AbitibiBowater ferme l'usine de Donnacona

Publié le 06/11/2008 à 00:00

AbitibiBowater ferme l'usine de Donnacona

Publié le 06/11/2008 à 00:00

Par La Presse Canadienne
"Nous avons été trahis", a lancé Robert Drolet, président du syndicat local, affilié à la CSN. Quelque 250 syndiqués travaillaient pour AbitibiBowater à Donnacona.

M. Drolet soupçonne l'entreprise montréalaise d'avoir décidé de fermer définitivement l'usine dès novembre 2007, alors qu'une fermeture temporaire avait été annoncée.

Le syndicat accuse en outre le gouvernement du Québec de s'être "ligué" avec AbitibiBowater, "dans le plus grand secret", pour transférer les activités de Donnacona vers les usines de Dolbeau-Mistassini et de Shawinigan (arrondissement de Grand-Mère).

Selon la CSN, Québec a autorisé l'entreprise à "se désengager de son obligation d'exploiter de façon continue" l'usine de Donnacona jusqu'en 2011.

En conférence de presse à Montréal, le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, a soutenu que la décision avait été prise afin de maintenir les activités dans les installations d'AbitibiBowater situées à Grand-Mère et à Dolbeau-Mistassini. Quelque 500 emplois ont été sauvés dans la première usine, tandis que 300 emplois ont été maintenus et 40 autres créés dans la deuxième.

"Malheureusement, Abitibi nous a dit clairement (...) `Donnacona, ça va fermer, il y a maximum cinq pour cent de chances qu'on le laisse ouvert, a-t-il déclaré. On a réussi à en sauver deux; on a fait notre job."

"Ce genre de choses est toujours difficile, mais nous ne pouvons pas nier les réalités économiques auxquelles nous faisons face", a commenté un porte-parole d'AbitibiBowater, Seth Kursman.

Le syndicat tiendra une assemblée générale jeudi soir pour faire le point sur la situation avec ses membres.

Résultats

AbitibiBowater a par ailleurs annoncé jeudi avoir essuyé une perte nette de 302 millions $ US, soit 5,23 $ US par action, au cours de son troisième trimestre.

En excluant les éléments exceptionnels, notamment une charge de 154 millions $ US découlant de la fermeture définitive d'installations et une autre de 65 millions $ US liée à des rajustements fiscaux, la perte nette se serait élevée à 104 millions $ US (1,81 $ US par action).

Même si ces résultats sont conformes aux attentes des analystes qui, selon Thomson Financial, prévoyaient en moyenne une perte de 1,82 $ par action, les investisseurs ont mal réagi. L'action d'AbitibiBowater a chuté de 32 cents, soit 13,3 pour cent, jeudi pour clôturer à 2,09 $, à la Bourse de Toronto.

La charge associée à la fermeture de l'usine de Donnacona s'élève à 127 millions $ US. L'entreprise a aussi annoncé jeudi la fermeture définitive de ses installations de Mackenzie, en Colombie-Britannique, où elle produisait du papier et du bois.

Au troisième trimestre, AbitibiBowater a enregistré un chiffre d'affaires de 1,73 milliard $ US. Comme l'entreprise est issue de la fusion, l'année dernière, d'Abitibi-Consolidated et de Bowater, les chiffres de l'an dernier ne sont pas comparables à ceux de l'exercice en cours.

"La conjoncture du marché et la situation économique générale demeurent très difficiles", a convenu le président et chef de la direction d'AbitibiBowater, David Paterson, dans un communiqué.

Au troisième trimestre, la société a fortement pâti du bond des prix du gaz naturel et de la matière ligneuse recyclée, qui ont tout deux crû de 20 pour cent.

En octobre, toutefois, les cours du gaz naturel ont reculé de 20 pour cent, revenant aux prix du deuxième trimestre, tandis que les coûts de la matière ligneuse ont chuté de 40 pour cent.

Ces baisses, conjuguées à la dépréciation du dollar canadien, "nous permettent de prévoir une amélioration substantielle de nos résultats financiers du quatrième trimestre", a indiqué M. Paterson.

Chaque baisse d'un cent du dollar canadien par rapport au billet vert se traduit par une augmentation de 29 millions $ US du bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) d'AbitibiBowater.

"Le Canada devient très compétitif (par rapport aux installations américaines) avec un dollar à 85 cents US", a noté David Paterson.

L'entreprise se félicite d'avoir réussi à améliorer son BAIIA de 47 millions $ US au troisième trimestre, en dépit des pressions inflationnistes.

Il reste qu'en se fondant sur les commentaires de ses clients, AbitibiBowater s'attend à ce que la baisse de la consommation de papier journal se poursuive en Amérique du Nord en 2009. Depuis janvier, la demande nord-américaine a plongé de neuf pour cent. La croissance que connaissent certains pays comme le Brésil n'a pas complètement compensé ce recul.

Par conséquent, les arrêts de production se multiplieront au quatrième trimestre de 2008 et pendant tout l'exercice 2009, surtout dans les usines qui utilisent de la matière ligneuse recyclée, concentrées en Ontario et aux Etats-Unis.

D'autre part, l'entreprise songe à se départir d'installations hydro-électriques et de terrains, pour lesquels elle a déjà obtenu des offres non sollicitées. De telles ventes pourraient rapporter 750 millions $ US.

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