Opep : baisse de la production en vue

Publié le 23/10/2008 à 00:00

Opep : baisse de la production en vue

Publié le 23/10/2008 à 00:00

Par La Presse Canadienne
Le baril était à 147 dollars en juillet, et pour faire regrimper un peu les cours, les 13 pays du cartel envisagent une réduction "significative" de leur production, actuellement d'environ 29 millions de barils/jour. Très inquiets, ils ont même abruptement avancé leur réunion prévue à la mi-novembre.

Les pays de l'Opep, qui produisent 40% du pétrole mondial, "paniquent un peu. Ils avaient sous-estimé ce que se passe quand la bulle implose", juge l'analyste Stephen Schork, de Villanova (Pennsylvanie).

Mais, même si les cours de l'or noir remontent, les producteurs risquent d'avoir mangé leur pain blanc: alors que la récession est en passe de s'étendre sur la planète, cette crise risque de sonner le glas du pétrole cher.

Et le bras-de-fer a commencé entre les différentes positions au sein du cartel: jeudi, le ministre iranien du Pétrole Gholam Hossein Nozari a mis la barre très haut, évoquant une réduction de deux millions de barils/jour comme seule capable de stabiliser les cours.

Deuxième producteur de l'Opep, l'Iran est partisan de la "ligne dure" en matière de prix et de production. A contrario, le numéro un mondial, l'Arabie saoudite, qui joue habituellement le rôle de frein, restait muet à la veille de la réunion.

Prudent, et incarnant la situation délicate d'une Opep sur la corde raide, le président en exercice du cartel, l'Algérien Chakib Khelil, notait lui que s'il fallait bien sûr "discuter" d'une réduction, l'Opep doit aussi éviter toute décision qui risquerait d'aggraver la crise mondiale. En outre, trop réduire affecterait "des pays déjà affectés par la crise économique", pas assez pourrait pousser certains pays de l'Opep dans la même catégorie, résumait-il.

Hors Opep aussi, les tractations vont bon train: le secrétaire général du cartel, le Libyen Abdullah al-Badri, était à Moscou pour des pourparlers, alors que des analystes estiment que le cartel pourrait demander à des producteurs extérieurs, au premier rang desquels la Russie, de coopérer.

D'ailleurs, jeudi, Vitali Karaganov, responsable du pétrole et du gaz au ministère de l'Energie, est devenu le premier officiel russe à évoquer une baisse de la production en 2008, de 0,3%, pour la première fois depuis une décennie. En 2007, la production pétrolière russe avait atteint les 9,87 millions de b/j (plus 2,3%).

Les cours remontaient très modérément à la veille de la réunion, après avoir terminé à 66,75 dollars le baril, soit la clôture la plus basse depuis le 13 juin.

Car le principal facteur décisif reste la demande, et tous les yeux sont tournés vers les sombres prévisions concernant le premier consommateur de la planète, les Etats-Unis: "le pétrole est désormais fortement corrélé avec la bourse", note Clarence Chu, courtier en matières premières sur le marché de Singapour.

La certitude d'une baisse de production importante semble déjà intégrée, et les observateurs doutent d'un réel effet sur les cours à moins d'une réduction de 1,5 à 2 millions de barils. En outre, le cartel étant notoirement connu pour toujours dépasser ses quotas...

Tablant sur une remontée des prix "à court terme" après vendredi, Clarence Chu souligne que "la production de l'Opep a toujours été supérieure aux quotas, il y a donc un problème de crédibilité".

L'Iran et le Venezuela, les "faucons" partisans de cours élevés, ont une marge bénéficiaire plus étroite que d'autres car leur pétrole, plus lourd et sulfureux, se vend moins cher que le brut de référence. Ils souhaitent aujourd'hui un pétrole à 100 dollars le baril pour l'Iran, 80 ou 90 pour le Venezuela.

L'Arabie saoudite, elle, qui peut produire pour bien moins cher, freine traditionnellement les réductions trop importantes. Mais au regard de l'ampleur de la dégringolade actuelle, les Saoudiens risquent fort de devoir céder à la pression des "faucons"...

Un des scénarii de compromis possibles serait une réduction en deux temps, l'une décidée vendredi, la suivante, seulement si besoin est, lors de la prochaine réunion, le 17 décembre à Oran, en Algérie.

L'analyste londonien John Hall met quant à lui en garde le cartel, qui risque de se tirer une balle dans le pied s'il réduit trop drastiquement, et trop vite, sa production. "Nous avons besoin de stocks importants afin de pouvoir faire face à des problèmes d'approvisionnement sans que cela débouche sur la volatilité des prix", juge-t-il. Faute de quoi, cela risquerait d'alimenter et prolonger encore la récession.

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