Enerkem, l'entreprise québécoise qui transforme vos déchets en biocarburant

Offert par Les Affaires


Édition du 21 Novembre 2015

Enerkem, l'entreprise québécoise qui transforme vos déchets en biocarburant

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Édition du 21 Novembre 2015

Le président d’Enerkem, Vincent Chornet, juge les perspectives de marché très favorables.

Dans Retour vers le futur II, le fantasque Doc Brown fait fonctionner sa fameuse DeLorean à partir de détritus. Avec Enerkem, la réalité rattrape la fiction, grâce à une technologie capable de produire du biocarburant à l'aide de déchets.


La production de biocarburant à base de biomasse végétale, et notamment celle d'éthanol se servant de cultures comme le soja et le maïs, suscite de nombreuses critiques. L'utilisation d'importantes surfaces de terres agricoles pour produire du biocarburant plutôt que de la nourriture, ou la pression à la hausse sur le prix de certains grains, fait grincer bien des dents.


Tandis que le biocarburant de première génération devient de plus en plus controversé, des entreprises proposent une solution de rechange : les biocarburants de deuxième génération. Fabriqués à l'aide de déchets et de résidus végétaux, ils n'entrent plus en concurrence avec l'alimentation.


Fondée en 2010, Enerkem a mis au point une technologie novatrice pour transformer les déchets ultimes (qui ne sont ni recyclables ni compostables) en biocarburants et produits chimiques renouvelables. «En une dizaine de secondes, cette matière est convertie en gaz de synthèse, soit un mélange d'hydrogène et de monoxyde de carbone, explique Vincent Chornet, président et chef de la direction de l'entreprise montréalaise. Ce gaz est ensuite conditionné et purifié, puis converti en méthanol liquide ou en éthanol liquide. Au total, le procédé prend quatre minutes.»


Depuis 2003, l'entreprise de 210 employés a développé et perfectionné sa technologie à son usine-pilote de Sherbrooke, en étroite collaboration avec l'Université de Sherbrooke. Puis, en 2009, elle a ouvert une usine de démonstration commerciale à Westbury. À partir de poteaux téléphoniques usagés et de matières résiduelles, elle y produit annuellement 5 millions de litres de biocarburant et produits chimiques verts. Inaugurée en 2014, l'usine d'Edmonton, 10 fois plus grande que celle de Westbury, produit 36 millions de litres de biométhanol, surtout utilisé au Canada pour remplacer le méthanol régulier dans des produits chimiques d'usage courant. En Europe, il est additionné à l'essence, comme l'est l'éthanol en Amérique du Nord. Enerkem ajoute présentement un îlot de conversion de méthanol en éthanol, qui deviendra opérationnel en 2016.


Un marché qui explose


Le procédé d'Enerkem a suscité plusieurs espoirs, mais quelques voix l'ont aussi mis en doute. Dans un article de La Presse du 20 mai 2014, un chimiste ayant requis l'anonymat doutait du fait que la purification du gaz de synthèse à base de déchets disparates puisse se faire en continu à prix raisonnable. Des fabricants de tuyaux et de systèmes de transport de gaz soutenaient par ailleurs que les tuyaux se bloquaient très vite, obligeant l'entreprise à stopper ses opérations pour tout nettoyer.


Des critiques qui ont étonné Vincent Chornet. «Nous n'avons jamais fait face au problème soulevé par ce chimiste. La force de la technologie d'Enerkem, reconnue mondialement dans notre secteur scientifique, est justement sa capacité à produire le gaz de synthèse.»


Vincent Chornet met ces critiques sur le compte d'un conflit qui opposait, à l'époque, son entreprise à cinq fournisseurs ayant participé à la construction des systèmes de l'usine d'Edmonton. Ceux-ci déploraient des dépassements de coût et des retards de paiement.


Chose certaine, l'entrepreneur regarde l'avenir avec optimisme, en raison de perspectives de marché qu'il juge très favorables. L'enjeu de plus en plus complexe de l'enfouissement des déchets en Amérique du Nord, mais aussi en Europe ou en Chine, rend les municipalités avides de solutions de rechange pour valoriser leurs déchets.


De plus, plusieurs États cherchent à imposer des niveaux plus élevés d'éthanol dans l'essence. «Les pays tendent vers une proportion d'environ 10 %, précise Vincent Chornet. C'est déjà le cas aux États-Unis et dans l'est du Canada, alors que le taux en Europe est de 3 %, et en Asie, de 1 %. Ces États offrent souvent des incitatifs financiers pour encourager l'utilisation des biocarburants de deuxième génération.


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