Entente sur la forêt boréale: la lente transformation d’une demande

Publié le 27/05/2010 à 16:21

Entente sur la forêt boréale: la lente transformation d’une demande

Publié le 27/05/2010 à 16:21

Par Mathieu Lavallée

Photo: Bloomberg.

Il a fallu près de dix ans d’efforts aux groupes environnementaux pour parvenir à une entente avec la plupart des joueurs du secteur forestier protégeant près de 30 millions d’hectares de forêts au pays et pour obtenir des pratiques plus durables dans l’industrie. Dans ce rapprochement, il ne faudrait toutefois pas négliger le rôle des milieux d’affaires, qui ont forcé l’industrie forestière à s’ajuster en réclamant eux-mêmes des produits plus respectueux de l’environnement.

« Il y a cinq ans, il n’y a pas d’éditeur au Québec qui imprimait sur du papier recyclé à l’exception d’Écosociété », a lancé en guise d’exemple Josée Breton, porte-parole pour le Québec de Canopée, un organisme qui vise à modifier les pratiques d’affaires pour mieux protéger l’environnement. Mais depuis, le papier recyclé est devenu la norme dans l’industrie, explique-t-elle.

Pour Mélanie Filion, directrice intérimaire de Greenpeace au Québec, l’émergence d’une nouvelle demande du côté des compagnies est devenu un « élément déclencheur », comme elle l’a expliqué en entrevue au lendemain de l’annonce de l’entente.

« Lorsque des clients corporatifs se sont dotés de politiques qui donnaient la préférence à du papier recyclé avec des échéanciers pour la mise en œuvre, cela a envoyé un signal fort auprès de leurs fournisseurs », a poursuivi la responsable de l’organisme.

Les grands consommateurs de papier comme les éditeurs et imprimeurs ont joué un rôle important dans cette démarche, mais les libraires et les détaillants de produits de rénovation et construction ont également pris leur place.

Par exemple, Rona s’est doté d’une politique en novembre 2008 qui couvre non seulement l’utilisation du papier à l’interne, mais aussi les différents produits de bois qu’elle propose à sa clientèle. La bannière a depuis rassemblé dans cinq magasins – trois au Québec et deux en Ontario – son bois d’œuvre certifié  FSC.

« Je pense que nous avons sous-estimé l’impact que nous pouvions avoir. Nous avons été surpris de répercussions que notre politique a entraînées dans l’industrie », a confié en entrevue Normand Dumont, premier vice-président à la commercialisation de Rona.

Selon lui, les objectifs clairs de leur politique et les objectifs réels fixés par la compagnie ont fait la différence. Il a fallu ensuite établir des ententes pour réussir à obtenir les approvisionnements voulus. Par exemple, Rona veut que 25 % de son offre de bois d’œuvre soit certifié FSC d’ici la fin 2012.

Si les demandes du détaillant québécois ont été bien reçues par l’industrie forestière, celles d’autres acteurs ont été moins bien accueillies. Les librairies Indigo par exemple ont un programme depuis 2007 pour inciter les éditeurs à utiliser davantage de papier recyclé dans leurs ouvrages et à offrir plus d’information et de transparence sur le contenu des livres aux consommateurs. Mais à l’époque, ils ont eu droit à des réactions mitigées.

« Certains éditeurs ont été surpris de voir que nous voulions nous engager dans cette voie alors que d’autres progressaient déjà avec leurs propres objectifs environnementaux », a relaté Michelle White, directrice du développement durable chez Indigo. En fait, pour ces éditeurs, la volonté du libraire devenait la suite logique de leur démarche et offrait un moyen de rejoindre plus directement les consommateurs, nous a expliqué Mme White.

Mais si de grands acheteurs corporatifs ont pu mettre beaucoup plus de poids dans la balance, ils ont également dû se mettre au diapason avec leurs consommateurs. « Les forestières ont été influencées à cause de nos politiques parce que nous sommes leurs clients, mais il ne faut pas oublier que nous avons aussi une clientèle qui avait ses propres demandes », a concédé M. Dumont.

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