.

Un vivier de talents

Mais n'entre pas qui veut dans ce temple du savoir, où les quelque 900 professeurs se comparent avantageusement au corps professoral d'établissements reconnus du calibre du MIT. Les 12 000 à 13 000 étudiants qui fréquentent l'institution annuellement, dont le quart dans les cycles supérieurs, sont sélectionnés en fonction de critères sévères établis par différents tests et questionnaires.

D'ailleurs, c'est en raison de la qualité des diplômés du Technion que les géants Intel, Microsoft, Google, IBM et Hewlett-Packard ont installé des centres de recherche et de développement à un jet de pierre du prestigieux institut, au pied du Mont Carmel et en bordure de la Méditerranée.

Initialement consacré à la formation d'ingénieurs, avec seulement 16 élèves à sa première année d'existence, le Technion est aujourd'hui composé de 18 Facultés, dont 10 en ingénierie, qui offrent plus de 100 programmes dans les trois cycles d'enseignement supérieur.

Les disciplines enseignées au Technion comprennent le génie (aérospatial, agricole, biomédical, chimique, civil, électrique, alimentaire et biotechnologique, industriel et gestion, mécanique, matériaux), les sciences (biologie, chimie, informatique, mathématiques, physique, médecine), ainsi que l'architecture et l'urbanisme.

Le Technion prépare aussi ses étudiants à devenir chefs d'entreprise, en offrant un cursus de cours allant du dépôt de brevet à la gestion de la croissance d'une société.

Pôles d'excellence

Certains des choix de l'université ont été influencés par les gouvernements israéliens. Au tournant des années 1950, le Technion s'est doté d'une faculté d'aéronautique dont la collaboration avec Israel Aircraft Industries a permis de développer des avions espions sans pilote (connus sous le nom de " drones ").

Plus récemment, en 1991, le Technion a créé des centres d'excellence, jugés essentiels au développement technologique et scientifique d'Israël.

Ces pôles d'excellence exercent leur activité dans les domaines des biotechnologies, des technologies de la communication et de l'information, des fluides complexes, des microstructures et des macromolécules, de la médecine moléculaire et de l'optoélectronique. Toutes les facultés sont mises à contribution.

" Il n'y a pas de frontières. Les programmes d'étude et de recherche sont établis pour favoriser les échanges entre les facultés et les départements ", souligne M. Eizenberg.

Le Technion vient d'ailleurs de mettre sur pied un institut qui rassemble toutes les activités des nanosciences et des nanotechnologies. L'Institut de nanotechnologie Russel Berrie mettra à contribution quelque 100 universitaires et 300 étudiants diplômés et postdoctorants, spécialistes dans les domaines de la nanoélectronique, de la nanoptique, des nanomatériaux et nanoparticules, de la nanomécanique, de la nanobiotechnologie et de la nanomédecine.

La création de cet institut a nécessité des investissements privés et publics de près de 90 millions de dollars américains, un financement sans précédent pour ce type d'institut de recherche.

Le Technion disposait en 2007-2008 d'un budget de 250 millions de dollars américains, financé aux trois quarts par le gouvernement israélien.

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