De combien de pipelines le Canada a-t-il vraiment besoin?

Publié le 04/06/2021 à 11:51

De combien de pipelines le Canada a-t-il vraiment besoin?

Publié le 04/06/2021 à 11:51

Par La Presse Canadienne

(Photo: Jason Franson pour La Presse Canadienne)

Des responsables fédéraux se sont demandé de combien de pipelines le Canada avait vraiment besoin dans les jours qui ont suivi l’annulation de celui de Keystone XL par le président américain Joe Biden.

La question a été posée dans une note d’information de Ressources naturelles Canada transmise à La Presse Canadienne en vertu de la législation fédérale sur l’accès à l’information.

Le document, adressé au sous-ministre, a été préparé en prévision de réunions avec les personnes touchées par la décision de M. Biden en janvier, notamment un représentant du gouvernement de l’Alberta, le propriétaire de Keystone XL TC Energy et d’autres acteurs de l’industrie.

La construction en Alberta avait déjà commencé sur le pipeline de 1947 kilomètres conçu pour envoyer 830 000 barils de pétrole brut par jour de Hardisty, en Alberta, à Steele City, au Nouveau-Brunswick, lorsque M. Biden a annulé le permis du projet lors de sa première journée officielle à la Maison-Blanche.

M. Biden concrétisait ainsi un engagement de sa campagne, mais des acteurs du secteur pétrolier et gazier de l’ouest du Canada ont ressenti cette décision comme un coup dur pour une industrie déjà sous le choc des pertes d’emplois et des perturbations économiques, en plus de la pandémie de COVID-19.

Avant les réunions de fin janvier pour discuter de l’annulation avec les parties prenantes, la note d’information du ministère fédéral des Ressources naturelles posait quelques questions : « Croyez-vous que le Canada a encore besoin d’une capacité d’exportation supplémentaire au-delà de (TransMountain) et de la canalisation 3 ? Quel serait, selon vous, le meilleur chemin pour la mettre en place ? »

À cette question jeudi, le ministre des Ressources naturelles du Canada a répondu franchement : « Je ne sais pas. »

« Je pense que le marché en décidera et je pense que les investisseurs en décideront », a déclaré Seamus O’Regan lors d’une annonce concernant des stations de ravitaillement en hydrogène pour les camions lourds en Alberta.

Il a souligné le fait qu’il parlait même de l’hydrogène comme source de carburant de transport, un exemple de la transformation dans le secteur de l’énergie. M. O’Regan a également fait référence à un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, déclarant que pour que les secteurs énergétiques mondiaux atteignent des émissions nettes nulles d’ici 2050 — ce que le Canada s’est engagé à faire — aucun nouveau développement pétrolier et gazier ne devrait être approuvé.

Le ministre a déclaré qu’il n’était pas tout à fait d’accord parce qu’il envisageait un avenir avec des technologies de réduction des émissions telles que la capture et le stockage du carbone, et savait que les sociétés énergétiques apportaient elles−mêmes des améliorations.

« Nous nous concentrons singulièrement sur la réduction des émissions », a-t-il assuré.

« C’est ce sur quoi nous nous concentrons, c’est ce sur quoi nous travaillons avec notre industrie ici pour nous assurer qu’elle réduit ses émissions afin d’accroître sa compétitivité sur le marché mondial. »

La question de savoir si le Canada a besoin d’un autre pipeline demeure controversée.

À cela s’ajoute la réalité qu’Ottawa, ainsi que de grandes nations comme les États-Unis, fixe des objectifs plus élevés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et poussent des politiques comme le passage aux véhicules électriques dans le but de renforcer la lutte contre les changements climatiques.

Outre le projet Keystone XL, aujourd’hui mort, les autres principaux projets de pipeline du Canada sont celui de Trans Mountain et la canalisation 3.

En novembre dernier, la Régie de l’énergie du Canada a suggéré que tous les pipelines ne seraient pas nécessaires si le Canada continue à mettre en œuvre davantage de politiques climatiques.

Le gouvernement Trudeau a versé 4,5 milliards $ à Kinder Morgan Canada pour acheter le pipeline Trans Mountain afin de garantir qu’une expansion prévue d’Edmonton à Burnaby, en Colombie-Britannique, se poursuivrait après que des batailles judiciaires eurent retardé la construction.

Enbridge, basée à Calgary, fait également face à une opposition au sujet de son projet de remplacement de la canalisation 3, presque terminé, qui transporte du pétrole brut de l’Alberta au Wisconsin.

Enbridge se bat également actuellement devant un tribunal du Michigan contre la gouverneure de l’État Gretchen Whitmer, qui veut fermer le pipeline Canada−États-Unis, en exploitation depuis longtemps, en raison de préoccupations environnementales autour des Grands Lacs.

Tim McMillian, PDG et président de l’Association canadienne des producteurs pétroliers — parmi les intervenants à qui Ottawa a parlé de l’annulation de Keystone XL — a déclaré que pour de nombreux Canadiens, l’incertitude de la canalisation 5 souligne la nécessité d’un réseau de pipelines solide qui transporte l’énergie vers l’ouest et le sud, ainsi qu’à l’est.

Il pense qu’une plus grande capacité d’exportation est nécessaire, car au cours des deux prochaines décennies, l’Agence internationale de l’énergie prévoit que la demande mondiale de gaz augmentera, tout comme celle de pétrole jusqu’en 2030, au moins, avant de s’aplanir vers 2040.

« L’augmentation de la demande mondiale sera très certainement à la recherche d’approvisionnement. Le Canada est-il le bon endroit pour devenir l’approvisionnement ou devrions-nous laisser les neuf autres grands (pays producteurs de pétrole et de gaz) être ceux qui interviennent et offrent cet approvisionnement ? », a-t-il demandé.

« J’espère que notre gouvernement fédéral croit que l’innovation canadienne, la science canadienne, les ressources canadiennes sont la bonne réponse pour l’avenir. »

 

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