Analyse: les pharmaceutiques sous haute pression

Publié le 28/03/2009 à 00:00

Analyse: les pharmaceutiques sous haute pression

Publié le 28/03/2009 à 00:00

Par Jean-François Cloutier

C'est pourquoi une vague de transactions secoue le secteur depuis le début de l'année.

L'américaine Pfizer a d'abord annoncé, fin janvier, qu'elle achetait sa rivale Wyeth pour 68 milliards de dollars américains (G$ US). Puis, début mars, Merck annonçait l'achat de Schering-Plough pour 41 G$ US. La suisse Roche est entrée dans la danse, quelques jours tard, en devenant l'unique propriétaire de la biotech californienne Genentech. Elle a ainsi acheté la participation de 44,1 % qui lui manquait, pour 46,8 G$ US.

Résultat : les fusions et acquisitions de sociétés pharmaceutiques ont représenté 82 % de la valeur des toutes les acquisitions réalisées en Amérique du Nord depuis le début de 2009, selon MergerMarket.

Raison de ce remue-ménage : de graves problèmes qui pointent à l'horizon pour les géants pharmaceutiques, selon les experts. " C'est le symptôme d'un secteur en faible croissance, qui va plus ou moins bien et qui cherche à réduire ses coûts pour demeurer concurrentiel ", explique Nicolas Bednarek, gestionnaire au Groupe Fonds des professionnels.

" Les grandes entreprises pharmaceutiques tentent de pallier le manque de productivité de leurs laboratoires de recherche par des acquisitions ", dit pour sa part Michael Sjöström, chef des investissements chez Sectoral Asset Management, une firme de Montréal spécialisée dans l'investissement en santé.

Gagner du temps d'ici l'expiration des brevets

Des économies dans les services administratifs et dans le marketing pourraient faire augmenter les marges bénéficiaires des pharmaceutiques et compenser une baisse des recettes rapportées par certains médicaments-vedettes, souligne M. Sjöström. " Ça leur permet d'acheter du temps. Elles peuvent ainsi envisager la période de 2010 à 2013 de façon plus sereine. "

Cela n'est qu'une solution temporaire. Bien que les grands groupes pharmaceutiques continuent d'engranger des bénéfices souvent appréciables - ce qui leur donne les moyens de financer des acquisitions d'envergure - plusieurs sont au bord du précipice.

D'ici 2013, les brevets de divers médicaments très lucratifs comme Lipitor, Plavix, Viagra et Zyprexa viendront à échéance. À partir de ce moment, d'autres sociétés pharmaceutiques pourront fabriquer des médicaments génériques équivalents.

Les sommes en jeu sont gigantesques. Par exemple, Pfizer estime que l'expiration du brevet de Lipitor (un médicament pour réduire le cholestérol) la privera de revenus annuels de 12 milliards de dollars américains dans le monde, dont 6,53 milliards aux États-Unis.

Au même moment, le portefeuille de médicaments prometteurs est presque vide, en dépit des milliards de dollars investis en recherche depuis plusieurs années.

Une autre ombre : la réforme du système de santé aux États-Unis

Une autre menace plane sur les géants pharmaceutiques et les force à rechercher des synergies. La réforme du système de santé prévue par l'administration Obama aura des conséquences irréversibles, croit M. Sjöström.

Bien qu'on n'en connaisse pas encore les détails, cette réforme est perçue comme un effort du gouvernement américain pour brider la croissance des dépenses dans la santé, ce qui réduira les marges bénéficiaires des groupes de soins privés et des géants pharmaceutiques.

" Les dépenses dans la santé augmentent plus vite que l'inflation et les États-Unis ont de plus en plus de difficulté à les financer, explique M. Sjöström. Il faut s'attendre à ce que des réductions de coûts soient exigées de la part des entreprises privées. "

Dans ce contexte, les médicaments vendus à fort prix par les grandes pharmaceutiques et qui diffèrent peu de certains produits génériques risquent d'être délaissés, croit M. Sjöström.

Et si la réforme permet aux 46 millions d'Américains privés d'assurance de soins de santé d'acheter des médicaments et de gonfler la clientèle des pharmaceutiques, ces dernières n'y gagneraient pas au change, car elles devraient abaisser leurs prix, dit M. Sjöström.

Tout n'est pas noir

Pour autant, tout n'est pas noir dans le secteur pharmaceutique. Étant donné qu'elle oeuvre dans un créneau vital, l'industrie résiste habituellement bien aux récessions, dit Constantine Kostarakis, gestionnaire de portefeuilles chez Pfiffner, à Montréal.

Le secteur américain de la santé (S&P 500 Healthcare Index) a perdu 24,4 % en 2008, ce qui représente un bien meilleur rendement que le S&P 500, qui a fondu de 38,5 %.

Paradoxalement, la crise du crédit pourrait aussi sourire aux géants pharmaceutiques, en les aidant à mettre la main sur les portefeuilles de médicaments prometteurs de petites firmes étranglées par le manque de financement, pense M. Sjöström.

De plus, les perspectives de croissance restent attrayantes à long terme, dans le contexte où un nombre croissant de Chinois et d'Indiens ont les moyens de se payer des soins dont ils ne pouvaient que rêver il y a quelques années.

" Les pays émergents contribuent déjà de façon sensible à la croissance de l'industrie de la santé ", souligne M. Sjöström.

C'est entre autres pourquoi il reste optimiste à long terme et croit que l'industrie pharmaceutique traversera bien les écueils actuels. " On peut s'attendre à de belles surprises du côté des grands acteurs ", souligne l'expert de Sectoral Asset Management.

jean-francois.cloutier@transcontinental.ca


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