Le marché est favorable pour relancer la mine de Murdochville

Publié le 06/04/2022 à 07:30

Le marché est favorable pour relancer la mine de Murdochville

Publié le 06/04/2022 à 07:30

Par François Normand

La municipalité de Murdohville a abrité une mine de cuivre qui a été exploitée de 1955 à 1999. (Photo: Félix Rioux)

L’explosion du prix du cuivre et la forte demande anticipée pour ce minerai d’ici 2050 expliquent pourquoi Métaux Osisko ambitionne de relancer l’ancienne mine de Murdochville, propriété de la minière Glencore, mais sans une fonderie.

En entrevue à Les Affaires, le président et chef de la direction de Métaux Osisko, Robert Wares, souligne que les conditions du marché ont bien changé depuis la fermeture de Mines Gaspé, en 1999, soit 44 ans après son inauguration en 1955 (une filiale de la minière Noranda, jusqu’au début des années 1980).

«Nous allons vivre dans un marché avec un prix du cuivre supérieur à 4 $ US la livre. C’est la raison principale pour laquelle on s’est aventuré dans ce projet-là», dit au bout de fil celui qui a déjà travaillé à la mine de Murdochville, dans les années 1990, à titre de consultant en géologie.

Mardi après-midi, le cuivre s'échangeait à environ 4,70 $ US la livre, soit plus de six fois la valeur moyenne du minerai sur les marchés en 1999 (0,73 $ US), selon le site Macrotrends.

Depuis le début de l’année, le cuivre s’est échangé en moyenne à 4,55 $ US la livre, soit un peu plus que la moyenne de 2021 (4,24 $ US).

En 2011, le minerai s’est échangé en moyenne à 4 $ US, mais sa valeur a fondu de moitié pour atteindre 2,20 $ US la livre, en 2016. Depuis, le cuivre affiche une tendance à la hausse, avec une explosion des prix en 2021 et 2022.

 

La demande mondiale doublera d’ici 2050

La demande de cuivre sera aussi très forte d’ici 2050 en raison des efforts pour décarboner l’économie et les transports, souligne Robert Wares.

«Il faudra doubler la production mondiale pour arriver à répondre à la demande», dit-il, en précisant qu’il faut 10 fois plus de cuivre pour construire une voiture électrique qu’une voiture à essence.

On sous-estime peut-être la demande de cuivre d’ici le milieu du siècle, selon certaines analyses.

Car, selon une analyse du Fonds monétaire international (FMI) publiée en novembre, l’utilisation du cuivre doublerait d’ici 2050, «même s’il s’agissait aussi de répondre à des besoins autres que ceux liés aux énergies propres».

Le 28 mars, Métaux Osisko et Glencore (propriétaire des anciennes installations à Murdochville) ont signé une entente en vertu de laquelle la première pourrait à terme acheter la mine de la seconde, et ce, afin de relancer potentiellement les activités minières en 2026-2027, selon Robert Wares.

Mais rien ne le garantit pour l’instant.

D’ici le 30 juin, Métaux Osisko procédera à des forages pour confirmer la présence de cuivre en quantité suffisante au coût de 5 millions de dollars canadiens (M$ CA), et ce, afin de vérifier si le gisement est exploitable.

Si ces tests sont concluants, Métaux Osisko aura alors jusqu’à la fin septembre pour verser à Glencore 25 M$ US (31,2 M$ CA) sous la forme d’actions, ce qui lui permettra d’acquérir 100% des actifs de la mine.

Cette étape nécessitera aussi un transfert de concessions minières de la part du gouvernement du Québec.

Par la suite, Métaux Osisko devra notamment débourser un autre 20 M$ CA afin de faire les études environnementales et de faisabilité économique, sans parler du processus d’obtention des permis.

Au total, la minière devra investir 55 M$ CA pour prendre la décision finale de relancer ou non la mine de Murdochville.

 

Plus de 1 G$ pour relancer la mine

Et si Métaux Osisko va de l’avant, l’entreprise investira plus de 1 milliard de dollars pour aménager une nouvelle mine à ciel ouvert, un nouveau moulin, des infrastructures et de nouveaux parcs pour les résidus miniers.

Même si une éventuelle nouvelle mine n’exploitait pas de fonderie (l’ancienne mine, elle, transformait sur place le cuivre), elle emploierait de 700 à 800 personnes, et ce, dans une ville comptant un peu plus de 600 habitants, selon le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.

Selon l’entente du 28 mars, Glencore achèterait éventuellement le minerai de cuivre extrait par Métaux Osisko afin de le transformer par la suite dans l’une de ses fonderies — elle exploite notamment la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda.

Une éventuelle mine serait exploitée «pour un minimum de 15 ans», explique Robert Wares.

Du minerai de cuivre extrait à Murdochville. (Photo: Wikipedia Commons)

L’acceptabilité sociale du projet sera aussi un enjeu, dans cette communauté qui a été échaudée par la fermeture de Mines Gaspé, en 1999 — Murdochville a déjà compté 5 000 habitants, à l’époque où l’ancienne mine employait 1300 personnes.

Jointe par Les Affaires, la mairesse Ritchie-Roussy a indiqué que les ambitions de Métaux Osisko étaient «une bonne nouvelle», notamment parce qu’il y aurait moins de pollution en raison de l’absence d’une fonderie.

 

«On ne veut plus de mono-industrie»

Pour autant, la ville, qui a diversifié tranquillement son économie en s’appuyant sur les activités récréotouristiques (notamment avec la présence de Chic-Chac, spécialisée dans le tourisme d’aventure et de plein air), ne souhaite pas non plus devenir dépendante à nouveau d’une grande entreprise.

«On ne veut plus de ça, d’une mono-industrie», dit la mairesse avec insistance.

Cela dit, elle demeure optimiste, et estime que la communauté peut cohabiter avec une nouvelle exploitation minière à Murdochville.

Les revenus fiscaux seraient aussi intéressants pour la municipalité, dont les infrastructures «ont besoin d’amour», affirme Délisca Ritchie-Roussy, notamment en ce qui a trait à l’aqueduc municipal.

Robert Wares est bien conscient de cet enjeu — il avait parlé à la mairesse avant de nous accorder cet entretien. Il se dit prêt à discuter avec la ville afin de savoir si Métaux Osisko ne pourrait pas contribuer à financer la mise à niveau de certaines infrastructures.

«Ça se négocie», dit-il, en précisant que les besoins d’investissements en infrastructure pourraient s’élever jusqu’à 30 M$.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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