Les entreprises doivent payer plus cher pour réduire les déchets

Publié le 17/10/2018 à 15:43

Les entreprises doivent payer plus cher pour réduire les déchets

Publié le 17/10/2018 à 15:43

Par François Normand

Un site d'enfouissement (source photo 123RF)

La Commission de l’écofiscalité du Canada recommande que les entreprises paient aux municipalités le coût réel pour éliminer les déchets, incluant les coûts environnementaux.


La commission est formée d’économistes et d’universitaires réputés, et elle est présidée par Chris Ragan, de l’Université McGill. Elle dispose aussi d’un comité consultatif d’experts actifs dans le recyclage et la gestion des déchets.


Dans un rapport uniquement publié en anglais (Cutting the Waste. How to Save Money While Improving Our Solid Waste Systems), les auteurs soulignent que les sites d’enfouissement au pays émettent environ 20% des émissions de méthane, sans parler du fait que les déchets contiennent des substances toxiques ou dangereuses.


Or, le méthane est un gaz à effet de serre (GES) 25 fois plus puissant que le C02.


L’enjeu est de taille, alors que les pays doivent réduire leurs émissions de GES afin de limiter le réchauffement global à moins de 1,5 degré Celcius par rapport au début de l’ère industrielle -la température a déjà augmenté de 1 degré depuis le 19e siècle.


Cette lutte au changement climatique passe notamment par une réduction des déchets envoyés aux sites d’enfouissement, et ce, en réduisant le gaspillage et augmentant le recyclage des matières premières dans les entreprises.


Une statistique montre l’ampleur du problème au pays : le Canada abrite 0,5% de la population, mais il contribue à 2 % des déchets municipaux produits dans le monde, souligne le rapport.


Pour corriger le tir, la Commission de l’écofiscalité du Canada formule cinq recommandations, dont une vise spécifiquement les entreprises : «les redevances de déversement des municipalités devraient refléter intégralement les coûts d’élimination des déchets, y compris les coûts environnementaux.»


Des frais inférieus aux coûts réels


En fait, au quatre coins du Canada, les frais payés pour éliminer une tonne d’ordures sont inférieurs au véritable coût total.


Ces frais ne tiennent généralement pas comptent des coûts sociaux et environnementaux de l’enfouissement, comme les risques pour l’eau et le sol, les émissions de GES et l’impact sur la valeur des propriétés environnantes.


Or, cette situation a un effet pervers : «elle encourage les producteurs de déchets à faire enfouir plus de matières qu’ils me le feraient autrement», écrivent les auteurs du rapport.


Selon la Commission, le Canada a tout intérêt à s’inspirer du Royaume-Uni.


Entre 1990 et 2010, les émissions de GES nettes de tous les systèmes de gestion des déchets du pays (sites d’enfouissement, incinérateurs, transport des déchets, etc.) ont chuté des deux tiers. Sur ce graphique, on peut voir que le tonnage des déchets enfouis a diminué de 67%.



Le Royaume-Uni y est arrivé en en augmentant la taxe sur l’enfouissement des déchets organiques. Depuis 1999, elle est passée de 10 livres à plus de 86 livres sterling la tonne, en 2017.


Le gouvernement britannique a aussi imposé aux citoyens des plafonds sur la production de déchets résidentiels entre 2005 et 2013.


Cela dit, à elle seule, la taxe sur l’enfouissement a contribué à réduire de 40% le volume de déchets produits par les entreprises commerciales et industrielles.


 


 


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